Macky Sall ne devrait pas trop craindre de l’alliance Sonko-Khalifa (Par Madiambal Diagne)

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La nouvelle alliance politique, en vue des prochaines élections locales, entre principalement Khalifa Ababacar Sall, Ousmane Sonko et Serigne Moustapha Sy, a été scellée à la va-vite. Les discussions et les concertations n’avaient pu être terminées. Les parties n’ont pas eu le temps de s’accorder sur les modalités de leur alliance ou sur des projets de gouvernance locale, encore moins sur les noms des personnes à investir à la tête des mairies qu’elles espèrent gagner. Mais Ousmane Sonko et Barthélemy Dias ont, en quelque sorte, imposé un agenda à l’ancien édile de la capitale, leader de Taxawu Senegaal, pour l’empêcher d’aller plus loin dans ses flirts avec le Président Macky Sall.

En effet, ils ont voulu couper l’herbe sous le pied à Khalifa Sall, en lui faisant signer publiquement un accord politique. Les autres protagonistes éventuels de cette alliance, comme le Parti démocratique sénégalais ou les autres mouvements citoyens, ne pouvaient qu’être mis devant le fait accompli. Il fallait parer au plus pressé, d’autant qu’il y avait un risque certain de voir Khalifa Sall se rapprocher davantage du camp de Macky Sall. Ils sont, en effet, nombreux parmi ses compagnons, à œuvrer pour un rapprochement politique avec le Président Macky Sall. C’était un secret de polichinelle que Khalifa Sall entretenait des contacts suivis et réguliers avec le camp du Président Macky Sall. Mieux, des schémas ont même pu être envisagés.

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Des proches de Khalifa Sall travaillaient par exemple pour faire garder à Soham El Wardini son fauteuil de maire de Dakar, mais l’offre politique du camp de Macky Sall se limitait à lui tailler un poste d’adjointe au maire avec, à la clé, la mairie de Mermoz Sacré-Cœur qu’elle arracherait justement des mains de Barthélemy Dias. L’objectif personnel de Khalifa Sall dans cette dynamique de retrouvailles avec le Président Macky Sall était de pouvoir revenir dans le jeu politique par le biais d’une loi d’amnistie. On voit bien qu’une telle perspective ne serait ni à l’avantage de Barthélemy Dias, qui se voit déjà le candidat à la mairie de la Ville de Dakar et «khalife» à la place de khalifa, ni à l’avantage d’un Ousmane Sonko qui cherche lui aussi à hériter des troupes encore fidèles à Khalifa Sall. C’est dire que, comme nous le voyions venir, dans une chronique du 14 décembre 2020, Khalifa Sall avait tout à perdre dans une alliance avec Ousmane Sonko. Mais malheureusement, c’est connu, l’homme se laisse mener par le bout du nez, «Khalifa Sall laisse toujours les gens décider à sa place…». Khalifa Sall se montre si naïf, jusqu’à accorder encore du crédit à des paroles de Serigne Moustapha Sy à son endroit. On ne peut franchement pas croire que Khalifa Sall serait si puéril pour se rapprocher de Ousmane Sonko et de Serigne Moustapha Sy pour espérer par ce biais mettre une pression quelconque sur Macky Sall !

L’opposition va rater «son référendum» du 23 janvier 2022
L’alliance Yewwi askan wi (Yaw) est assez bancale. Elle est née avec des tares congénitales qui vont provoquer sa mort prématurée ou, à tout le moins, révéler de gros handicaps qui impacteront fatalement sa viabilité. Déjà que certains responsables politiques qui en sont membres dénoncent, sur tous les tons, les conditions de sa gestation. Les promoteurs étalent donc publiquement leurs réserves pour ne pas dire quelques légitimes suspicions. On assiste ainsi à un simple conglomérat de leaders, qui ne sont liés par aucune base d’un programme ou un projet de gouvernance locale au profit des populations. La grande faiblesse de l’alliance est qu’elle ne présente pas d’offre politique autre que celle de «dégager le régime de Macky Sall». Ainsi, se trompe-t-on d’élections car présenter les joutes électorales du 23 janvier 2022 comme un référendum contre le régime de Macky Sall est une grave erreur d’appréciation pour Ousmane Sonko et ses alliés de circonstance. Les élections municipales constituent des élections de proximité par essence et force est de dire qu’une certaine notoriété par exemple sur les réseaux sociaux ne traduirait pas forcément une adhésion au niveau de la base électorale.

