La véritable tragédie de l’Afrique (Par Dr Amadou Ba)

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Dr Amadou Ba

Cette Afrique qu’ils aiment voir,

Cette Afrique qui me rend si triste !

Quand je regarde l’Afrique, plusieurs questions me viennent à l’esprit. Plusieurs fois, je me suis demandé qu’est ce qui arriverait si des braves fils du continent comme Mwalimu Julius Nyerere revenaient et voit ce qui se passe en ce moment? Je me suis plusieurs fois demandé ce qu’est ce qui arriverait si Kwamé Nkurumah revenait et voyait ce qui est arrivé à cette Afrique qu’il aimait tant? Je me suis toujours demandé qu’est ce qui arriverait si Cheikh Anta Diop, Thomas Sankara ou Patrice Lumumba, ces grandes personnalités dont les Panafricanistes sont si fiers, revenaient et voyaient ce qui est arrivé?

Je me suis posé ces questions parce qu’ils verraient c’est une tout ce qu’ils ont combattu, tout ce qu’ils ont refusé, une Afrique qui a failli, une Afrique qui a renoncé, une Afrique qui a abdiqué, une Afrique qui a pris le mauvais chemin. Ils verraient une Afrique malade, une Afrique perpétuellement en guerre, une Afrique où des pays comme la République Démocratique du Congo, le cœur du continent est totalement détruit. Dans ce pays, il y a une guerre atroce depuis plusieurs années occasionnant des millions de morts, de réfugiés, des femmes utilisées comme armes de guerre et violées quotidiennement, des enfants orphelins, malheureux et démunis. Ils verraient que personne ne se préoccupe de ce drame parce que cette guerre au Congo RD ne fait pas la une des journaux. Ils verraient que les Africains ne contrôlent pas leurs journaux et médias et se contentent uniquement de reproduire ce que les autres disent et écrivent, donc les Africains s’informent de l’extérieur sur leur propre continent.

Au moment où j’écris ces lignes, la Centrafrique est engouffrée dans une guerre ethnique et confessionnelle mais on en parle peu.

Au moment où j’écris ces quelques lignes, au Soudan du Sud la plus jeune nation en Afrique, les Nuers et les Dinkas s’entretuent.

Au moment où j’écris ces quelques lignes, l’Érythrée est plongée dans la guerre.

Au moment où j’écris ces quelques lignes, il y a le chaos en Lybie, la chasse aux Africains noirs en Algérie et au Maroc.

Au moment où j’écris ces quelques lignes, la situation n’est pas meilleure au Niger, au Sénégal en Casamance ou en Côte d’Ivoire.

Au moment où j’écris ces quelques lignes, le Mali est livré aux djihadistes et incapable de se défendre tout seul ni avec les Africains.

Au moment où j’écris ces quelques lignes, le Togo, le Gabon, le Congo Brazzaville sont dans des impasses politiques parce que les oppositions muselées et les jeunes manifestants bâillonnés.

Au moment où j’écris ces quelques lignes, la situation est dramatique en Somalie où les Shebbas sèment désolation en posant des bombes qui tuent par centaines.

Au moment où j’écris ces quelques ligne, la situation est chaotique au Nigeria où Boko Haram tue et brûle tout sur son passage, Maiduguri est devenu pire que Raqqa en Syrie.

Au moment où j’écris ces quelques lignes, la situation est incontrôlable dans le nord Cameroun et elle triste en Mauritanie le seul pays qui pratique encore l’esclavage dans le monde et qui refuse de reconnaitre une partie de sa population à cause de leur couleur de peau.

L’Afrique est en guerre contre l’Afrique, les Africains s’entretuent, se découpent par des machettes, se lynchent et se violentent quotidiennement.

C’est cette Afrique complètement à terre qu’ILS aiment voir, qu’ILS veulent être confrontés, une Afrique dont les statistiques et les économistes trompeuses disent qu’elle se porte bien, alors que les populations s’appauvrissent et deviennent de plus en plus démunies sans humer l’air des 6 à 10 pourcent de croissance dont on parle dans les médias.

C’est cette Afrique qu’Ils aiment voir et veulent être confrontés, une Afrique où on intimide ceux qui conscientisent, les intellectuels honnêtes et toute personne qui ne s’aligne pas dans leur façon de faire la politique, une Afrique qui fait la promotion des médiocres.

C’est cette Afrique qu’ils aimeraient voir et être confrontés, une Afrique dont les filles et garçons fuient leur continent à la recherche d’une vie meilleure ailleurs.

C’est cette Afrique qu’Ils veulent voir et être confrontés, une Afrique dont la jeunesse est constamment humiliée par les ambassades des pays européens et des États-Unis à la recherche d’un malheureux visa ou une green card.

