Troisième mandat – Le piège était dans la constitution ( Falilou Cissé )

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A mi-chemin de son premier mandat, précisément en 2016, le président Sall qui peinait à se faire pardonner par une bonne partie des sénégalais du fait de son retentissant « Wax – waxeet » trouve l’occasion en or de soumettre au peuple une nouvelle constitution qui devait le réconcilier avec ses concitoyens.

Soumise au vote référendaire, celle – ci est plébiscitée. La question du mandat du président de la République a occupé une place de choix dans ce nouveau texte fondamental. Tout le monde, peut être sauf le Président, l’initiateur de la révision, pensait que cette question a été définitivement résolue, comme aux USA.

Malheureusement, Voilà qu’au lendemain de sa réélection non moins controversée, pour un second mandat, au moment où on l’attendait le moins, le débat ressurgit. Il grossira de danger et s’intensifiera au fur et à mesure que l’on va se rapprocher des prochaines échéances majeures. Paradoxalement, le président ne veut pas que l’on en parle alors qu’il a créé toutes les conditions pour un débat qu’on croyait définitivement clos au Sénégal.  

En effet, compte tenu de sa profonde connaissance et de sa longue présence au cœur de l’Etat que vient renforcer la récente jurisprudence Wade, il est difficilement soutenable que ce n’est pas à dessein que le flou ait été savamment entretenu au plus haut sommet. Ils connaissaient tous quels mots utiliser pour ôter à la constitution toute possibilité d’interprétation principalement pour ce qui concerne mandat du président. La mouture a été remise au président qui l’a lue et qui a laissé passer cette fenêtre ouverte sur toute sorte d’interprétation. Ils savaient que le texte allait passer parce qu’au Sénégal, il n’existe pas de débat programmatique encore moins un débat d’idées. On entretient un débat émotionnel, un débat de parti et de clan. La classe politique est encore trop immature.

L’opposition, à l’époque, au lieu de se concentrer sur les sujets essentiels ont empoisonné l’opinion avec un nauséabond débat sur les nouveaux droits qui signifiaient pour eux promotion de l’homosexualité. Ce débat a mobilisé toute leur énergie.

Comme si cela ne suffisait pas, la surprenante et laborieuse réponse du Président à une question du teigneux journaliste Babacar Fall concernant l’éventualité d’une candidature à un troisième mandat a n’a fait qu’amplifier le calcul – piège. Le président n’a – t – il pas convoqué le raisonnement d’une partie de l’opinion qui lui est favorable pour se réfugier derrière une explication qui ne tient qu’à un fil et différer un oui ou un non qui, dans tous les cas finira par être étalé au grand jour.

Le président évoque les deux hypothèses qui, selon lui, peuvent être source de débordement anarchique ou de calcul politicien qui freinerait l’ardeur au travail de ceux qui, pourtant sont sous son autorité. Mais la troisième hypothèse, cette posture de ni oui ni non qui entretient le doute et le suspens n’est – il pas plus compromettant et plus lourd de danger pour la République ?

Faut-il rappeler que lorsqu’en 2912, le conseil constitutionnel qui, au bord d’une situation quasi émeutière, a déclaré recevable la troisième candidature de Wade, Macky a été le premier candidat à laisser tomber la contestation pour lancer sa campagne. Face aux feux nourris des critiques, lui et ses partisans, en guise de justification, brandissent une « attitude républicaine »

Aujourd’hui le fait de ne pouvoir dire ni oui ni non n’est – il pas  révélateur d’un calcul qui prévoit déjà une réponse aux contestataires en convoquant « l’attitude républicaine de Macky de 2012 » si jamais le conseil constitutionnel arrivait à déclarer recevable une hypothétique candidature du Président Macky à un troisième mandat ?

Enfin qu’est ce qui explique cette obsession d’un bilan qu’un non compromettrait ? Ahmed Khalifa Niass aime dire et répéter que si Macky fait un brillant mandant, ce sont les sénégalais qui lui demanderont de rester. Or il ne peut rester qu’à travers un troisième mandat. Alors vers quoi mène la recherche effrénée d’un bilan si exigeant, vers l’histoire ou vers la justification d’un laisser passer ?

                              Falilou Cissé

 Conseiller en Développement communautaire à Bamako

Tel 00223 94 20 66 87 email faliluc@gmail.com

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