Spoliation foncière et accaparement des terres : Une gangrène nationale

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Les problèmes liés à la gestion du foncier ne sont pas spécifiques à la région de Dakar. Si le littoral et la zone des Niayes font l’objet de convoitises, il est aussi à signaler que le reste du pays n’échappe pas à cette boulimie foncière.

A Sédhiou, les populations s’opposent à un lotissement fait par un responsable politique de la localité. Mieux, les populations désireuses de revenir au bercail après un déplacement obligé par le conflit casamançais, éprouvent des difficultés à trouver des terres. Dans la région nord du pays, les conflits y sont récurrents.

Les autochtones sont privés des terres au profit des investisseurs. La Petite côte, du fait de sa position géographique, fait courir les prédateurs fonciers. A Ziguinchor, les conflits y prennent leur marque une trentaine d’années après avoir été à l’origine des problèmes déclencheurs de la crise casamançaise. Du fait de l’exploitation des ressources naturelles, les terres font courir dans la région de Kédougou qui, comme partout ailleurs, est confrontée à la législation obsolète. Dans la région de Kolda, les conflits fonciers s’accélèrent. Des hommes politiques sont ouvertement pointés du doigt dans la spoliation foncière.

SAINT-LOUIS : Les populations locales privées de leurs terres

Après le cas de la communauté rurale de Mbane qui avait fait couler beaucoup d’encre, il y a quelques années de cela, le phénomène de l’accaparement des terres a certes connu un recul de nos jours dans la région mais il traîne toujours des séquelles. Il y a eu tout d’abord le cas du projet Senhuile dans la zone de la commune de Ross Bethio plus précisément dans le Ndiaél où l’Etat avait affecté au départ quelques 26000 hectares à des investisseurs étrangers. Quelques années plus tard, ces derniers se sont vus par la suite retirés 16000 hectares soit plus de la moitié de cette superficie après maintes plaintes des populations de cette localité du Ndiaél.

S’en est suivie une série de manifestations de ces populations qui se sont affrontées à maintes reprises aux forces de l’ordre. Ces populations continuent d’ailleurs de réclamer le retrait des 10000 hectares qui restent entre les responsables du projet Senhuile. Il s’y ajoute aussi le cas de deux communes que sont Dodel et Démette dans le département de Podor où des investisseurs étrangers, notamment des Marocains, avaient dernièrement bénéficié d’une superficie de 10000 hectares. Ceci dans le cadre de la mise en œuvre de leur projet dénommé Afri Partners. Là également, ces investisseurs se sont vus retirer par la suite les 10000 hectares sur décision présidentielle. Aujourd’hui, le phénomène de l’accaparement des terres est également bel et bien réel dans la commune de Diama, mais aussi dans le Gandiole où les populations veulent à tout prix récupérer les 40 hectares que la commune de Ndiébène Gandiole aurait dernièrement affectés à un projet dénommé Tougou Peulh initié par des partenaires étrangers.

LITIGE FONCIER A NGALLELLE NORD- EXTENSION BANGO ET SINTHIANE

Plusieurs maisons et constructions y ont été démolies au mois d’octobre 2019 sur instructions des autorités administratives et locales. Il s’agit en effet de plusieurs dizaines de maisons habitées ou en finition qui ont reçu ainsi la visite des bulldozers envoyés par le gouverneur de région sous la supervision du préfet du département et du maire de la ville tricentenaire. Une scène qui a été dénoncée jusqu’à la dernière énergie par les populations victimes. Ces différentes maisons se trouvaient dans la zone comprise entre Ngallélle Nord extension et Bango-Sinthiane.
A en croire le porte-parole du collectif, « c’est un abus de pouvoir et une violence morale que les autorités administratives ont exercé sur d’honnêtes citoyens. « Rien ne justifie ce que le gouverneur et le préfet font sur le site de de Ngallélle Nord extension et Bango-Sinthiane. Aucune décision de justice n’est rendue et pourtant, nous avons porté l’affaire devant la justice. Pis, aucune sommation ne nous a été servie. Mais malgré tout, ils utilisent la force publique et les deniers publics pour démolir des maisons bien habitées. Pourtant, ce sont des pères de famille débrouillards qui se sont sacrifiés pour trouver où loger leurs familles. Malheureusement, la loi du plus fort est venue anéantir toutes nos économies de plusieurs années. C’est anormal et injuste », a râlé Ibrahima Fall. Pour lui, toutes ces démolitions sont guidées par la découverte du gaz à Saint-Louis et que beaucoup d’étrangers veulent y avoir du foncier.

ROSS BETHIO TOUCHE PAR LA PREDATION FONCIERE

Des attributions de parcelles ont récemment soulevé l’ire des populations de la localité de GaddGa-Santhiaba de Ross-Béthio. Ces dernières y ont sonné la révolte dénonçant ainsi une spoliation faite à leur détriment par l’actuelle équipe municipale. Déterminés à mener le combat, ils ont interpellé le Président de la République Macky Sall afin que justice soit faite sur cette affaire.  » Nous ne laisserons pas passer cette forfaiture. Il s’agit d’une discrimination notoire. Nous sommes prêts à hypothéquer nos vies « , a crié Mbarick Fall, Conseiller de quartier de cette localité.  » Ce sont les terres de nos ancêtres. Nous n’accepterons guère qu’elles soient accaparées et que, nous, les ayants droit, soyons laissés en rade « , at-il ajouté. À en croire toujours M. Fall, plusieurs personnes, « membres de la communauté maure, propriétaires traditionnels de ces surfaces, ont payé des droits d’acquisition sans être servies. Nous apprenons que certains attributaires venus d’ailleurs n’ont même pas payé les frais y afférents », a-t-il révélé. Et Diarra Samb Dème, également membre du Conseil, de soutenir que la fronde sera menée jusqu’à son terme pour que leurs biens fonciers soient restitués.

Pour prévenir les multiples contentieux fonciers souvent notés dans le pays, l’Etat du Sénégal a créé par décret n » 2004-84 du 23 Janvier 2004, la Direction de la Surveillance et du Contrôle de l’Occupation du Sol (Dscos) dont la principale mission est la prévention et la lutte contre les occupations et constructions irrégulières. Ainsi pour répondre à la demande légitime des populations de l’intérieur, le ministre des Forces armées Me Sidiki Kaba a présidé récemment à Saint-Louis l’inauguration de la brigade zonale de la Dscos. D’un coût global de 94 millions FCFA et situé à Ngallelle, il va polariser les régions de Saint Louis, Louga et Matam.

Sud Quotidien

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