Serigne Mountakha Mbacké : le charisme au service de l’humain [Portrait]

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Les personnes désemparées admirent sa grandeur d’âme, sa bienveillance. Celles qui sont moins accablées par le sort s’inspirent de sa noblesse d’esprit et de caractère, de sa sagesse. Serigne Mountakha Bassirou Mbacké, Khalife général des Mourides, est une aubaine pour ce monde tumultueux en proie à l’anxiété.  

La puissance de persuasion et l’affabilité naturelle de Serigne Mountakha Mbacké, charismatique Khalife général des Mourides, est une aubaine pour une humanité en souffrante et les horizons embrumés qui la jettent dans l’incertitude. Son visage apaisé et souriant a conquis les cœurs. Sa sagesse et sa foi musulmane inébranlable sont une promesse sincère. Il a de qui tenir. Son illustre père, Serigne Bassirou Mbacké, homme de foi et de sciences, a accompli une œuvre méritoire sur terre. Il n’a jamais témoigné de l’indifférence à ceux que le sort accable, prenant son bâton de pèlerin pour mener des médiations heureuses. « Résoudre les différends était sa force. Du voisinage immédiat aux parents éloignés, il ne s’est jamais lassé. Et je vois ces qualités en Serigne Mountakha. Il le tient de son père qui était aussi un grand éducateur », confie Serigne Malick Dieng.

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La réconciliation entre les Présidents Macky Sall et Abdoulaye Wade après plusieurs années de divergences, les grandes retrouvailles de la famille Hizbut Tarqiyyah, entre autres, sont encore fraîches dans les esprits. Le successeur de Serigne Sidy Mokhtar Mbacké travaille, avec la science comme bréviaire, au couronnement du triptyque Tawhid (Unicité de Dieu), Fiqh (Jurisprudence islamique) et Tasawuf (Intercession).

Ayant conquis l’estime de ses pairs, des disciples de toutes les obédiences et du peuple par son humilité, le vertueux chef religieux de 91 ans est devenu le huitième Khalife général de la confrérie soufie mouride, le 10 janvier 2018. Le petit-fils de Cheikh Ahmadou Bamba, modèle achevé de droiture et de dévouement, est ainsi le premier guide spirituel de la famille de Darou Minam à tenir les rênes de la communauté mouride. Serigne Mountakha Mbacké était déjà dans les cœurs avant son khalifat pour avoir traité ses prédécesseurs avec autant de déférence qu’on lui en témoigne aujourd’hui. En 2007, après la disparition de son frère aîné, Serigne Moustapha Bassirou, cet homme, doué d’un certain charisme, est davantage mis en lumière. Il est le prototype du Mouride loyal et dévoué à la cause commune. On ne le voyait que les jours de Tabaski, quand il sortait pour diriger les prières à Diourbel. L’actuel dépositaire du legs de Serigne Touba assure depuis lors un double khalifat : celui de Darou Miname et l’immense et exaltante charge de guide de la confrérie.

Médiateur dans l’âme

Né en 1930, Serigne Mountakha Mbacké a succédé à son cousin, Serigne Cheikh Sidy Mokhtar Mbacké. Il a toujours été le trait d’union de la communauté, l’homme des missions sensibles. N’est-ce-pas à lui que les regrettés Serigne Saliou Mbacké et Serigne Mouhamadou Lamine Bara Mbacké avaient confié les missions de pacification entre certains dignitaires religieux et les responsables du dahira Hizbut Tarqiyyah ? Le grand public a découvert les qualités de médiateur du fils de l’auteur de « Minanul Bâqil Qadîm » dans la crise qui a opposé, en son temps, le dahira Hizbut Tarqiyyah et Serigne Moustapha Saliou, un des fils de Serigne Saliou. Tout récemment, il a permis au Président Abdoulaye Wade et à son successeur, Macky Sall, de renouer le fil du dialogue.

À son accession au khalifat, Serigne Mouhamadou Lamine Bara, qui a ouvert l’ère des petits-fils, avait porté son choix sur lui pour être son Porte-parole. Un signe de confiance. Mais, Serigne Mountakha qui cultive la discrétion a préféré se mettre en retrait pour des raisons « personnelles », favorisant le choix porté sur son « jeune frère », Serigne Bass Abdou Khadre. Ce qui n’enlève en rien la grande confiance et l’estime qu’il vouait à El Hadji Mouhamadou Lamine Bara, qui le lui rendait bien, ainsi qu’à Cheikh Sidy Mokhtar Mbacké.