Il y aurait sans doute aussi, des électeurs toujours favorables au Président Macky Sall mais qui auraient pu être séduits par la pertinence ou la lisibilité d’un programme de candidats à la mairie de leur localité qui permettrait de sanctionner la gestion d’une équipe municipale sortante qui aurait déçu les populations. Un électeur peut aimer Macky Sall et détester le maire de sa localité. On ne dira jamais assez que vouloir enjamber les élections locales de janvier 2022 pour en faire un référendum ou une question d’appareils politiques rend incohérent le combat que l’opposition avait mené, depuis de longues années, pour une plus grande visibilité sur le choix des maires, pour que la tête de liste gagnante soit élue automatiquement maire. Une telle revendication voulait que le coefficient personnel des candidats-maires devait être placé au-dessus des logiques d’appareils politiques partisans. Quelle serait la logique de privilégier l’appartenance politique au détriment des compétences quant aux choix des futurs édiles ? Macky Sall serait de son côté assez inspiré de faire le contraire, c’est-à-dire en cherchant, pour une fois, à privilégier les compétences pour le choix des maires de sa coalition. L’exercice ne sera sans doute pas aisé mais ce serait un éloquent signe de rupture.

De toute façon, la dynamique unitaire de l’opposition va forcément induire un resserrement des rangs dans le camp du Président Macky Sall, notamment dans son alliance Benno bokk yaakaar (Bby) qui s’est renforcée avec l’arrivée des fidèles à Idrissa Seck. Le parti présidentiel, l’Alliance pour la République (Apr), s’est comporté comme le propre adversaire de Bby ou même que l’Apr lui-même était l’adversaire de l’Apr du fait des querelles entre ses responsables qui pouvaient se montrer plus durs contre leurs camarades que ne le feraient des opposants extrémistes. Seulement, il ne saurait être envisageable que les opposants, que tout divise par ailleurs, arriveraient à s’entendre et que le Président Sall n’arriverait pas de son côté à rassembler ses troupes et à les mettre en ordre de bataille. Sur un autre registre, il sera loisible au pouvoir politique de travailler à détricoter l’alliance de l’opposition par des offres politiques ou par d’autres moyens ou procédés. Le temps jouerait ainsi contre l’opposition. Il s’y ajoute que les chocs des ego ou des ambitions qui font jour, dès la cérémonie de lancement de l’alliance Yaw, seront un autre grand facteur de déstabilisation. Chaque composante de l’alliance cherchant déjà à tirer la couverture de son côté ou que les uns est les autres, notamment Malick Gakou du Grand parti, sont accusés d’avoir rejoint l’alliance comme des agents infiltrés envoyés par le camp de Macky Sall. Tout cela renseigne sur le degré de confiance entre ces partenaires politiques !

Ousmane Sonko, sera-t-il le Général qui va laisser ses troupes aller seules au front ?
En nouant une alliance électorale avec des acteurs politiques qu’il avait férocement pourfendus comme étant des suppôts du «système», Ousmane Sonko vide de toute sa substance son discours politique sur la moralité et l’éthique. Aussi, Ousmane Sonko et ses alliés devraient avoir beaucoup à craindre d’un travail de sape des autres formations politiques de l’opposition. Les leaders qui ont été laissés en rade fulminent vertement contre les méthodes cavalières par lesquelles ils ont été écartés de l’alliance Yaw. Les opposants laissés au bord de la route (Pape Diop, Abdoul Mbaye, Diop Decroix, Thierno Alassane Sall, Mamadou Lamine Diallo entre autres) ne semblent pas vouloir se laisser faire ou se résigner à rester comme de simples spectateurs, confinés dans une posture de devoir compter les coups des autres. Ils travaillent à mettre en place leur propre alliance électorale. L’éparpillement des voix de l’opposition profitera au camp de Bby, avec le système électoral qui laisse une place dominante au scrutin majoritaire.
Nous avons vu que le choix des têtes de liste dans de nombreuses circonscriptions électorales va se révéler délicat pour les responsables de Yaw. Tout le monde sera-t-il prêt à de difficiles renoncements ? On attend de voir mais il demeure que les principaux leaders devraient se sentir bien obligés de se jeter dans la bataille électorale, ils devront descendre dans la fosse aux lions, à leurs risques et périls. Il serait absurde que Ousmane Sonko par exemple ne soit pas candidat pour briguer une circonscription électorale surtout celle de la ville de Ziguinchor, où il avait voté au quartier de Néma lors de la dernière élection présidentielle. Le leader de Pastef n’a pas procédé à un transfert de son vote vers une autre circonscription électorale et donc sera logiquement candidat à Ziguinchor où il devrait faire face à une coalition dirigée par Abdoulaye Baldé, le maire sortant. Ousmane Sonko préférera-t-il laisser un de ses poulains (Djibril Sonko, Malick Mansal, Seydou Mandiang, Lamine Sagna) aller à l’assaut de la mairie de Ziguinchor ?  C’est un truisme que de dire que seule la candidature personnelle de Ousmane Sonko ferait consensus. Les querelles internes au sein de Pastef sont très vives déjà dans la ville de Ziguinchor comme dans de nombreuses autres localités.

