L’exclusion de Khalifa Sall et Karim Wade de la Présidentielle 2019 ouvre un boulevard à Macky Sall

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Le Sénégal abordera l’année 2019 avec en point de mire l’élection présidentielle, dont le premier tour est prévu le 24 février. Un scrutin qui s’annonce d’ores et déjà tendu, du fait de l’emprisonnement de l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall, et de l’éviction quasi acquise de Karim Wade, le candidat du Parti démocratique sénégalais (PDS, opposition).

Le premier a été condamné en appel à cinq ans de prison ferme pour “escroquerie aux deniers publics” dans l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar. Démis de ses fonctions à la tête de la municipalité fin août, il sera jugé devant la Cour suprême le 20 décembre. Si celle-ci entérinait sa condamnation, l’opposant serait alors définitivement écarté de la course, rappelle Jeune Afrique. 

Karim Wade

De son côté, Karim Wade a été radié des listes électorales, ce qui rend sa candidature théoriquement impossible. Or la stratégie du “Karim ou rien” affichée par le PDS est ouvertement contestée au sein du parti libéral, qui craint de se retrouver sans candidat le jour de l’élection. Début octobre, Madické Niang, jusque-là chef de file du groupe parlementaire Liberté et Démocratie, a annoncé sa candidature “alternative”, provoquant la colère d’Abdoulaye Wade. De l’ancien maire de Thiès, Idrissa Seck, au leader du Grand Parti, Malick Gakou, en passant par le médiatique Ousmane Sonko et tant d’autres, nombre d’opposants entendent bien jouer les trouble-fête. Mais l’absence d’une candidature unique et le risque de dispersion des voix que celle-ci implique font le jeu du président sortant, Macky Sall, dont les lieutenants ne cessent de mettre en avant un bilan jugé flatteur. Depuis fin 2017, le chef de l’État multiplie les inaugurations, qu’il entend poursuivre jusqu’au scrutin: Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD), Palais des sports Dakar Arena, Train express régional (TER), extension de la voie de dégagement Nord (VDN), autoroute Ila Touba… À l’image de son prédécesseur Abdoulaye Wade, qui se voulait “président bâtisseur”, Macky Sall entend mettre en musique la modernisation du pays en suivant la partition du Plan Sénégal émergent (PSE), qui fait figure de feuille de route de son action depuis son accession au pouvoir, en 2012. De fait, les indicateurs macroéconomiques sont plutôt favorables. Selon Jeune Afrique, depuis 2015, la croissance avoisine chaque année un peu plus de 6 %. Cette dynamique demeure cependant insuffisante pour absorber le flot de jeunes qui se présentent chaque année sur le marché du travail. Environ 20 % des diplômés du supérieur se retrouvent ainsi sans emploi à la sortie de l’université. Et le problème devrait encore s’aggraver au regard de la démographie galopante du pays – près de la moitié de la population a aujourd’hui moins de 14 ans. Autre sujet d’inquiétude, mis en exergue par un récent rapport du FMI : la trop grande dépendance de l’économie sénégalaise aux investissements publics et aux envois d’argent de la diaspora. Les experts du FMI s’interrogent également sur les capacités de l’État, qui s’endette à un rythme soutenu. D’après leurs projections, le taux d’endettement du pays, qui atteint 59,3 % du PIB, dépassera les 100 % à l’horizon 2020. De quoi inquiéter les marchés et les investisseurs. Mais le Sénégal pourrait aussi profiter à plein de son entrée dans le club des pays producteurs d’hydrocarbures. Ces trois dernières années, les découvertes de gisements pétroliers et gaziers offshore se sont multipliées, permettant d’envisager une exploitation à l’horizon 2021-2022. Selon des estimations, l’équivalent de 3 milliards de barils de pétrole sommeillerait au large des côtes. Une manne inespérée qui pourrait rapporter près de 50 milliards de dollars à l’économie dans les prochaines décennies.

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