Lettre Ouverte à Babacar Justin Ndiaye pour des propos déplacés contre Al Makhtoum

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Vous avez insulté la mémoire de Serigne Cheikh Ahmad Tidiane Sy. C’est dur de voir aujourd’hui que « nos plumes tant convoitées se déplument, s’envolent, laissant leurs auteurs dénudés de logique et de bon sens. » « Marabout », « Citoyen », « Extraordinaire », que de termes tout aussi contradictoires pour prouver, à travers votre article, que vous vous perdez vous-même dans un dédale de théories sans fondement. Un journaliste de votre trempe ne devrait préférer ce qu’Al Maktoum considère comme insignifiant face aux réalités : les archives. 

On le sait, vous êtes de la lignée de ces intellectuels qui assimilent les contenus de manuels politiques à l’envergure éléphantesque et autres histoires d’hommes d’état, les restituent sur des plateaux télévisés et les comparent au contexte politique en question. N’est-ce pas assimilable au spectacle qu’offre l’élève qui a hâte de réciter sa dernière leçon d’histoire, afin de se voir attribuer une bonne note, sans pour autant trouver de l’intérêt à travers le contenu apprit ? 
Ecoutons Al Maktoum dans l’un de ses dialogues avec un condisciple. Dialogue qui donne à la fois un fondement réaliste et une signification à sa noblesse en tant qu’aristocrate mystique : 
Le condisciple : « Vous arrive t-il d’être très en colère ? 
Serigne Cheikh Tidiane Sy : « il faut du temps pour ca. Disons que je n’en ai vraiment pas. » 
Le condisciple : « Crains-tu une chose dans ce monde ? » 
Serigne Cheikh Tidiane Sy : « Oui. La provocation ou le fait d’offenser quelqu’un gratuitement. Aucun humain, aussi mystiquement bien servi soit il, ne peut, face au ciel, défendre la cause de l’éternel provocateur. » 
Le disciple : Quel type de personne avez vous le plus tendance à condamner ? 
Serigne Cheikh Tidiane Sy : Celui qui me juge mal, sans pour autant me connaitre, encore moins prit le temps de cerner ma philosophie. 
A quoi bon s’en prendre à quelqu’un dont on méconnait la philosophie ? Vous parlez de « marabout », ce terme étant une expression coloniale et ayant toujours rebuté l’homme à la djellaba. « J’ai toujours considéré ce mot comme une expression berbère sinon barbare », se lamentait il. Il l’avait dit à Senghor qui, ne comprenant nullement le sens spirituel d’une telle sollicitation, proposa le concept de « chef religieux ». Et Al Maktoum de répliquer : « Encore un sobriquet aussi exécrable que tout autre ! » 
« Je suis membre d’une communauté dont le seul élément consiste à prêter l’oreille à des hommes plus savants que le commun des mortels », revendiquait l’homme du 15 mars dans une lettre ouverte adressée à Maitre Abdoulaye Wade. Voila, justement, ce qui fait de lui « le citoyen extraordinaire » dont vous faites tant allusion. Après tout, la force d’un chef spirituel digne de ce nom repose sur le fait de faire d’une personne ordinaire quelqu’un d’extraordinaire de par son verbe, ses actes et engagements. C’est là un attribut de l’action rénovatrice des prophètes et autres hommes de Dieu. Cela n’a rien à voir avec le terme « citoyen » que vous citez, plus récent, et issu du latin « civis » qui renvoie à celui qui « a droit de cité ». Les guides religieux ont, chez nous, en plus de « droit de cité », un droit de regard sur la gestion de cette dite cité. Cessez donc de revendiquer des prises de position dignes de conceptions coloniales. Nous sommes au 21ème siècle, et Al Maktoum a finit d’être « un miracle de son temps » que l’on cite continuellement dans l’actualité. Le fameux « Serigne Cheikh wakhone nako » (Serigne Cheikh l’avait dit) continuera à être comme un hymne que l’on chantonnera même à vos arrières petits fils, parce que ses enseignements résistent aux vicissitudes du temps et transcendent l’espace. 