En tout cas, un revers de Ousmane Sonko, essuyé dans son fief politique, serait une grosse tache noire dans sa carrière politique, surtout face à un challenger qui nourrirait les mêmes ambitions nationales. Ousmane Sonko verserait-il dans une certaine forme de lâcheté politique en s’abstenant de participer aux élections locales et se réserver pour la Présidentielle de 2024 ? Le cas échéant, il sera tout aussi incompréhensible qu’il cherchera à briguer le renouvellement de son mandat de député aux prochaines élections législatives. De même, El Hadji Malick Gakou devrait être candidat à Guédiawaye. Un revers électoral de plus, face à Aliou Sall, risque de sonner le glas de sa carrière politique, encore qu’il aura besoin de se faire accepter par de nombreux autres candidats potentiels inscrits dans la coalition Yaw. Qui sera le candidat de Yaw au niveau de la ville de Dakar ? L’évidence politique voudrait que ce candidat provienne du camp de Khalifa Sall mais en raison de l’inéligibilité de ce dernier, pour cause de condamnation judiciaire, qui entre Barthélemy Dias ou Soham El Wardini ou les autres seraient placés à la tête des troupes ? Il reste une ombre sur la candidature de Barthélemy Dias du fait des procédures judiciaires pendantes dont l’issue pourrait sonner le glas pour lui.

Il s’y ajoute que des responsables de Pastef, dont quelques jeunes loups aux dents longues (Maïmouna Dièye, Abass Fall), brûlent d’envie de diriger la liste ou qu’un Bougane Gueye Dany du mouvement Gëm sa bop se croirait être «l’homme de la situation». De même, une candidature à la mairie de Tivaouane qu’aura choisie Serigne Moustapha Sy butera sur l’obstacle des contentieux personnels et familiaux entretenus par le guide des Moustarchidines avec des autorités religieuses de la ville. Une alliance composée de Khalifa Sall, Mansour Sy Jamil et Moustapha Sy n’aurait-elle pas l’air d’une «Zawiya» qui n’arrive pas à prospérer à Tivaouane et qu’on voudrait transposer à Dakar ? La situation des investitures sera tout aussi délicate à Saint-Louis. Cheikh Bamba Dièye se voit déjà porte-étendard de Yaw. Quelles seraient ses chances dans une triangulaire avec le maire sortant Mansour Faye et Mary Teuw Niane qui a, lui aussi, déclaré sa candidature ? Quelle sera la place de Dethié Fall, autre membre de l’alliance Yaw ?

Yaw sera donc confronté à de grosses difficultés pour ses investitures et les appétits de ses composantes ne laisseront même pas de la place à des personnalités, éventuellement déçues par les investitures de Bby. Il sera utopique de croire du reste que les déçus de Bby accepteront pour Yaw ce qu’ils auront refusé pour leur propre camp politique, à savoir leur apporter un soutien politique désintéressé. En outre, la bouderie du Pds de l’alliance Yaw pourra laisser au Président Macky Sall des marges de manœuvres pour chercher à rallier de grands pans de l’électorat traditionnellement fidèle à Me Abdoulaye Wade.

Au demeurant, le régime du Président Sall aura fort besoin de calmer la tension sociale consécutive à une subite éruption des prix des denrées de base et des désagréments provoqués par les fortes pluies des dernières semaines. L’opposition s’évertuera opportunément à en faire un thème majeur de campagne, d’autant plus que les réponses du gouvernement ne sont pas très audibles.

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