L’argent et la politique : les “maux” du Fouta (Par Yero Guissé)

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Ce qui s’est passé ces derniers jours à Matam avec la coalition “Yewwi Askan Wi” ne m’a pas surpris. En 2018, j’avais fait une contribution intitulée : L’𝐚𝐫𝐠𝐞𝐧𝐭 𝐞𝐭 𝐥𝐚 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞, 𝐥𝐞𝐬 “𝐦𝐚𝐮𝐱” 𝐝𝐮 𝐅𝐨𝐮𝐭𝐚. J’ai voulu écrire une nouvelle contribution mais j’ai remarqué que celle de 2018 est toujours d’actualité. Les années passent mais le rapport entre la politique et l’argent n’a pas changé au Fouta. Les prochaines élections locales risquent également d’être le grand rendez-vous avec l’argent et l’achat de conscience.

𝐂𝐨𝐧𝐭𝐫𝐢𝐛𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐣𝐮𝐢𝐥𝐥𝐞𝐭 𝟐𝟎𝟏𝟖

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A l’image de la société sénégalaise, le Fouta vit une réelle crise des valeurs avec une mauvaise influence de la politique et du pouvoir de l’argent. De nos jours, l’argent a fini de changer les comportements des «Foutanke» (habitants du Fouta), de promouvoir des contre-valeurs au détriment de la dignité, de l’éthique et de la morale. La politique, longtemps considérée pour certains comme un sacerdoce, est devenue un moyen d’ascension sociale jusqu’à impacter négativement les rapports familiaux et amicaux.

Force est de constater que la politique, telle qu’elle est pratiquée au Fouta, trahit sa mission même de gestion des affaires de la cité. Elle est malheureusement devenue une course contre la montre à la recherche de privilèges, de prestiges et de places. Avec la puissance de l’argent, les hommes politiques (qui sont censés être des représentants du bas-peuple) occultent les doléances et les préoccupations légitimes des populations au profit des intérêts personnels ou de clans. Il suffit d’observer l’évolution du développement socio-économique au Fouta pour s’en rendre compte. En effet, le Fouta est l’une des contrées du Sénégal où il manque de tout : absence d’infrastructures routière et sanitaire, recrudescence de l’insécurité alimentaire…. Ainsi selon une récente étude de l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao), plus 75 000 personnes sont menacées de famine dans le Fouta, notamment à Matam et à Podor. Paradoxalement, le Fouta regorge d’un potentiel énorme de ressources humaines et naturelles.

Le constat est donc général, les maux du Fouta demeurent l’argent et la politique. Le rapport entre l’argent et la politique est surtout visible lors des échéances électorales où les hommes politiques débarquent avec des mallettes d’argent, utilisant ainsi la misère des populations et oubliant derrière eux toutes les promesses passées. La pauvreté et les difficultés de la vie poussent malheureusement les populations à accepter ces dérives. Et pourtant feu Juge Kéba Mbaye, une décennie en arrière, avait prédit cette situation en ces mots : «Pour qui se donne la peine d’observer la société humaine de notre époque, nous sommes sur le chemin d’un monde sans éthique ; d’un monde dans lequel la conduite des hommes, en dehors de toute considération éthique, est guidée par l’argent, le pouvoir, la force et la «place» ….»

Tant que l’argent fera la politique au détriment des valeurs sociales, morales et démocratiques, aucune avancée culturelle, économique, éducative ne sera envisageable au Fouta. Or, pour la bonne marche de la démocratie, c’est l’engagement de toutes les composantes de la société autour des valeurs démocratiques sociales et éthiques qui est nécessaire. La bonne marche de la démocratie ne va pas sans des citoyens actifs et impliqués dans le développement de leurs communautés, pour ainsi dire, avec leurs contributions, suggérer le chemin à suivre pour le bien-être commun. Ainsi ce sont les citoyens qui doivent aussi garder un œil sur le gouvernement afin de pouvoir évaluer les réalisations et les manquements pour ainsi se prononcer aux prochaines élections. Mais, l’absence de ces qualités et pratiques citoyennes nuit grandement à nos valeurs et à notre démocratie. Car il n’y a que le peuple qui puisse agir contre la corruption, la mal gouvernance…

Il faut une bonne politique pour pouvoir positivement impacter le comportement des citoyens, de même qu’il faut des citoyens actifs pour la bonne marche de la démocratie. A l’ère du développement et de l’émergence, la vision devrait plutôt être orientée vers la prise en charge des préoccupations des populations, le retour aux valeurs de travail, de solidarité et de dialogue au nom de l’intérêt général. Mais tant que l’argent fera la politique au profit des valeurs, le changement se fera toujours attendre au Fouta……

Yéro GUISSE

www.yeroguisse.org

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