Message du Khalife général des Tidianes, Serigne Babacar SY Mansour au 3e Forum régional de la CEDEAO

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Message du Khalife général des Tidianes, Serigne Babacar SY Mansour au 3e Forum régional de la CEDEAO sur l’éducation à la paix par le dialogue intra et interreligieux délivré par Pr Abdoul Aziz KEBE.

Le troisième Forum de la Communauté
économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sur « l’éducation à la culture de la paix à travers le dialogue intra et interreligieux » s’est tenu du 27 au 29 octobre 2022 à Lomé, sous le Haut Patronage du Président de la République Togolaise, Chef de l’Etat, Son
Excellence Monsieur Faure Essozimna
GNASSINGBE. Le thème de cette édition est « Communautés, extrémisme violent et cohésion sociale en Afrique de l’Ouest ».
Ce thème s’inscrit en droite ligne de la Vision de la CEDEAO pour l’horizon 2050 qui s’énonce comme suit : « Une communauté de peuples
pleinement intégrée dans une région paisible, prospère avec des institutions fortes et respectueuse des libertés fondamentales et œuvrant pour un développement inclusif et
durable ».

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Le Khalife général des Tidianes, Serigne Babacar SY Mansour, un des parrains de cette édition a été représenté par le professeur Abdoul Aziz KEBE et Moulaye Abdoul Aziz DIOP.
Abdoul Aziz KÉBÉ a délivré le message du Khalife général des Tidianes à l’endroit des autorités de la communauté. Un message de paix, d’unité et de concorde.

Message du Khalife général des Tidianes au 3e Forum régional de la CEDEAO sur l’éducation à la paix par le dialogue intra et interreligieux délivré par Pr Abdoul Aziz KEBE.

SEM Faure Gnassingbé, Président de la République du Togo

M. Le ministre des affaires étrangères, de l’intégration régionale et des Togolais de l’extérieur,

M. Le représentant des Eglises chrétienne

M. Le représentant de la chefferie traditionnelle,

M. Le Président de la Commission de la CEDEAO,

Mmes, MM les honorables participants, en vos rangs, titres et qualités.

Le Khalife général des Tidianes SERIGNE BABACAR SY MANSOUR nous a mandatés, son neveu M. Abdoul Aziz Diop et moi-même, pour venir le représenter à cette auguste assemblée qui, à ses yeux, reflète l’appel coranique à construire les conditions globales et durables de la paix, dans la concorde.

يا أيها الذين ءامنوا ادخلوا في السلم كافة ولا تتبعوا خطوات الشيطان إنه بكم عدو مبين.

Ô vous les croyants ! Entrez pleinement dans la paix et ne suivez pas la voie du Satan qui est un ennemi..

Héritier des illustres fondateurs des voies soufies qui enseignent la tolérance et le respect de la diversité, le Khalife général des Tidianes vous exprime toute sa gratitude, pour l’honneur que vous lui avez fait, de le choisir parmi les parrains de cette belle initiative.

Il en est d’autant plus honoré, nous a-t-il confié, que vous lui offrez l’opportunité de rappeler, à la face du monde, le rôle de pacificateur des guides religieux, rôle qu’ils ont hérité de la tradition de leurs maîtres dans le soufisme, de leurs maîtres dans l’islam primordial, les compagnons bien guidés, et surtout du Messager Bien-aimé, l’Élu, paix et salut sur lui.

La profondeur historique nous ramène aux premières heures où la fille du Messager d’Allah, Zeynabou, était protégée, avec son époux, Ousmane, qui deviendra le 3e Khalife, par la plus haute autorité chrétienne d’Afrique, le Négus, en Abyssinie. C’est une leçon d’humanité.

La profondeur historique nous renvoie l’image des évêques venus de Najran, au Yémen, passer des moments de dialogue avec le Messager d’Allah, dans sa propre mosquée à Médine. Et les sources rapportent que le Messager d’Allah les a autorisés à faire leur office dans l’enceinte de la mosquée à la coupole verte. C’est une leçon d’humanité

La profondeur historique nous ramène à cet instant où le 2e Khalife, le si intransigeant Oumar, après avoir visité Jérusalem, au moment de la prière du Asr, alors qu’il était dans l’Eglise de la Dormition, sortit pour prier dehors. A la fin de sa prière, il interrogea ses compagnons sur la justification de son acte. Ces derniers ont répondu tout naturellement que ce n’était pas licite de prier dans l’église. Il leur répondit : non que non! Si j’avais prié dedans, leur dit-il, dès que j’aurais tourné le dos, mes coreligionnaires l’auraient transformé en mosquée. Alors que c’est un sanctuaire. C’est encore là, une leçon d’humanité.

On pourrait en dire et en dire encore. C’est cette tradition que les autorités religieuses, de notre pays, le Sénégal, ont vivifié tant et si bien que la cordialité sociale entre chrétiens et musulmans, est dans notre Adn. Et cela a impacté les citoyens avec des organisations comme le Cadre unitaire de l’islam au Sénégal (CUDIS), regroupement de l’essentiel des sensibilités religieuses du pays, qui œuvre en parfaite harmonie avec l’église, sur toute question d’intérêt général relative à la préservation de la paix, de la stabilité et de la cohésion sociale, dans un élan de vivre ensemble. Ce précieux legs est à préserver.