Orthodoxie mouride

Le sage de Darou Minane est très respectueux de ses aînés, car pour lui, les « Ndigël » sont à exécuter. C’est ce qui lui a valu d’être l’homme de confiance de Serigne Saliou Mbacké, de Serigne Mouhamadou Lamine Bara et de Serigne Sidy Mokhtar Mbacké, trois de ses prédécesseurs. Ce dernier, septième Khalife de Serigne Touba, avait fait de lui son « Jëwriñ », un bras droit dont l’efficacité en dépit de l’âge n’est plus à démontrer. L’histoire retiendra que c’est par l’entremise de Serigne Mountakha que Serigne Sidy Mokhtar a fermé le cimetière situé à l’est de la grande mosquée et ouvert celui de Bakhiya.

Homme de dialogue, cultivé, rassembleur et respectueux de l’orthodoxie mouride, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké a grandi dans l’ombre de ses frères. Il a étudié le Coran, les sciences religieuses et saisi l’œuvre de son grand-père, fondateur du Mouridisme, sous la supervision de son père, Serigne Bassirou Mbacké. Il s’est ensuite rendu en Mauritanie. Ce parcours le forgea. Son verbe est empreint de sagesse, son geste noble.

Serigne Mountakha est un grand agriculteur, un propriétaire terrien. Le religieux est surtout généreux. Il a contribué à hauteur de 72 millions de FCfa à la construction de la mosquée de Porokhane, la localité où il séjourne le plus après Touba. Outre sa résidence, il possède des champs à Darou Salam Tipe, où il a créé un « daara » (école coranique), et enseigne à de nombreux disciples les enseignements de son grand-père.

Générosité naturelle

À 91 ans, Serigne Mountakha fait l’unanimité sur son altruisme, sa grandeur d’âme. Un religieux « détaché des mondanités et doté d’un franc-parler exceptionnel »confie Bassirou Sourang du quartier de Médinatoul de Diourbel. Il hérite ainsi de la plus haute fonction religieuse de cette confrérie islamique parmi les plus représentatives d’Afrique.

Lors de sa première allocution en tant que Khalife général, il a tendu la main aux guides des autres confréries musulmanes du Sénégal et des autres religions. Un message fort destiné à renforcer l’harmonie. Il ne s’est jamais départi de sa constance dans sa foi en Khadim Rassoul et de ses enseignements, confie son fils Serigne Cheikh. Aujourd’hui, le Khalife général des Mourides fait partie des personnalités les plus influentes du Sénégal et du monde, selon les observateurs.

Serigne Mountakha Mbacké a émis le vœu de réaliser la volonté de son illustre ascendant, Cheikh Ahmadou Bamba, exprimé dans son panégyrique « Matlaboul Fawzeyni » : faire de Touba un centre universel d’acquisition de connaissances à travers la réalisation du Complexe Cheikh Ahmadou Khadim (Ccka), pour un coût de 37 milliards de FCfa par financement participatif. En septembre 2019, il a inauguré la mosquée Massalikoul Jinane dont il a été le premier à avoir posé la première pierre sous le magistère de Serigne Saliou Mbacké, un projet qui a coûté 22 milliards de FCfa.

C’est connu. Serigne Mountakha est une âme généreuse. Quand l’émigration clandestine avait fini de plonger les populations dans la désolation, le saint homme a fait un don de 20 millions de FCfa aux familles des victimes. Il a contribué à hauteur de 100 millions de FCfa pour la réhabilitation de la mosquée de Tivaouane, le double pour participer à l’effort de lutte au début de la pandémie de la Covid-19 au Sénégal. Le Khalife général a également assuré la prise en charge totale des familles en quarantaine à Touba. Aux opérateurs économiques victimes de l’incendie du marché Ocass de Touba, Serigne Mountakha a aussi remis un montant de 100 millions de FCfa. Il en a fait plus lors des inondations dans la cité religieuse, pour les hémodialysés… Et pour bien d’autres âmes désemparées. Son œuvre, en cour, est immense.

Le Soleil

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