Youssou Ndour : “le musée des civilisations noires est le fruit de ma musique”

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Dans un talk-show organisé dans le cadre de la promotion de son nouvel album et diffusé sur la TFM, le chanteur Youssou Ndour, interrogé par son légendaire batteur, Mbaye Dièye Faye, a ouvert le cahier souvenir pour évoquer quelques passages intéressants de son immense carrière musicale qui lui a permis d’avoir une certaine influence sur le plan politique et de rayonner à l’international. Quelques extraits de l’échange…

RELATIONS INTERNATIONALES

« La musique m’a aussi donné l’opportunité de faire le tour du monde plus de six fois. J’ai vu toutes sortes de sommités internationales dans ma carrière. D’ailleurs, ces rencontres m’ont permis de faire partie de ceux qui ont réussi à faire annuler la dette des pays pauvres. J’ai insisté auprès du défunt président français Jacques Chirac et de Lionel Jospin afin qu’ils passent là-dessus. Vous voyez souvent mes clichés avec des politiques de la trempe de George Bush, Angela Merkel et consorts. Ce sont eux qui le sollicitent et dans ces cas, il ne faut juste pas se contenter de prendre la pose. Il faut en profiter pour parler des choses sérieuses qui préoccupent l’Afrique. Toujours par la musique, j’ai pu accéder à la Maison Blanche, m’entretenir dans le bureau ovale avec Bush. En ce temps-là, je lui en voulais car, les Etats-Unis qu’il présidait étaient en conflit avec l’Irak. J’ai même fait annuler les 60 concerts que je devais tenir aux Usa avec le Super Etoile à cause de ça. J’ai perdu énormément d’argent mais cela m’était égal. Lors de mon entretien avec lui, j’ai mis de côté mes états d’âme et nous avons pu lui faire donner une contribution assez considérable pour la lutte contre le paludisme, le Sida et la tuberculose en Afrique. Il est certes l’un des présidents américains qui a commis le plus d’erreurs mais, son apport pour l’Afrique n’est pas négligeable. »

MUSÉE DES CIVILISATIONS NOIRES

« Toujours grâce à la musique, à la prestigieuse Université de Yale en Amérique, j’ai été élevé au rang de professeur (Docteur honoris causa). Le Musée des civilisations noires, c’est le fruit de ma musique. J’ai intégré le Gouvernement sénégalais en 2012 avec le président Macky Sall. On a trouvé que sous le magistère de Wade, parmi ses réalisations, il y avait le Grand-Théâtre. Et parmi les premiers dossiers qui ont été soumis à mon appréciation, il y avait ce musée. La question était de savoir s’il fallait le maintenir ou pas. J’ai pesé de tout mon poids pour qu’il soit maintenu et le chef de l’Etat m’a fait confiance. Avec la coopération chinoise, le musée est aujourd’hui sur pied. J’ai beaucoup appris de la vie. La musique m’a aussi apporté des échanges avec moult institutions internationales grâce à quoi, le Forum de Dakar qui regroupe des investisseurs, a pu tenir se l’année dernière sous nos cieux. J’ai un profond respect pour la musique, ce n’est pas un jeu comme peuvent le penser certains. Elle a fait de moi ce que je suis… »

WORLD MUSIC – OUVERTURE À L’INTERNATIONAL

« Il y a une différence entre un opus local et un international. C’est comme si tu parlais le Wolof et le Français (avec lequel) on peut s’exprimer au delà de nos frontières. C’est comme l’Anglais. Au début de ma carrière, je ne cherchais qu’à me faire un nom au Sénégal donc, il était normal que la langue utilisée soit le Wolof. Fort heureusement, ma notoriété est allée au delà du Sénégal. J’ai commencé à voyager. Vers les années 90, la World music est née. Je me suis engouffrée dans la brèche comme nombre d’artistes. Pour ce faire, il fallait chanter dans d’autres langues. Je me suis donc ouvert à l’international et par la grâce de Dieu, on m’écoute partout dans le monde. Suivant les pays ou les endroits où je joue, je m’adapte et je sais à peu près le style de musique dont le public a besoin. A force, c’est l’expérience qui parle. D’autant plus que nous avons un répertoire riche et varié de plus de 400 morceaux, n’importe quel public peut y trouver son compte. Les gens ont tendance à se tromper sur une chose en pensant que l’international ne concerne que les Blancs. Chez nos voisins du Mali, de la Mauritanie ou de la Gambie, c’est aussi l’international. Au minimum, nous avons parcouru le continent africain au moins 5 fois avant d’aller vers le reste du monde. Ce qu’il faut savoir, c’est que c’est tout un processus. Cela a commencé par le Sénégal, la sous-région et ensuite l’Europe, l’Asie, les Etats-Unis, etc. »

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