Thierno Mansour Barro (RTA), le guide de la foi et Chef religieux multidimensionnelle !

0
350

 Thierno Mouhamadoul Mansour Barro (1925-2007) est une figure de proue de la Tidjaniya. Un homme-mystère, qui a fait de la propagation de l’Islam sa mission. Globe-trotter, il a initié des «daakas» à l’étranger, notamment en Occident, où il a grandement participé au renouveau islamique sunnite. Pour preuve, sa rencontre avec l’Ayatollah Khomeïny, à Téhéran.

La preuve est de bon Karma. Thierno Mansour Barro a été tellement juste avec la Vie que la Mort le lui rend bien. Il a tellement insufflé sa pensée vers le bien, inscrit son action dans la voie de Dieu, que l’immortalité s’applique parfaitement à son œuvre. Hier comme aujourd’hui, sa mémoire continue de briller de mille feux. Dans sa grande maison de Mbour qui lui sert aussi de lieu de repos éternel, des fidèles récitent le Coran devant son fils, Thierno Saïdou Barro. Le lieu de culte ne désemplit pas. Beaucoup se recueillent sur sa tombe, lui parlent comme on s’adresse à un vivant.

«Jamais sorti de Mbour du vivant de son père»

Homme de Dieu à la dimension exceptionnelle, Thierno Mouhamadoul Mansour Barro est connu dans la communauté soufie de Madina Gounass, fondée par Thierno Mouhamed Saïdou Bâ, son maître spirituel. Fils aîné de Thierno Ahmad Barro, le sage de Mbour a été intronisé par Thierno Seydou Nourou Tall, khalife de son père, à l’âge de 31 ans. Mariama Guèye, sa mère, une femme pieuse et chaste, est une léboue de Dakar. Homonyme du Prophète Mouhamed (Psl), il a très tôt acquis le grade de Thierno, «maître», en Pulaar. Moukhadam d’El Hadji Malick Sy, chez qui il a renouvelé le Wird Tidjane, après l’avoir recu de Cheikh Mouhamadoul Mokhtar de Kaye (Mali), le jeune Mouhamadoul Mansour a fait ses humanités en Mauritanie. Quand Thierno Ahmed Barro a rencontré El Hadji Malick Sy, il avait déjà reçu le Wird Tidjane.

A Mbour où les Barro se sont implantés, l’histoire se raconte de père en fils. Au début, c’est Papa Ahmed Barro, qui a construit un daara pour enseigner la parole de Dieu et la Sunnah du Prophète Mouhammad. Doté d’une voix exceptionnelle, expression de son amour pour le Tout-puissant, le saint-homme s’est vite fait une renommée sur la Petite Côte et dans tout le pays. «Quand il récitait le Saint Coran, explique son petit-fils, les habitants du quartier sortaient tous de leurs maisons pour venir l’écouter. Ses disciples venaient, pour l’essentiel, du Fouta pour apprendre le Coran. Mais ses disciples n’étaient pas composés que d’étrangers.

Parmi les jeunes apprenants qui psalmodient le Coran, à longueur de journée, figure son fils, Thierno Mouhamadoul Mansour Barro. Sur qui, il veille comme la prunelle de ses yeux. Thierno Ahmad sait qu’il a entre ses mains un trésor, un «Khafiz» qui pourrait demain assurer sa descendance. Il est même rapporté que le jeune Thierno Mouhamadoul Mansour Barro avait un savoir encyclopédique. Il avait acquis de solides connaissances dans tous les domaines. Toujours sous la tutelle du père. «Du vivant de mon grand-père, raconte le petit-fils, Thierno Ahmad, mon père n’est jamais sorti de Mbour pour parfaire son éducation. Il était à son service exclusif. Il était presque son intendant, accueillait ses hôtes et lui faisait son thé tous les jours.» «Mais une fois, poursuit-il, Thierno Mouhamadou Mansour Barro manifesta sa volonté de partir étudier ailleurs. Mon grand-père ne lui répondit pas aussitôt. Il ne comprit pas son silence pesant. Une année plus tard, à la même date, après avoir bu son thé, il lui dit : «Mouhamadoul Mansour ! Mon encadrement en un seul après-midi vaut plus qu’une dizaine d’années d’apprentissage ailleurs.» Allahou Akbar !