C’est cette même dynamique qui a conduit le Forum de la jeunesse musulmane à organiser chaque année un Forum national sur la paix et la cohésion sociale, la prochaine rencontre est pour le 12 novembre in shallah.

C’est aussi ce qui motive le colloque annuel sur le même sujet, organisé par la Fondation Konrad Adenauer, en relation avec l’UCAD et les foyers religieux, les églises et les autorités des autres religions, y compris les juifs.

C’est cet esprit d’humanité qui avait conduit Serigne Babacar SY le Khalife général des Tidianes de l’époque, oncle et homonyme de votre parrain, notre guide, à soutenir le catholique Senghor en concert avec les différents guides musulmans, parmi eux, le Khalife des Mourides Serigne Falilou Mbacké et le Doyen de la famille Omarienne,  Thierno Saïdou Tall. Lorsqu’on l’interrogea sur le sens de ce choix, il répondit: on ne me demande pas d’élire un imam mais d’élire un président de la République. C’est encore une leçon d’humanité.

Son frère et remplaçant, l’inoubliable Serigne Abdoul Azize Sy Dabâkh dira, dans cet élan vers l’humanité qu’il ne distinguait pas le musulman du non musulman. Devant quelqu’un, il ne percevait que le porteur du souffle de Dieu, il ne voyait que l’œuvre de Dieu. Voilà une autre leçon d’humanité.

Toute la tension des autorités religieuses que nous sommes, doit s’expliquer par cet élan vers l’humain. Notre monde souffre du déficit d’humanité, à cause des identités exacerbées, ce qui nous éloigne les uns des autres. Or, l’histoire nous apprend et les écritures le confortent, à mettre l’accent sur la centralité de l’humain ontologique dans sa diversité anthropologique. Dans la Sourate les Appartements, nous trouvons cet appel à faire de sorte que la diversité anthropologique nous serve à nous retrouver dans l’ontologique.

يا أيها الناس إنا خلقناكم من ذكر وأنثى وجعلناكم شعوبا وقبائل لتعارفوا إن أكرمكم عند الله أتقاكم.

Ô Humains, nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et nous avons fait de vous des  Peuples et des tribus afin que vous vous entreconnaissiez.

C’est une invitation à la rencontre, au dialogue, pour que de la diversité naisse une mutualisation, qui aboutit à la reconnaissance de soi dans l’autre.

Et voilà que malgré cet héritage, nous avons presque trahi cet appel, et nous avons refusé la rencontre, lui préférant la discorde. Mais rien n’est fatalement inéluctable. Tant qu’il restera une poignée d’hommes et de femmes comme vous, pétris de foi en l’humain et engagés sur la voie de la rencontre, l’identitarisme qui conduit aux exclusions et aux extrémismes, pourra être vaincu.

Serigne Babacar Sy Mansour vous réitère sa profonde gratitude, du haut de cette tribune pour votre engagement à ne jamais abandonner, pour votre persévérance à rester fermes sur le chemin qui conjugue les efforts, les savoirs et les expériences pour construire les consensus de paix et de cohésion.

Il vous salue avec admiration, et exhorte les États et les communautés à accorder l’importance qui sied à ces fora, et surtout à traduire les conclusions et recommandations en actes bénéfiques et durables pour les sociétés. Sur cette voie, il met dans la corbeille 4 recommandations :

1-    Des restitutions nationales de ces rencontres, avec les parties prenantes significatives : les académies militaires, les universités, les foyers religieux, les médias et organisations de jeunesse. Ce qui pourrait conduire à

2-    Travailler pour que l’éducation à la paix ne soit plus un simple slogan, mais soit intégrée dans les curricula aussi bien des écoles publiques, à tous les niveaux, que des centres d’éducation communautaires, et même des associations sportives et culturelles,

3-    Instaurer des cellules nationales pour l’éducation à la paix, au dialogue et à la cohésion sociale, avec un agenda précis de dissémination, avec obligation de reporting à la CEDEAO,

4-    Création d’une entité sous régionale regroupant les autorités religieuses et communautaires. Une telle entité pourrait anticiper sur certaines difficultés, jouer le rôle de régulateur et le cas échéant de médiateur, dans un cadre communautaire, en parfaite entente avec la CEDEAO.

L’éducation à la paix, au dialogue, à la cohésion sociale est une exigence de notre temps. Et nous sommes les seuls comptables de notre temps, insiste le Khalife.

تلك أمة قد خلت لها ما كسبت ولكم ما كسبتم ولا تسألون عما كانوا يعملون.

Sur ce, le Khalife général des Tidianes, Serigne Babacar SY Mansour vous réitère ses remerciements et vous assure ses constantes prières.

Paix et salut sur le Messsager bien-aimé, l’Élu al Mustafa.

Paix sur vous.

Merci de votre attention.

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