Face à un détenu sénégalais, un juge menaçant en citant l’expression « condamnation à mort » se voit servir cette réponse : « De toute façon, nous sommes tous des condamnés à mort, car nous sommes appelés à crever un jour ou l’autre ! » Vos « heureusement que la peine de mort… » n’ont donc pas leur place ici pardi ! Droit et justice sont vraiment, comme vous dites, les deux marques de maquillage qui soient au monde. On le sait. Mais qu’est devenue la plume du journaliste chez nous ? N’a-t-elle pas finit d’être trempée dans l’encre du mensonge, de la trahison… ? Au siècle passé, lors de ses conférences, Al Maktoum, faisait face, en plus de l’auditoire ; à un blanc qui, mitraillette en main, « veillait à ce qu’il ne dicte pas des inconvenances sur l’autorité coloniale. » Ce qui n’empêchait bien sûr pas « Sanguou Ndiolor » d’exprimer son opinion dans sa plénitude. Aujourd’hui, il y’a pire : votre plume et celles de gens comme vous qui déshonorent la presse et, partant, préfèrent défendre des « faiseurs d’actualité » au détriment des leaders d’opinion. 
En citant Serigne Cheikh, vous osez parler de « mot désobligeant », de « discourtois », et montrez par là qu’a défaut de réfléchir profondément sur un sujet aussi délicat, l’odeur de la poussière dans les vieux journaux reste votre parfum préféré. Al Maktoum a été et a su rester ce conseiller dont Senghor & Diouf ne pouvaient se départir. Le comble, c’est que celui-ci a non seulement « truqué » des élections face au PSS mais aussi emprisonné injustement le fils d’Ababakar Sy (rta), alors que celui là fût le commanditaire jadis de l’article à la Une du journal la vache : « les magouilles de Cheikh Tidiane. » Doudou Thiam, lui, voulant reléguer le chef de parti du PSS au rang de « marabout n’ayant autre chose à faire que de rester marabout », s’est vu servir la réponse qu’il fallait ; lui qui s’était éloigné des siens pour épouser une française et devenir ces « hommes avides de pouvoir en costume-cravate à la pensée purement colonialiste » ! On peut en dire autant sur le compte des « détraqués »-et non détracteurs-de celui qui fait la fierté du monde islamique. 
Au Sénégal, même certains journalistes sont loin d’échapper à ce phénomène qui travesti le sens de l’honneur et de la patrie. Vous avez-vous-même incarné un exemple frappant de cette anomalie lorsque vous prôniez une sorte de « nationalisme » pour le fief d’Aline Sitoe Diatta, et ceci devant maitre Abdoulaye Wade, chef de l’état à l’époque. Revendication qui vous a valu une humiliation publique devant vos collègues journalistes. Voila un exemple de « discourtoisie » et de « désobligeance » mon cher ! 
Le « péché » de Serigne Cheikh Ahmad Tidiane Sy, c’est d’avoir été trop en avance sur son époque. Et c’est surtout le fait d’avoir été un forgeur de concepts qu’aucun esprit rachitique n’est à même de suivre. « Kou féroul idji dou xoulook maftouhoune aleyhi » (Un illettré ne peut s’immiscer contre les propos d’un mystique intellectuellement bien servi), disait-il. Le 29 janvier 2000, dans le cadre d’une conférence publique au CICES, sa réplique face aux propos que vous citez en « journaliste féru d’archives et avide d’histoires pouvant fasciner les esprits simples » avait pourtant été assez claire. Je vous la rappelle : « Lucifer, en personnage promu au rang de défenseur du mal, avait toujours voulu se ranger du coté des provocateurs et autres bandits de grands chemins. Pendant 7 années consécutives, j’ai été attaqué de toutes parts. L’on commanditait des articles et des émissions radio. Et c’est avec l’argent du contribuable sénégalais que l’on « s’offrait la plume de journalistes » désireux de s’y engager, avec des papiers n’ayant pas moins d’une trentaine de fautes de la langue de Molière. La plupart se sont, plus tard, inclinés devant moi pour me demander pardon, au moment où ils avaient l’impression qu’un sort leur avait été jeté, tellement ils étaient désorientés et malheureux (…) A quoi bon s’en prendre à quelqu’un qui, au moment ou vous rédigez votre article, compte des milliers de disciples dans votre fief ? Disciples faisant preuve d’indulgence parce que ne sachant que faire du provocateur impuissant que vous êtes ?» 
Le tribun de Tivaouane a du faire face à autant d’éléments indomptables, « 1000 océans en fureur », pour reprendre Aboul Abass Ahmada Tijany (rta). « Comment voulez vous que de simples fluctuants aient la capacité de nous lancer des défis ? », s’interrogeait-il ? 
Tant qu’il y’aura des consciences assez butées pour « insulter la mémoire des grands de la Tijanya », nous resterons à jamais debout, en sentinelles, pour défendre la cause de ceux qui ont su faire de leurs contemporains des hommes dignes de ce nom. 

Maam Cheikh 
Chroniqueur, Consultant 

cheikhahmad2@gmail.com 

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