La France s’oppose à la campagne « liberté dans le hijab » financée par le Conseil de l’Europe

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Une campagne célébrant la diversité et « la liberté dans le hijab », lancée la semaine dernière par le Conseil de l’Europe, a déclenché une vive polémique en France. Après une protestation du gouvernement français, l’organisme européen, vigie des droits de l’homme sur le continent, l’a retirée.

Le gouvernement français n’est « pas en accord » avec « cette démarche identitaire », qui est « à l’opposé de la liberté de convictions que la France défend dans toutes les enceintes européennes et internationales », a affirmé le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal à l’issue du Conseil des ministres.

« Nous considérons comme inacceptable cette campagne du Conseil de l’Europe », a renchéri le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer. Pour lui, c’est « très grave et l’incident n’est pas clos » car cela révèle « que des associations, des structures qui ne vont pas dans le sens des valeurs de la République réussissent à s’insinuer dans des institutions, même parmi les plus importantes comme le Conseil de l’Europe ».

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Lancée jeudi dernier par le Programme pour l’inclusion et la lutte contre les discriminations, géré par le Conseil et cofinancé par l’Union européenne, cette campagne proposait des portraits de plusieurs jeunes femmes, voilées sur une seule moitié de l’image.

Un message en anglais indiquait notamment : « Beauty is in diversity as freedom is in hijab » (« la beauté est dans la diversité comme la liberté est dans le hijab »).

« Djihad publicitaire »

Passée dans un premier temps relativement inaperçue, elle a fini par déclencher une vive polémique, de l’extrême droite au gouvernement.

« L’islam est l’ennemi de la liberté. Cette campagne est l’ennemie de la vérité », a tweeté le polémiste Éric Zemmour, probable candidat à la présidentielle, dénonçant un « djihad publicitaire ».

« Cette communication européenne en faveur du voile islamiste est scandaleuse et indécente alors que des millions de femmes se battent avec courage contre cet asservissement », a lancé de son côté Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national.

« Ceci n’est pas un campagne de propagande des Frères musulmans mais du Conseil de l’Europe », a ironisé de son côté le député souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, toujours sur Twitter.

« Pas un symbole de liberté, mais de soumission »

À droite, la présidente de la Région Île-de-France Valérie Pécresse a elle aussi fait part de sa « stupeur », estimant que le voile n’était « pas un symbole de liberté mais de soumission ».

Prétendant à l’investiture des Républicains pour 2022, le député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti a dénoncé une « promotion du voile islamique » et une « négation de nos racines judéo-chrétiennes, de notre civilisation, de l’esprit des Lumières ».

Quant au chef de file des sénateurs du parti Les Républicains Bruno Retailleau, il a estimé que le Conseil de l’Europe promouvait « désormais ouvertement la soumission aux mœurs islamistes ».

La campagne a également fait réagir à gauche, l’ancienne ministre des Droits des femmes, la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, estimant que « dire que la liberté est dans le hijab » revenait à « en faire la promotion ». L’ancien premier ministre socialiste Manuel Valls, l’a lui jugée « choquante, ahurissante et dangereuse ».

Le gouvernement Macron a protesté

Au sein du gouvernement, la secrétaire d’État chargée de la Jeunesse Sarah El Haïry a indiqué sur LCI que la France avait « fait part de sa désapprobation extrêmement vive, d’où le retrait de cette campagne dès (mardi) ».

« Ces tweets ont été retirés et nous allons réfléchir à une meilleure présentation de ce projet », a confirmé dans un communiqué transmis à l’AFP le Conseil de l’Europe, l’organisation paneuropéenne basée à Strasbourg.

Ils « faisaient partie d’un projet conjoint » du Conseil et de l’Union européenne lancé en 2019 contre la discrimination, dont l’objectif est « de sensibiliser à la nécessité de respecter la diversité et l’inclusion et de combattre tout type de discours de haine », a encore justifié le Conseil.

Les tweets « reflétaient les déclarations faites de manière individuelle par des participants dans l’un des ateliers du projet et ne représentent pas la position du Conseil de l’Europe ou de sa Secrétaire générale » Marija Pejčinović Burić, a encore assuré l’organisation.

Si la Commission européenne a bien contribué à financer à hauteur de 340 000 euros l’ensemble du projet, qui s’efforce d’associer « jeunes et organisations de la société civile » à des ateliers et campagnes de sensibilisation, le Conseil de l’Europe « joue un rôle de chef de file » et Bruxelles « n’a pas validé les éléments » controversés, a déclaré mercredi un porte-parole de l’exécutif européen.

Pour autant, la Commission appelle à prendre en considération « les autres actions » de ce programme contre les discours haineux, a-t-il ajouté. « Notre position est extrêmement claire : les femmes doivent pouvoir porter ce qu’elles veulent, selon les lois du pays où elles vivent », a insisté un second porte-parole de l’institution.

LaPresse

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