Omar Pène, lead vocal super Diamono: «tant que j’ai la voix, je chanterais pour la paix…»

0
238

Une production musicale de neuf titres avec des thèmes aussi variés que le réchauffement climatique, le terrorisme, l’emploi des jeunes… Omar Pène revient en force avec l’album Climat. Dans cet entretien, il évoque ses perspectives, les tensions à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar…

Qu’est-ce qui vous a poussé à dédier un album au Climat ?

Pour le titre, c’est une façon d’attirer l’attention de tous sur les dangers du réchauffement climatique. J’ai jugé nécessaire, en tant que leader d’opinion, en tant qu’Africain, d’apporter ma contribution pour conscientiser les populations. Je l’ai délivré en français et wolof pour plus de portée. Aujourd’hui, ma conviction est qu’il faut que tout le monde prenne conscience de ce phénomène, surtout nous, pays en développement. S’il y a dégâts, c’est nous qui en pâtissons le plus. Donc, nous devons être dans l’anticipation, la sensibilisation.

Un nouvel album de neuf titres. Cela signifie-t-il que vous comptez rester sur la scène musicale des années encore ?

C’est difficile à dire. Mais, ce qui est clair, c’est que tant que nous le pourrons, nous le ferons, c’est notre métier. La musique, c’est une bonne partie de notre vie, pour ne pas dire toute notre vie. Mais, elle va au-delà de nos personnes. Pour la bonne et simple raison que derrière, il y a des gens qui nous attendent, qui ont envie de nous voir produire des albums. Nous pensons à eux et nous n’allons pas les sevrer. C’est pourquoi, quand nous décidons de produire, nous mettons les moyens nécessaires, le temps, l’énergie pour que le produit soit de qualité. Nous ne produisons pas pour produire, mais nous produisons aussi pour la postérité.

On vous sait très lié aux étudiants. Quand vous voyez la tension qui prévaut souvent à l’Ucad, qu’est-ce que cela vous fait ?

Ça fait mal au cœur. Ma conviction, c’est que la violence n’a jamais réglé un problème. Il faut que les différents acteurs se retrouvent régulièrement autour d’une table pour des discussions sincères. Même les plus grandes guerres ont été résolues grâce à la discussion. Il faut privilégier le dialogue. Que les étudiants sachent qu’ils sont venus à l’université pour étudier. La simple évocation du nom de Cheikh Anta Diop suffit pour revenir à la raison. Il a consacré toute sa vie à la recherche. C’est tout un symbole. Je demande aux jeunes de privilégier le dialogue. Parce que des problèmes, il n’en manquera jamais. À chaque fois que j’ai l’occasion de leur parler, je le leur rappelle et il y en a qui sont très réceptifs. Mais, il ne faut pas désespérer. C’est un travail de tous les jours. Plus de 40 ans de musique.

Est-ce qu’il y a un rêve que vous n’avez pas encore réalisé ?

Je suis un militant de la paix. Je suis très attaché à la stabilité de mon pays. C’est ma mission sur terre. Tant que j’ai la voix, je chanterais pour la paix dans mon pays. Et je prie pour que le message ait une grosse portée. Mon rêve, c’est de voir la paix régner partout.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans l’histoire du Super Diamono ?

Super Diamono, c’est d’abord et avant tout une façon de vivre, un état d’esprit, une philosophie. Nous faisons de la musique, mais avec une identité qui nous est propre et des paroles sensibilisatrices que nous véhiculons depuis le début. Un message qui éduque, sensibilise, qui participe à la construction citoyenne. C’est notre contribution à la construction de notre pays. Parce que, justement, il y a des Sénégalais qui sentent la musique du Super Diamono, qui l’ont adoptée depuis très longtemps. Donc tous les messages qui sont délivrés ont une certaine portée. C’est pourquoi nous insistons beaucoup sur la qualité du texte. C’est ma vie. Et comme la vie est faite de hauts et de bas, nous sommes obligés de nous préparer et de préparer les plus jeunes à l’affronter. Nous ne pouvons faire autrement quand des jeunes de partout nous suivent avec amour et passion. C’est presque un devoir pour nous que de les guider sur le droit chemin. Je ne m’appartiens plus. C’est une lourde responsabilité que d’être adulé par la jeunesse.

Vous avez beaucoup chanté l’emploi des jeunes et la question reste d’actualité. Quel message aimeriez-vous adresser à la jeunesse ?

Je leur dirais avant tout d’avoir un métier. En un moment, les jeunes avaient commencé à négliger le métier. Or, quand tu as des connaissances dans un domaine, tu peux tout avoir dans la vie. C’est la meilleure manière de se réaliser, c’est-à-dire avoir une épouse, fonder un foyer… Et ça, il n’y a que le métier qui peut te l’offrir de manière pérenne. Il faut également que les gens sachent que tout le monde ne peut pas réussir dans les études. Le métier est une belle alternative si l’on est déterminé. C’est pourquoi j’ai d’ailleurs dédié un morceau à la question de l’emploi dans mon nouvel album. C’est une invite aux jeunes à se rebiffer, à croire en eux, en leur étoile, à se battre, même si les choses ne sont pas aussi simples qu’on ne le pense. Comme nous sommes dans un pays en chantier, il est important d’attirer l’attention des jeunes sur les opportunités que cela représente pour eux.

Qu’est-ce qui fait que, malgré les années, vous gardez votre identité ?

Notre philosophie a toujours été de nous intéresser aux thèmes qui parlent directement à la société sénégalaise. C’est pourquoi nos chansons sont très en phase avec les faits de société. Nous avons peut-être anticipé sur certaines choses (rires). Mais, c’est dans notre Adn que d’être le reflet de la société sénégalaise. L’autre force du Super Diamono, c’est que même ceux qui ont remplacé des anciens ont grandi avec l’Adn du groupe. Soit ils ont pendant longtemps côtoyé l’orchestre soit c’est dans l’orchestre même qu’ils ont appris la musique. Par conséquent, ils n’ont aucun problème à intégrer le style Super Diamono. C’est aussi ça notre force.

La musique du Super Diamono, c’est un chemin qui a été tracé depuis très longtemps et que nous continuons d’emprunter. À chaque fois qu’il y a une chose à dire, un message à véhiculer, une bonne parole à prêcher, nous le faisons à notre manière. Nous participons, à notre manière, à la construction citoyenne.

Quels regards portez-vous sur la jeune génération ?

Elle a du talent. Mais, si j’ai un message à leur donner, c’est qu’il faut croire en soi et être patient. Une carrière, c’est toute une vie, elle se gère. C’est une série de péripéties, d’évènement durs, parfois démoralisants, mais il ne faut pas jamais baisser les bras. Il faut continuer à croire en son étoile. Ceux qui ont réussi ont dû batailler très fort pour en arriver là. Il ne faut pas penser que c’est une simple affaire. C’est assez complexe.