La restitution du sabre d’El Hadji Oumar Tall, un des faits marquants en 2019

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La restitution par la France du sabre du marabout et résistant sénégalais El Hadj Oumar Foutiyou Tall, le 17 novembre dernier, a été un moment crucial du débat sur la restitution des biens culturels africains conservés dans l’Hexagone, l’un des sujets d’actualité dominants de l’année 2019.

Cette avancée historique jugée majeure a été favorisée par la mission confiée par le président français à l’historienne d’art française Bénédicte Savoy et à l’économiste sénégalais Felwine Sarr, consistant à étudier les conditions de restitution des objets d’art africains conservés en France.  

Le 23 novembre 2018 était remis à Emmanuel Macron le “Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain. Vers une nouvelle éthique relationnelle”, commandé en mars 2018 aux deux universitaires, à la suite d’un discours prononcé par le président français à Ouagadougou, le 28 novembre 2017. Dans ce discours, M. Macron avait souhaité que “d’ici cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique”. Un premier pas a été franchi dans ce sens, le 17 novembre 2019, avec la remise officielle du sabre du marabout et résistant sénégalais El Hadji Oumar Foutiyou Tall.

 Il a été officiellement remis au président sénégalais Macky Sall par le Premier ministre français Edouard Philipe, en visite au Sénégal, lors d’une cérémonie au palais de la République, en présence des descendants du conquérant venus de la Guinée, du Mali et du Sénégal.  El Hadji Oumar Foutiyou Tall, fondateur de l’empire toucouleur, avait combattu les troupes françaises de 1857 à 1859. Il disparaîtra mystérieusement dans les falaises de Bandiagara, au Mali, en 1864, selon les historiens.

Son fils Ahmadou (1836-1897) lui succéda et fut vaincu en 1893 par les Français qui s’emparèrent alors de son sabre. Macky Sall s’est réjoui de la restitution du sabre du résistant toucouleur, un évènement “historique” qui, a-t-il dit, “ouvre une nouvelle ère sur le plan culturel entre la France et nos Etats, dans le cadre du rapatriement du patrimoine africain”. Le sabre, avec sa lame de fer et son étui en cuir, faisait partie des collections du musée de l’armée à Paris. Prêté au Sénégal pour l’exposition inaugurale du Musée des civilisations noires, le 6 décembre 2018, il a été à l’origine d’une attraction sans précédent, lors du vernissage. Le Musée des civilisations noires, construit à Dakar, célébrait ainsi son premier anniversaire, le 6 décembre dernier, avec trois expositions : “Prète-moi ton rêve”, “L’Ecole de Dakar” et “Fet Bokk”.  La manifestation était agrémentée de conférences rehaussées par la participation d’éminents artistes parmi lesquels le sculpteur Siri Ky (Burkina Faso), le designer Abdoulaye Konaté (Mali), les professeurs Yacouba Konaté (Côte d’Ivoire), Mamadou Diouf et Souleymane Bachir Diagne (Sénégal). La restitution du sabre reste toutefois temporaire sur la base d’un accord de cinq ans paraphé par la France et le Sénégal. Cet accord peut être renouvelé autant de fois que possible, selon le professeur Hamady Bocoum, directeur du Musée des civilisations noires, en attendant une loi française sur le rapatriement définitif des 90.000 objets d’art d’Afrique subsaharienne recensés dans les collections publiques françaises. Le chef de l’Etat sénégalais a souhaité que les conclusions du rapport Sarr-Savoy puissent ouvrir la voie à un “dialogue serein et apaisé” sur le rapatriement des biens culturels africains gardés en France. Le Sénégal, par la voix de son ex-ministre de la Culture Abdou Latif Coulibaly, avait en tous cas demandé la restitution de tous ses biens culturels, dans le sillage du discours du président français à Ouagadougou. Abdou Latif Coulibaly a été remplacé par Abdoulaye Diop, devenu depuis le 15 avril 2019 ministre de la Culture et de la Communication. Le maire de Sédhiou (sud) était, auparavant, chargé du ministère de l’Emploi et de l’Insertion professionnelle. La finalisation en juillet dernier du texte de loi sur le statut de l’artiste et des professionnels de la culture est l’un des faits marquants de l’action de M. Diop à la tête du département de la Culture. Un document qui pourrait être examiné par les députés, dans les prochains jours. En attendant, le ministre de la Culture et de la Communication a défendu avec succès le texte de loi relatif à la création de la Société nationale Agence de presse sénégalaise (SN-APS), qui consacre la réforme institutionnelle de l’APS.

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