Mauritanie – Kaaw Toure persiste et signe l’apartheid déguisé (Par Yaya Cherif Kane)

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L’histoire retiendra que 19 intellectuels négro-mauritaniens ont été arrêtés pour avoir signé un manifeste le 11 février 1966 qui dénonçait le racisme et l’arabisation du système éducatif. En s’inspirant de ce premier symbole de la lutte des noirs contre un Etat raciste Kaaw Touré remet sur la scène nationale cette césure dans l’histoire du pays qui marque le début d’une longue lutte vers la liberté.

Une convergence de lutte qu’il partage avec le président de l’IRA pour son combat contre un Etat esclavagiste dont la sortie à Genève pour recevoir son prix du courage a défrayé toutes les chroniques et suscité des polémiques sur les réseaux sociaux mais mal perçues par le pouvoir et surtout par une frange extrémiste arabe qui crie au complot international commandité par la diaspora.

Ce n’est pas tant ces vieilles recettes du pouvoir qui cherche toujours des boucs émissaires pour cacher son vrai visage d’autoritarisme qui ne peut plus tromper le plus jeune prisonnier mauritanien qui persiste et signe que le système politique du pays ressemble fort à l’apartheid sud-africain au moins dans sa gouvernance à caractère raciste et esclavagiste qui ne date pas d’aujourd’hui. Un apartheid déguisé sous toutes ses formes.

Le porte-parole des FPC revient sur les crises cycliques qui ont marqué l’oppression des noirs 1966,1979,1989, 1990 et 1991 et qui ont abouti à une déchirure profonde entre les composantes nationales. A y regarder près ce sont les pires années de l’histoire du pays. Pour la première fois des milliers de noirs sont déportés vers le Sénégal et le Mali. 28 soldats noirs ont été exécutés sommairement sans procès et 30 ans après les veuves et orphelins ne savent toujours pas où se trouvent leurs corps pour des sépultures dignes de ces martyrs.

Des milliers de noirs devenus des sans- papiers chez eux dont la majorité des enfants qui ne vont plus à l’école. Pour le jeune combattant de la liberté si en Afrique du Sud l’apartheid a pourtant permis à Nelson Mandela de vivre 27 ans en prison en Mauritanie 4 militants des FLAM ont été assassinés en moins de 2 ans de détention. Et plus de 500 militants ont été assassinés dans les camps du régime mauritanien. Malheureusement tous ces crimes restent impunis malgré les tentatives de plaintes dans les tribunaux nationaux, belges et français. Kaaw Touré ne fait pas du tout l’amalgame entre les exécutants de ce racisme d’Etat et la communauté arabo-berbère.

En question : l’unité nationale et la cohésion sociale. Autrement dit la cohabitation. Ce qui explique la naissance des FPC et des mouvements citoyens comme TPMN qui dénoncent que la Mauritanie soit toujours depuis l’accession à l’indépendance gouverné par une seule communauté au détriment des autres. Et le porte-parole des FPC de s’interroger sur l’omerta des progressistes arabo-berbères et de leur engagement contre les discriminations raciales. Il s’étonne que cette intelligentsia s’entoure d’un bouclier pour reprendre les discours officiels avec hypocrisie et mensonge pour valider le ticket unité nationale et l’islam comme religion commune à tous les mauritaniens. Au final la métaphore est belle.

Les mauritaniens habitent ensemble mais ne cohabitent pas. Ils se croisent mais ne se voient pas. Ils se parlent mais ne communiquent pas. La fracture est profonde mais l’espoir existe. La solution passe par un projet de société juste et égalitaire qui passe par la restauration d’un Etat de droit.

Yaya Cherif Kane- Journaliste
ROUEN- FRANCE.

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