Saidou Wouwo SOW prend la défense de Hamet Amadou LY dans son article:  » Où sont passés les intellectuels ? » ( Par Saidou Wouwo SOW)

Le monde contemporain nous impose des débats façonnés et amplifiés par les réseaux sociaux. Ces espaces, jadis considérés comme frivoles ou indignes des “esprits sérieux”, sont devenus aujourd’hui des arènes centrales de construction de l’opinion publique. Pourtant, nombreux sont les intellectuels qui, au nom d’un prétendu devoir de “prise de hauteur”, s’en écartent, préférant se retrancher dans les tours d’ivoire de la pensée silencieuse.

Mais à quoi sert l’intellectuel s’il refuse d’éclairer son peuple dans les moments où l’ombre menace la clarté ? Quelle est la valeur de son savoir s’il ne prend pas part aux orientations décisives qui dessinent le destin collectif ? Un intellectuel absent du débat public, notamment sur les plateformes les plus fréquentées par la jeunesse et les masses populaires, n’est-il pas en train de trahir sa mission fondamentale ?

Certains avancent que la réflexion de qualité ne peut s’exprimer à travers les réseaux sociaux. Rien n’est plus faux. Il existe des contre-exemples éclatants, comme le professeur Mamadou Kalidou BA, dont les interventions en ligne constituent de véritables leçons de lucidité. Ce dernier a compris que l’intellectuel a un devoir d’engagement, une responsabilité d’orientation. Il a refusé le confort du silence pour embrasser la complexité du tumulte.

Il faut avoir le courage de l’admettre : les réseaux sociaux sont aujourd’hui les principales places publiques où s’exprime la majorité silencieuse. Une large partie de cette population n’a pas accès aux écrits savants, par manque d’instruction ou de temps, ou par éloignement culturel de la lecture analytique. Fuir ces espaces, c’est les abandonner à des voix parfois malveillantes, souvent ignorantes, et trop souvent manipulatrices. Ce vide laissé par les élites est comblé par ceux qui distillent la haine, l’extrémisme et la division.

En désertant les débats numériques, l’intellectuel laisse son peuple livré à lui-même, sans boussole ni phare. Et dans ce silence complice, des figures courageuses comme Hamet Amadou LY, brillant défenseur de la culture pulaar, se retrouvent exposées à des campagnes de lynchage sans que la communauté intellectuelle ne bouge le moindre doigt pour les défendre.

Ce silence est une honte. Hamet Amadou Ly ne méritait ni l’injure ni la solitude. Il méritait reconnaissance, gratitude et élévation au rang des héros culturels de notre époque. Il est temps de briser l’indifférence, de réhabiliter la parole engagée, de redonner à l’intellectuel sa voix et sa vocation.

Car si nous ne parlons pas, d’autres parleront à notre place. Et ils parleront contre nous.

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