Macky Sall et les grands défis de 2022

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Face à la conjoncture économique liée à la pandémie du Covid-19, le président de la République, Macky Sall a annoncé, lors de son message à la Nation, de nouvelles dispositions pour soutenir encore le Sénégalais lambda. Seulement pour des économistes contactés par L’Observateur, ces efforts du Gouvernement ne suffisent pas pour atténuer la souffrance des Sénégalais. D’après eux, le régime a encore des défis énormes à relever, malgré les efforts déjà fournis.  

L’économie mondiale a été confinée. Comme 2020, l’année 2021 n’a pas échappé au virus Sars-Cov-2, responsable de la crise sanitaire du Covid-19. Les secteurs les plus dynamiques ont été infectés, occasionnant des récessions dans certains pays. Au Sénégal, en dépit de cette conjoncture économique défavorable, les finances publiques sont «restées performantes». C’est du moins ce qu’a fait savoir le président de la République, Macky Sall, lors de son message à la Nation pour le nouvel an. Macky Sall annonce ainsi que les recettes budgétaires de 2021 ont enregistré une hausse de 139 milliards FCfa, soit un accroissement de 5 % par rapport à l’année 2020.

Pour le chef de l’Etat, c’est ce qui a permis au Sénégal de couvrir les dépenses de résilience liées au Covid-19, aux inondations, au programme «Xëyu ndaw ñi (l’emploi des jeunes» et aux subventions du secteur de l’électricité. «De plus, l’Etat continue de déployer d’importants efforts pour contenir la flambée des prix. Ainsi, pour la farine, le taux de la Tva a été ramené de 18 à 0%, et celui des droits de douane de 5 à 0%. Sur l’huile, la taxe d’ajustement a baissé de 5%. Pour le riz, la suspension de la Tva reste maintenue», a déclaré le Président Sall. Seulement, reconnaît le chef de l’Etat, ces mesures de résilience face aux chocs extérieurs montrent aussi la vulnérabilité du Sénégal vis-à-vis de l’étranger, et la nécessité de réaliser au plus vite notre souveraineté alimentaire, à la faveur du Plan d’action prioritaire ajusté et accéléré (Pap2a), dont l’agriculture, la pêche et l’élevage restent les piliers majeurs. Mais ces dispositions du Gouvernement sont-elles suffisantes pour soulager les souffrances des Sénégalais ?

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«Il a fait des efforts, mais c’est insuffisant»
Economiste et maître de conférences assimilés à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), Cheikh Tidiane Ndour reconnaît que le Sénégal a fait des performances dans un contexte de crise sanitaire extrêmement difficile. Et c’est à saluer, si on compare cette situation par rapport à plusieurs pays au monde qui sont en récession. «Mais au regard de la conjoncture mondiale, ça reste largement insuffisant. Partout dans le monde, nous observons une augmentation de l’inflation. Et la répercussion des coûts mondiaux va forcément continuer à impacter sur le panier de la ménagère du Sénégalais lambda. Donc si on ne fait pas attention, à mesure que la pandémie demeure dans le reste du monde, nous continuerons d’observer des taux d’inflation relativement excessifs sur notre économie», a fait savoir Cheikh Tidiane Ndour. Pour l’enseignant-chercheur à la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg) de l’Ucad, un Etat qui tire l’essentiel de ses ressources budgétaires des recettes fiscales et douanières ne peut pas continuer à renoncer à des taxes. «C’est une mesure transitoire car on ne peut pas continuer à renoncer à des taxes sur une période relativement longue. L’exonération peut se faire à court terme, mais à long terme c’est insoutenable», fait-il comprendre. 

Pour son collègue Mounira Ndiaye, économiste, enseignant-chercheur à l’Université Iba Der Thiam de Thiès et consultant, ces mesures prises par le Gouvernement montrent que le Sénégal est en train de se débattre pour continuer la résilience. L’économiste rappelle que toutes les conséquences sur les prix des denrées de grande consommation au Sénégal viennent de l’étranger. Car le Sénégal n’est pas producteur de blé pour la farine, ni de pétrole. C’est des chocs exogènes. «Le Sénégal importe encore 40% de ses consommations. Ce qui fait que si les prix varient à l’étranger, le Président ne peut que faire face. Et ces exonérations fiscales sont nécessaires aujourd’hui pour éviter les flambées de prix qui vont encore ternir le pouvoir d’achat des Sénégalais. C’est de bonne guerre, mais nous avons des inquiétudes par rapport au déficit qu’il y a dans le pays. Jusqu’en 2020, on s’attendait à une réduction du déficit public à 3% du Produit intérieur brut (Pib) tel que le recommande l’Uemoa. Nous avions un plus de 4% en 2019 et en 2020, il était convenu d’arriver à 3% du Pib. Malheureusement, avec le Covid, nous sommes remontés à 6,2% du Pib en 2020. En 2021 aussi nous avons fait un effort et nous en sommes encore à 5%», explique-t-il.

