Khalifa Sall déballe : “Je suis ici parce que j’ai dit non à une offre politique en juin et septembre 2012 “

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Voici l’intégralité de la déclaration préliminaire de Khalifa Sall:

« J’ai accepté de venir me défendre et défendre l’honneur de la municipalité pour que l’opinion sache que, attraire un Maire devant le tribunal, c’est du jamais vu.

En 1996, quand on votait l’acte 2 de la décentralisation, c’était pour faire en sorte que la gestion de l’Etat soit mieux organisée. En 1996, nous avions décidé de consolider la démocratie, en faisant en sorte que les citoyens soient au coeur du développement. Jamais nous n’avions pensé qu’un Maire serait attrait ici (devant le tribunal) pour des faits aussi graves.

Nous n’avons commis aucune malversation. Nous n’avons détourné aucun sou. Nous n’avons touché à aucun franc de l’Etat. Nous avons géré les fonds de la municipalité de manière transparente. Je ne suis pas quelqu’un qui prend et je n’ai jamais pris. Je suis ici (devant le tribunal) parce que j’ai dit non. J’ai dit non à une offre politique. J’ai dit non à une une proposition politique qui m’a été faite en juin et en septembre 2012.

On m’a proposé un marché que j’ai décliné. On a voulu me forcer à accepter et en 2014, ça n’a pas marché. C’est la raison pour laquelle, monsieur le président (du tribunal), j’ai voulu intervenir pour vous dire que… (Il a été interrompu par le parquet). Je vous remercie monsieur le président. L’objet de ce procès est de mener un combat politique contre un adversaire. Vous voyez ces messieurs et cette dame (les co-prévenus de Khalifa Sall) qui sont attraits devant vous, ils n’ont rien fait, leur seul tort est d’être des collaborateurs de Khalifa Sall. Libérez-les et jugez-moi tout seul. J’assume tout ce qu’on leur reproche… »

Signature de fausses factures : Yaya Bodian, Fatou Traoré et Amadou Makhtar Diop se renvoient la balle

A l’ouverture de l’audience sur le fond du dossier de lundi, les prévenus ont été interrogés sur les fausses factures du Gie Taabaar, qui leur servait d’après l’accusation de décaisser dans la Caisse d’avance. A ce propos, Yaya Bodian, comptable de la Ville de Dakar a indiqué que son directeur, M. Mbaye Touré, lui aurait demandé de trouver des factures pour justifier les dépenses diverses de la mairie.

« Sachant que Mme Fatou Traoré a un GIE familial, je lui ai demandé de nous prêter ses factures, tout en lui précisant que c’était juste pour la forme et qu’il n’y aurait pas de livraison. C’était juste pour résoudre un problème comptable pour gérer ces fonds politiques.

C’est un percepteur municipal que nous avons trouvé à la mairie qui nous a dit d’utiliser cette méthode pour gérer les fonds politiques. Au début, c’est elle qui signait et qui mettait les cachets. Après, elle m’a remis les factures et le cachet avec les références d’Ibrahima Traoré, président du GIE, pour que j’établisse les factures moi-même. Le GIE n’a jamais été payé puisqu’il n’y avait pas de livraison », a-t-il expliqué.

Tout comme Fatou Traoré, Yaya Bodian a passé en revue les différentes factures versées au dossier et a reconnu les avoir toutes signées au nom d’Ibrahima Traoré « en modifiant [leur] signature ». « La signature sur les « bons pour acquis » ressemble fortement à la signature d’Ibrahima Traoré », a signalé le juge. « Peut-être que j’avais déjà vu cette signature sur les premières factures remises par Fatou Traoré », a répondu M. Bodian.

Fatou Traoré dément avoir signé les factures

À la barre, Fatou Traoré a eu du mal à parler. Même au micro, sa voix était inaudible. Le juge lui a demandé plusieurs fois de parler plus distinctement, plus fort, et de se calmer.

« M. Yaya Bodian m’a demandé de lui prêter l’entête de notre Groupement d’Intérêt Economique familial [GIE, type d’entreprise au Sénégal, ndlr], pour établir des factures afin de justifier la caisse d’avance. Je l’ai fait », a expliqué Fatou Traoré. « De riz et de mil », a-t-elle précisé, en ajoutant qu’elle n’avait plus signé de facture après 2009.

Même se elle reconnaît avoir remis le cachet à Yaya Bodian, Fatou Traoré a affirmé qu’aucune des signatures n’était la sienne. Elle a aussi ajouté que son frère et président du GIE, « ne signe pas comme ça. Ce n’est pas sa signature ».

L’inspecteur des affaires administratives de la Ville affirme avoir signé les procès-verbaux « sans vérifier ».