C’est cette Afrique qu’Ils veulent voir et être confrontés, une Afrique où les jeunes et moins jeunes en provenance du Niger, du Nigeria, du Cameroun, du Sénégal, Mali, Mauritanie, Gambie, Guinée, etc. s’embarquent dans des pirogues de fortune une partie mourant dans la Méditerranée et les survivants devenant des esclaves dans des champs de tomate en Espagne ou en Sicile.

C’est cette Afrique qu’Ils aiment voir et veulent être confrontés, une Afrique où les populations ont perdu l’estime de soi, une Afrique dont les Africains ne sont pas fiers de ce qu’ils sont ni de ce qu’ils ont.

C’est cette Afrique qu’Ils aiment et veulent être confrontés, une cette Afrique où dans les Hôtels à Saly au Sénégal, à Dar Es Salam en Tanzanie ou à Nairobi au Kenya, même si la nourriture y abonde quand on frit les patates, on les appelle des frites françaises mêmes si elles sont faites à Dar Es Salam.

C’est cette Afrique qu’ils aiment voir et veulent être confrontés, une Afrique dont le reste du monde se moque, une Afrique qui fait pitié, une Afrique terre de malheur.

Ils aiment voir et veulent aussi être confrontés à cette Afrique qui ne raconte pas son histoire, ne l’écrit pas et ne l’enseigne pas.

Ils aiment voir et être confrontés à cette Afrique dont l’histoire est enseignée par les Européens et les Américains, une Afrique dont les informations viennent de la CNN, Radio Deutch Welle, Radio France ou BBC.

C’est cette Afrique qu’ils aiment voir et veulent être confrontés, une Afrique où les jeunes hommes et femmes ne sont pas fiers et quand ils veulent se faire plaisir, ils regardent les grands championnats de football européens : Manchester United, Barcelone, Real de Madrid mais pas l’Asec d’Abidjan, le Diaraf de Dakar ou Ashanti Kotoko de Kumasi.

C’est cette Afrique qu’ils aiment voir et veulent être confrontés, une Afrique qui n’est pas fière de ces artistes et icones, une Afrique qui célèbre Leonardo Di Caprio, une Angelina Joly et Brad Pitt mais qui ne célèbre pas Rita Dominique du Nigeria, Colle Sow Ardo du Sénégal ou Oumou Sangare du Mali, une Afrique qui célèbre Holywood mais jamais les cinémas africains.

C’est cette Afrique qu’ils aiment voir et veulent être confrontés, une Afrique où les femmes pour passer leur temps regardent les films mexicains La Patrona, La mulhere de vida, Rosa Salvage, mais pas Guelwar de Sembene Ousmane, des films de Ramata Keita ou du cinéma burkinabè.

Pourquoi devons-nous nous interroger sur un tel état des choses? Parce que nous sommes persuadés que la plus importante des batailles est celle des esprits. Si ton esprit est conquis, alors tu n’iras nulle part. C’est pourquoi au 17e siècle en Europe, le Grand René Descartes a dit : Cogito ergo sum (je pense donc je suis). Et c’est par là que les Africains doivent commencer pour apporter des corrections et leur contribution dans les affaires africaines.

L’Afrique doit commencer à sérieusement réfléchir. Nous avons des universités des collèges et des écoles, nous avons des ingénieurs mais nos routes ne sont pas construites par des ingénieurs tanzaniens, burundais ou sierra-léonais, ce sont les chinois qui viennent d’arriver qui construisent nos routes. Nous avons des docteurs qui sont formés mais quand nous sommes malades spécialement si nous faisons partie de l’élite politique, dépendamment de celui qui nous a colonisés, on rejoint Londres, Paris, Lisbonne ou Madrid. Et comme les Indiens se sont réveillés et ont commencé à se développer, on va vers l’Inde et de plus en plus et vers les Pays arabes Qatar, Dubaï, etc. À quoi donc servent les hôpitaux du Kenya, du Sénégal, du Congo ou de la Cote Ivoire? À quoi servent nos médecins?

Dans le domaine de l’Éducation nous ne sommes pas sortis de l’auberge non plus. Nos élites politiques ont introduit quelque chose qu’ils appellent Éducation libre, oui libre mais libre de toute connaissance. Le drame dans tout ça c’est que les élites africaines n’amènent pas leurs enfants dans ces écoles. Leurs enfants sont éduqués dans les systèmes britanniques, français ou américains. C’est pourquoi quand ils graduent, ils rejoignent les États-Unis, la France, la Grande Bretagne. Je ne le dis pas parce qu’il y a quelque chose de mauvais dans ces universités mais l’agenda est mauvais parce que les Africains ont perdu le contrôle de l’éducation de leurs enfants.

Quand on nous donne l’opportunité d’élire nos dirigeants, nous élisons des corrompus ou choisissons nos candidats par réflexe ethnique ou confessionnel. Nous élisons des hyènes pour qu’elles prennent soin des chèvres et quand les chèvres sont consommées on se demande pourquoi? Voilà la véritable tragédie du continent africain aujourd’hui.

Dr Amadou Ba Historien

beewdoo@gmail.com

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