«Si on continue les exonérations, l’Etat risque d’avoir des difficultés à rembourser la dette»
Sur le plan de la dette publique, Mounirou Ndiaye souligne que le Sénégal était arrivé à moins 55% du passif sur Pib en 2019. Et qu’il y avait un plan de désendettement de l’Etat qui allait nous descendre davantage jusqu’à 54% du Pib, mais avec le Covid, nous sommes remontés à 67% du Pib. «Cette année (2021), nous sommes à environ 65% et sur le déficit public, nous sommes à 5%. L’Etat continue de faire des efforts pour soutenir la population, mais si sur le plan fiscal et des recettes publiques, on continue à accorder des exonérations le Gouvernement risque d’avoir des difficultés à assurer une dynamique de baisse soutenue de ces déficits-là dans le court terme», prévient l’économiste. Seulement, Mounira Ndiaye fait comprendre que le Sénégal est dans la perspective de recettes pétrolières et gazières. Et qu’il y a beaucoup de ces recettes-là qui ont déjà été hypothéquées, parce que le Sénégal s’est permis des envolées sur l’endettement. «Aucun pays qui a des perspectives pétrolières et gazières n’a une signature négative sur le plan de la dette. Car les bailleurs vont toujours penser que ce pays est solvable. Donc ces exonérations peuvent tenir dans la perspective et dans l’hypothèse qu’il y ait les recettes des hydrocarbures escomptées aux horizons déterminés», précise-t-il. 

Si les économistes s’inquiètent sur cette conjoncture que traverse le pays, pour le chef de l’Etat, Macky Sall – l’inauguration du Train express régional (Ter) le 27 décembre dernier, qui sera prolongée jusqu’à l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd), la poursuite d’une trentaine de chantiers qui sont actuellement en cours d’exécution, en plus du montage technique et financier de l’autoroute du Nord (Dakar-Tivaouane-Saint-Louis) et du chemin de fer Dakar-Tamba, montre que le gouvernement reste dans le temps de l’action et du travail qui façonnent le visage du Sénégal émergent, par la réalisation d’infrastructures de développement.

«Revoir le calcul économique et l’arbitrage dans les investissements»

Toutefois, pour l’économiste Cheikh Tidiane Ndour, au-delà des investissements dans les infrastructures, l’Etat devait miser sur le secteur primaire et soutenir davantage la production locale. Car une fois que le Sénégal aura atteint l’autosuffisance alimentaire, cela permettra à l’Etat de limiter les importations. Ce qui fait que quand il y aura une conjoncture au niveau mondiale, cela épargnera le Sénégal des inflations. Cheikh Tidiane Ndour : «L’Etat peut adopter deux mesures pour apaiser la souffrance des Sénégalais. Il peut mener des politiques conjoncturelles, si c’est à court terme. Mais si nous voulons sortir la moitié des Sénégalais de la pauvreté extrême, il nous faut des politiques qui visent le long terme. Et pour cela, il faudrait nécessairement que l’Etat agisse sur le facteur éducation, le capital humain et investisse massivement sur le secteur de la santé. L’autre disposition, c’est des mesures de court terme comme des subventions, renoncer sur certaines taxes et assister les plus nécessiteux. Mais ça ne doit pas durer. Il faut transformer la structure de l’économie et réaliser des investissements structurants.» 

Pour Mounirou Ndiaye, certains projets comme le Ter ne sont pas mauvais. Mais, fait savoir l’enseignant-chercheur à l’Université Iba Der Thiam de Thiès, en économie, il y a deux outils fondamentaux à savoir le calcul économique et l’arbitrage qui font défaut au régime du Président Macky Sall. Selon l’économiste, le Gouvernement pêche dans les montages financiers et dans l’ordre des priorités en investissements. Ce qui peut être encore corrigé, car il estime que le Gouvernement doit être beaucoup plus précis dans l’estimation et le choix de tel ou tel projet. Mounirou Ndiaye : «Le Gouvernement a beaucoup de projets, mais il ne sait pas au départ, ce qu’il faut faire exactement. C’est ça le défaut du régime en place. Pour l’Aibd comme pour le Ter, les chiffres annoncés au départ ne correspondent pas aux coûts exacts des projets. Il y a toujours des avenants non maîtrisés. L’Etat doit revoir ce qu’il fait. Quand on lance ces projets, il y a le premier instrument qu’est le calcul économique et le deuxième l’arbitrage. Quand on met plus de 700 milliards FCfa sur un Ter, il fallait se demander s’il n’est plus pertinent de mettre ça sur le Tramway ou le chemin de fer ? Le chemin de fer Dakar-Bamako aurait été beaucoup plus pertinent, en termes d’activités et d’emplois. Ce sont les problèmes qu’il y a dans la gestion des projets de l’Etat.» 

Cependant, conformément à la politique d’équité territoriale -le Sénégal de tous-, Macky Sall rappelle le démarrage du Programme spécial de désenclavement portant sur plus de 2500 Km de routes sur l’étendue du territoire national, pour une durée de trois ans. Les chantiers de ce Programme spécial mobiliseront 60 entreprises sénégalaises, plus de 300 sous-traitants, et généreront plus de 50 000 emplois.

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