Le prix de la liberté (Par Mame Birame Wathie)

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Pour continuer à gouverner, en dépit de son impopularité délégitimant, Macky SALL a engagé le pays dans une croisade contre des terroristes imaginaires. Seulement, sans le vouloir, il a, en même temps, introduit dans le débat public une question de géopolitique qui met en exergue le caractère parasitaire de la présence française au Sénégal.

Ainsi, dans son costume de préfet, il a réussi à faire comprendre aux Sénégalais que le défilé, tous les 4 avril, représente tout ce que le Sénégal a gagné de ce qui est appelé «indépendance ». Seulement, entre la compréhension des enjeux et s’engager à se libérer, il y a plus qu’un pas à franchir.

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La détestation qu’il polarise est à la mesure de l’espoir qu’il avait jadis suscité. La flamme, que son avènement à la tête de l’Etat avait rallumée, s’est éteinte au lendemain de sa prise de fonction, quand, au Conseil constitutionnel, Macky SALL a déclaré un patrimoine à milliards. Depuis lors, le leader de l’APR, apparu sous les traits d’un politicien professionnel, est dans le forcing. Non seulement les conditions de vie des Sénégalais ne s’améliorent pas, mais les tenants du pouvoir s’illustrent dans la mal gouvernance agrémentée par une arrogance qui frise la méprise. Si à cela sont ajoutées cette Assemblée devenue cirque national et cette Justice aux magistrats couchés, on retrouve l’étincelle qui, amplifiée par l’affaire Ousmane SONKO, a dernièrement mis le feu aux poudres. Seulement, pour des raisons évidentes, Macky SALL et ses hommes refusent cette lecture et, le déni en bandoulière, ont décidé de faire contre la volonté populaire.

En effet, avec cette loi qui peut assimiler un opposant à un potentiel poseur de bombe, Macky SALL cherche à justifier, aux yeux de la communauté internationale, le mal qu’il s’apprête à faire pour, non pas protéger ses concitoyens mais, les empêcher de contester sa troisième candidature. Après le remplacement des patrons de la police et de la gendarmerie, après avoir secoué l’administration territoriale marquée par la nomination du préfet de Dakar qui appelait à gazer les journalistes comme gouverneur de Saint-Louis, il lui restait à affiner les lois et les règlements. Ainsi, déterminé à piétiner la volonté populaire, le leader de l’APR a engagé le pays dans une pente dangereuse. Celle dans laquelle se sont engouffrés tous les autocrates du continent dont les pays ont basculé dans la tuerie pour la conservation d’un système oligarchique.

Quand, le 12 juin 1990, en Algérie, le Front islamique du salut (FIS) a remporté les élections locales avec un score de 54,25 % (4,3 millions de voix) des suffrages exprimés, la volonté populaire fut bâillonnée. Quand, le 26 décembre 1991, à l’issue du premier tour des élections législatives, le FIS remporte les 2/3 des sièges, le second tour du scrutin fut annulé, le parti dissout quelques mois plus tard. Face à cette injustice flagrante, s’est formée l’Armée islamique du salut. Les urnes ne leur permettant pas de prendre le pouvoir, des membres d’un parti politique ont pris les armes pour le conquérir ou plutôt pour résister à une armée gouvernementale commandée par de hauts-gradés formés pour l’essentiel en France. Ce fut le déclenchement d’une guerre civile de dix ans qui a occasionné plus de 100 000 morts.

Le Sénégal, dont les ressources naturelles dernièrement découvertes placent comme un futur grand producteur de pétrole et de gaz, suscite davantage de convoitises. Et ce n’est, sans doute, pas maintenant que la France va le lâcher. Elle qui le tient, depuis plusieurs décennies, comme une vache laitière, ne va pas s’en aller d’elle-même. Aujourd’hui, en plus de la monnaie, les secteurs clefs, tout ce qui est indispensable et susceptible de générer de véritables revenus comme communiquer (Orange, Free), boire (SUEZ), s’éclairer (Solairedirect, Senergy Suarl, Eiffage…), se déplacer (Eiffage, Total) sont entre les mains de la France qui s’invite même dans le commerce avec ses propres banques. Ces intérêts du pays de Macron conjugués avec la volonté d’un Macky SALL obnubilé par le pouvoir et qui s’érige comme le meilleur garant de la France, font redouter le pire. Non pas parce que ces deux alliés ont commencé à collaborer dans le sens contraire des intérêts du peuple du Sénégal mais que la jeunesse, sous l’impulsion d’Ousmane SONKO, a fini par entrevoir la voie de la liberté et se montre déterminée à s’y engouffrer.

« Je ne suis pas en train de dire que la France est à l’origine de tous nos maux, elle n’est pas responsable de la corruption de nos élites. Mais il est temps que la France lève son genou de notre cou, qu’elle nous foute la paix ». En lançant ces phrases, le leader du PASTEF n’ouvre pas un nouveau front mais rend publique une confrontation dont il est au centre et qui n’est pas perçue par tous les Sénégalais. En effet, tous les dirigeants sénégalais, pour ne pas dire africains, qui ont élevé la voix contre les intérêts de la France ont fini leurs jours dans le plus grand anonymat s’ils n’ont pas été tués sur la place publique, dans un assassinat déguisé.

C’est pourquoi nous empruntons ce titre à Mamadou DIA pour non pas retracer le parcours politique de celui qui a dirigé le Premier gouvernement du Sénégal dit indépendant, mais pour, comme dans son livre éponyme, rappeler que la liberté est loin d’être un fruit mûr tombé de son arbre et attendant d’être ramassé. Pour en arriver à cette démocratie qui permet à la police de perquisitionner le ministère de la Justice sans coup férir, les Français ont décapité Louis XVI après une révolution historique.

Ps : A partir de ce mercredi, vous retrouverez la chronique de WATHIE en mode vidéo.

Mame Birame WATHIE

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