Le Premier ministre Ousmane #Sonko a présenté, ce 1er août 2025, le plan de redressement économique du gouvernement de Bassirou Diomaye Faye. Dans un contexte de fortes attentes sociales et d’une situation budgétaire tendue, ce plan constitue une tentative ambitieuse de restructuration économique. Certaines mesures prises suscitent l’adhésion, mais d’autres interrogent et méritent une réflexion approfondie.
Élargir l’assiette fiscale : une orientation pertinente mais incomplète
L’une des pierres angulaires de ce plan est l’élargissement de l’assiette fiscale, avec une volonté affichée de mieux capter les revenus générés par des secteurs jusqu’ici peu ou mal taxés : tabac, paris en ligne, activités des influenceurs, ou encore certaines exonérations jugées obsolètes.
Cette orientation est salutaire, mais pour être réellement efficace, elle doit s’accompagner d’outils structurels puissants, en particulier la mise en place d’un Numéro d’Identification Fiscale (NIF). Ce NIF devrait être obligatoire pour toute personne physique ou morale, et intégré dans les démarches administratives courantes : demande de carte d’identité, passeport, ouverture de compte bancaire, etc.
Un tel système renforcerait la traçabilité fiscale, réduirait l’informalité, faciliterait le ciblage des contribuables et réduirait les fraudes. Sans cela, l’élargissement de l’assiette restera une intention inefficace, incapable de s’ancrer durablement dans l’économie réelle.
Relèvement à 10 ans de l’âge des véhicules importés : un choix inquiétant
Contrairement à une idée reçue, le gouvernement n’a pas restreint l’accès aux véhicules d’occasion, mais a augmenté l’âge limite d’importation des véhicules à 10 ans, au lieu d’un seuil plus strict auparavant. Cette décision, bien que peut-être motivée par une volonté de soulager les classes moyennes et populaires dans l’acquisition de véhicules, risque de détériorer davantage un parc automobile déjà vétuste.
Dans un pays où les transports publics sont déficients, où les bouchons paralysent la capitale, et où la pollution urbaine s’intensifie, encourager indirectement l’importation de véhicules plus anciens va à l’encontre des impératifs de modernisation et de durabilité. Plus de véhicules usés, c’est plus de pannes, plus d’accidents, plus de pollution, moins de productivité.
Une réforme sérieuse aurait dû aller dans le sens contraire : réduire l’âge maximal des véhicules importés tout en mettant en place des facilités sociales ou des mécanismes de crédit encadrés, afin de permettre un accès progressif à des véhicules plus récents et plus performants.
Réciprocité des visas : entre souveraineté et réalisme économique
Le gouvernement envisage désormais d’exiger des visas à tous les ressortissants de pays qui en imposent aux Sénégalais, à l’exception des pays africains pratiquant une ouverture réciproque. Ce choix s’inscrit dans une logique de souveraineté et d’égalité entre États. Pourtant, cette mesure mérite une lecture plus pragmatique.
Le Sénégal est un pays carrefour, un pays touristique, une porte d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest. Dans ce contexte, appliquer une réciprocité mécanique risque d’avoir un effet dissuasif pour les visiteurs, les investisseurs, les partenaires. L’expérience passée, sous les présidences de Me Abdoulaye Wade ou Macky Sall, avait montré les limites concrètes d’une telle mesure.
La souveraineté ne s’évalue pas à l’aune de la rigidité, mais à celle de la capacité à défendre ses intérêts nationaux stratégiques. Un visa accordé avec souplesse, dans le cadre d’une politique d’ouverture ciblée, peut valoir plus qu’une réciprocité systématique.
Conclusion
Le plan de redressement présenté par le Premier ministre Sonko est un signal fort, porteur d’une volonté claire de rupture et de réforme. Il pose des bases, trace une trajectoire. Mais sa réussite dépendra de sa capacité à s’ancrer dans le réalisme économique, l’équité sociale et une logique d’intérêt national durable.
Certaines mesures doivent être affinées, corrigées, voire repensées pour éviter des effets contre-productifs. En matière fiscale, l’intégration d’un NIF est incontournable. En matière de mobilité et de politique migratoire, le pragmatisme doit guider l’action.
Un plan de redressement ne se juge pas seulement à son discours, mais à sa capacité à transformer en profondeur l’économie et le quotidien des citoyens.
Seydou sow
Économiste Financier et Analyste Quantitatif