25 ans au «Daaka» de Madina Gounass

Après la disparition de son père, Thierno Mouhamadoul Mansour Barro mettra tout de même, en œuvre sa volonté d’aller explorer d’autres connaissances. Il se rendra à Madina Gounass, auprès de Thierno Mouhamed Saïdou Bâ, un disciple de son père, par ailleurs fondateur du Daaka. Il y vécut une vingtaine d’années pour approfondir ses connaissances en sciences islamiques. Quand Thierno Mouhamed Saïdou disparut en 1980, Thierno Mouhamadoul Mansour renouvelle son allégeance à Thierno Ahmed Boyi Nadji, un autre disciple de son père, qui décède aussi en 1985. «Mon père, raconte Thierno Saïdou Barro, était apprécié et respecté par l’ensemble des adeptes de la confrérie Tidjane. Il avait maîtrisé l’ensemble des ouvrages coraniques et confrériques. Son père spirituel, Mouhamed Thierno Saïdou Bâ, l’a conduit dans plusieurs pays étrangers. Il l’envoyait souvent en mission en Europe.»

Ainsi, dans les années 1970, Thierno Mouhamadoul Mansour Barro initie une retraite religieuse annuelle appelée daaka, de plusieurs jours rythmés par les invocations, les discours religieux et la vie de groupes entre les participants, en France. Il organisait ces rencontres aussi bien en région parisienne qu’au Sénégal. Adossé à la Sunna, Mouhamadoul Mansour Barro a vécu comme le Prophète. Ses voyages étaient des djihads pour propager l’Islam dans le monde. Lors de ces rencontres, aucune femme n’était admise dans les lieux. Les hommes préparaient eux-mêmes pour manger. Il contribue ainsi grandement au renouveau de l’Islam sunnite en France, principalement dans la communauté sénégalaise. Thierno Saïdou Barro : «Il voyageait fréquemment en France afin de donner un second souffle à l’Islam délaissé par ceux qu’il rencontrait. Il participe à la construction de nombreuses mosquées et salles de prières, ainsi qu’à la création d’une Zawiya Tidjane à Mantes-la-Jolie, en 1978, dans les Yvelines, en France. Il s’y rendait chaque année. C’est le maire de cette commune de l’époque pour l’élection de qui, il avait prié, qui lui avait attribué cet espace. Ce daaka qui durait 3 jours débutait le Vendredi pour se terminer le dimanche. Il faisait ensuite des tournées à travers l’Europe, notamment en Allemagne, Belgique, Espagne.» C’est l’année même où il avait pensé instituer le «daaka» en Italie qu’il s’est éteint.

Autodidacte, Thierno Mansour, qui n’a jamais fréquenté l’Ecole française, parlait couramment la langue de Molière qui lui permettait de livrer des messages aux fidèles surtout nés en Europe. «Mon père a toujours noté que les daaras Tidjanes sont des centres d’éducation pour les âmes délinquantes. Il disait aux jeunes français d’origine sénégalaise comment ils devaient se comporter. Il les exhortait à s’entendre avec leurs parents qui étaient les seuls à pouvoir leur dire qui ils sont en réalité. Il les encourageait surtout à se prendre en main, en apprenant et en pratiquant les principes fondamentaux de l’Islam. Il s’est battu pour que la communauté islamique dispose de mosquées et d’instituts qui ne soient ni des caves, ni des parkings, encore moins des maisons délabrées non conformes aux principes de la pratique de l’Islam», explique Thierno Saïdou Barro. Et d’ajouter : «Le saint-homme avait sollicité des chefs d’entreprises en France, des heures de pauses pour permettre aux disciples musulmans de pratiquer leur religion aux heures de prières, entendu que leurs collègues catholiques bénéficiaient de ces temps de repos.» Ses périples à travers le monde auraient pu faire de lui un guide religieux extrêmement riche. Mais Thierno Mansour a toujours voulu vivre dans la sobriété pour mieux servir l’Islam.