Amadou Mokhtar Diop, inspecteur des affaires administratives de la Ville de Dakar, s’est exprimé au sujet des procès-verbaux de réception de marchés : « À mon arrivée à la Ville, il n’y a pas eu de passation de service, donc je ne savais ce qui se passait exactement dans mon service. C’est en fouillant dans les archives de mon bureau que j’ai trouvé un arrêté indiquant que je suis membre d’une commission de réception des marchés. À ce titre, j’ai signé avec désinvolture les procès-verbaux de réception de marchés que Yaya Bodian me présentait. Je le faisais déjà pour mon prédécesseur ».

« Désinvolture, c’est le mot que je peux utiliser parce que j’ai signé sans vérifier, étant entendu qu’il s’agissait de fonds politiques », a précisé M. Diop, en reconnaissant avoir signé les différents procès-verbaux présents dans le dossier.

« Saviez-vous que le Groupement d’Intérêt Economique familial ne recevait pas ces fonds et qu’il n’y avait pas de livraison ? », lui a ensuite demandé le juge. Après avoir d’abord nié, l’homme a finalement avoué avoir été au courant. « Mon prédécesseur aussi le faisait ».

Mbaye Touré, Daf de la ville de Dakar : « Je n’ai jamais touché à aucun centime de ces sous »

Ce mardi 6 février 2018 constitue la 9e journée du procès du maire de Dakar et de ses 7 présumés complices. L’audience a peine reprise a vu défiler 4 prévenus. De tous, c’est Mbaye Touré, Directeur administratif et financier (Daf) qui est le plus sollicité par les avocats, à ce stade de la procédure axé essentiellement sur la Caisse d’avance. Invité tour à tour, devant le juge pour y être entendu, dans les débats de fond, Mbaye Touré a exprimé ses regrets.

Traduit devant le tribunal correctionnel pour complicité de détournement de deniers publics et de blanchiment, il a crié son innocence.

« Je n’ai jamais été sanctionné pour une faute professionnelle, jamais de la part de corps de contrôles, ni par des enquêteurs de quelque structure que ce soit. C’est la première fois que je suis dans une telle situation. Jamais je n’ai eu de contreparties financières ou autres de quelque nature que ce soit. Je n’ai jamais touché à aucun centime de ces sous. (…). J’ai le sentiment d’un homme meurtri. Pendant les 25 ans de services, aujourd’hui, je tends vers la retraite. Je ne pensais pas que j’allais me retrouver dans cette situation pour des faits qu’on m’accuse et que je n’ai jamais faits. J’ai des sentiments de regret », a-t-il répondu à son avocat Me Khassimou Touré. En conclusion, il craque un peu à la barre avant de regagner sa place.

L’avocat retourne s’asseoir. Mais, c’est son confrère Me Moustapha Ndoye qui prend le relais et convoque le Daf à nouveau à la barre. Celui-ci interrogé sur la nature et les caractéristiques de la caisse d’avance répond. « On ne verra jamais dans le budget des fonds qui s’appellent caisse d’avance ou de fonds appelés « fonds politiques ». Ces fonds sont rangés dans la rubrique Cabinet du maire dépenses diverses. Il y a un chapitre jeunesse/sports ; Santé/actions sociales etc. pour chaque chapitre on vote un budget qui lui est alloué. C’est le Conseil municipal qui vote ces crédits. Ces 360 millions sont logés dans la rubrique « dépenses diverses ». Chaque compte est voté, le montant du crédit qui lui est alloué ».

En pleine explication, le silence de la salle est perturbé par des cris. Un homme entre en transe. Des cris fusent. Un autre homme se lève à son tour et hausse le ton et donne raison à son semblable en transe. « Il a raison. C’est injuste ce qui se passe ici », dit-il en tentant ensuite de se diriger vers le juge. Il est intercepté par certains hommes. Ceux-ci le plaquent et le bâillonnent. Il est expulsé, sous le regard des gendarmes aux aguets.

Pendant ce temps, le juge Malick Lamotte reste serein pendant quelques minutes. Le calme revenu dans la salle, il prend la parole et dit regretter l’expression de sentiments dans la salle d’audience. Mais, il a aussi invité les personnes émotives à mieux contrôler leurs émotions avant d’inviter les avocats du maire de Dakar à poursuivre.

Rappelé à nouveau devant le juge, après des troubles d’audience dus à des cris d’un des souteneurs en transe, il a déclaré n’avoir, à sa connaissance jamais vu de mission de contrôle dans les services.

« À ma connaissance, aucun corps de contrôle n’a eu à contrôler la caisse d’avance de la ville de Dakar. (…). On n’a jamais noté une mission de ces corps de contrôle venue pour procéder à auditer la gestion du budget de la Ville de Dakar ».

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