Khomeïny, ses millions et les Chiites

Globe-trotter avec comme unique bagage sa foi en Dieu et aux enseignements du Prophète Mouhammad (Psl), Thierno Mansour s’est rendu, en 1983, en Iran, sur invitation du très charismatique Imam Khomeïny. L’homme fort de Téhéran avait organisé une conférence internationale sur l’Islam. Il voulait instaurer une branche Chiite au Sénégal. Thierno Mansour Barro, qui se trouvait au Gabon, y a été repéré par l’ambassadeur d’Iran à Libreville. Khoumeïny avait réuni les plus grands soufis de 50 pays du monde. Thierno fit une escale d’une semaine en France où il a été accueilli par des milliers de disciples, avant de s’envoler pour le pays des Ayatollah. Sur place, le sage de Mbour bénéficiera de tous les honneurs. Il y fit une contribution mémorable qui sera d’ailleurs la seule diffusée à la chaîne de télévision nationale. Il a été parmi les rares invités à être reçus par Khomeïny, himself. Il lui a proposé d’être son représentant au Sénégal. Mais, c’était méconnaitre la foi sunnite de Thierno. Mouhamed Seydou Barro, qui connaît un rayon sur cette histoire, raconte : «S’il avait accepté une telle offre, des pluies de milliards allaient tomber sur lui. On lui a fait toutes sortes de propositions pour recevoir des financements afin d’implanter des daaras et des mosquées chiites au Sénégal, mais il a toujours dit non.» D’ailleurs, de ce périple en Iran, Thierno a hérité le nom de Khomeïny. C’était par rapport à sa manière de s’habiller. Il ne s’intéressait guère aux mondanités et autres conforts. Il vivait dans une modeste demeure. Loin, très loin du regard des femmes.

Thierno Mouhamadoul Mansour Barro évitait toute assemblée avec une présence féminine. On rapporte qu’un jour, El Hadji Habib Sakho était venu lui rendre visite pour lui faire part de la venue de Mouhamadoul Mansour Sy, défunt khalife général des Tidjanes, à Campement de Ngékhokh. Thierno lui répondit qu’il serait gêné de venir dans un rassemblement où il allait trouver des femmes. Et Habib, qui fait preuve de compréhension, lui demande alors de tout juste prier pour eux, parce qu’ils ne pouvaient se départir des femmes qui étaient leurs sœurs en Islam. Une autre fois, il s’est rendu chez Serigne Abdoul Aziz Sy «Dabakh» à Tivaouane. Quand il a été annoncé, le Khalife général des Tidjanes de l’époque demande à son chambellan de l’introduire dans la chambre. A trois interpellations, Thierno Mouhamadoul Mansour Barro est resté figé sur sa position. Serigne Abdou, qui connaissait l’homme de fond en comble, demande à son chambellan s’il y avait des femmes assises dans le salon. Oui, répondit le chambellan. Sans hésiter, «Dabakh» ordonne qu’on les évacue, sans quoi Thierno n’allait jamais entrer dans la pièce. L’homme vouait un respect absolu aux anciens qui ont œuvré pour l’islamisation des masses. Quand il se rendait au Fouta, il passait toujours par Tivaouane et Mpal pour se recueillir aux mausolées des saints défunts. Il avait fini de se forger une solide réputation qui lui a valu d’avoir de nombreux disciples de tous âges et de toutes origines sociales au Sénégal et un peu partout dans le monde.

Tivaouane et le 17e jour du Ramadan

Thierno Mouhamadoul Mansour Barro voyageait beaucoup et ne restait à Mbour que pendant le Ramadan. D’ailleurs, explique Seydou Barro, c’est à cause de ses nombreuses pérégrinations à travers le monde qu’il a très tôt renoncé à l’Imamat de la grande mosquée de Mbour. Mais s’il y a une chose qui tenait à cœur le sage de Mbour, c’est son pèlerinage à Tivaouane, pour renouveler son acte d’allégeance à la famille Sy. «Depuis 1986, le 17e jour du Ramadan, Thierno et ses talibés se rendaient toujours à Tivaouane pour renouveler le pacte qui le lie à la famille d’El Hadji Malick Sy. Cette journée coïncide avec la bataille de Badr où le Prophète Mouhamed (Psl) et ses 313 soldats avaient vaincu plus de 1 000 soldats infidèles.»

Thierno Mouhamadoul Mansour Barro a consacré toute sa vie à l’Islam. Il a effectué son dernier voyage au daaka du Mali, en 2006. Trois mois après son retour à Mbour, la Tabaski a été célébrée. Alité, il a été évacué en France. 15 jours après la célébration de la Tabaski, il quittait ce bas monde. Il s’est éteint le 15 janvier 2007, à Paris, à l’âge de 82 ans. Il a été inhumé dans sa mosquée à Mbour, au côté de son père, Thierno Ahmad Barro. L’eau était ainsi retournée à la source.

Facebook Comments