Iles de la Madeleine : Un voile de mystère aux larges de Dakar

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Le chavirement d’une pirogue aux larges des îles de la Madeleine, lundi, ayant causé 42 victimes dont quatre morts a mis au devant de l’actualité les caractéristiques mystérieux de ces archipels qui font face à Dakar. Les îles de la Madeleine font partie des endroits les plus exotiques du Sénégal. Aussi fabuleuses que mystiques, ces archipels regorgent d’un fort potentiel naturel. Ces îles de tous les rites et rituels constituent une zone de concentration de la biodiversité.

De la corniche ouest de Dakar, les falaises des îles de la Madeleines se dressent sur la mer. Les âmes curieuses, vont certainement s’aventurer sur le site mythique et mystique. A l’embarcadère, un groupe de jeunes filles s’excite. L’île vierge exerce un attrait particulier. Depuis des années, une voile de mystère enveloppe le site qui n’est pas si austère. A côté de l’excitation, un couple patiente. Les deux conjoints admirent les kakémonos et parcourent les informations pratiques qui parent les murs de la salle d’attente. Quelques minutes plus tard, la pirogue se remplit davantage de passagers enthousiasmés. Un homme s’emmure dans un silence à bord de la pirogue. Il marmonne. Il formule des prières. Le couple est plus détendu. Le moteur de la pirogue vibre tout d’un coup puis s’arrête.
La traversée s’annonce mal. Les plus anxieux se serrent les uns contre les autres. L’équipage redémarre. Les défaillances persistent. L’équipage ne prend pas de risque. La traversée se fera à bord d’une autre embarcation. Après une troisième tentative sur la nouvelle barque, le moteur cède sous l’impulsion de « Casque bleu », un piroguier. La cinquantaine révolue, il enclenche une discussion qui suscite une hilarité de la part des aventuriers. « Vous vous rendez au domicile du génie protecteur de la région de Dakar » prévient-il. Les passagers se regardent. La peur est dans l’air. « Casque Bleu » fredonne une chanson Lébou. L’adrénaline monte et se mêle aux remous de la barque. Les filets d’eau de mer mouillent les gilets de sauvetage. Au bout d’une dizaine de minutes, les visiteurs découvrent une partie de l’île. Ici, les vagues s’écrasent sur les rochers à un rythme ininterrompu. « On dirait que ce n’est pas au Sénégal », s’émerveille Anta, assise sur la pirogue.

Ile paradisiaque

La pirogue atteint le débarcadère, au fond de la crique Hubert de l’île Sarpan, sous le regard admiratif de l’équipage. Les hôtes sortent leur téléphone. C’est la séquence de prises de vue. Le site vit une série de selfie et de snaps. Surexcités, les visiteurs se débarrassent de leur gilet de sauvetage. « Bonne arrivée à vous sur l’île Sarpan » accueille un agent des eaux et forêts.
La merveille insulaire se découvre. La plage coquilleuse et l’eau bleuâtre scintillent sous le chaud soleil. Un homme, en pleine exploration, abandonne son corps dans l’eau, les pieds émettent des mouvements rapides. Mais que dire de ces jeunes filles frêles à peine couvertes de serviettes qui se bronzent au soleil comme des touristes venus d’ailleurs. Le site est plongé comme d’habitude dans un calme plat. Mais les cris des jeunes filles rompent de temps à autre cette quiétude comme du reste le vrombissement des moteurs.

Quelques tentes sont disposées sur la plage. Elles n’attirent pas grand monde pour autant. Les gens semblent préférer communier avec la nature en se prélassant sous les arbres, tel des morceaux de fer sur de l’aimant. Un jeune couple se met à l’ombre, sous un arbre soutenu par une grande roche. La jeune fille, le teint noir, sursaute à la vue d’un mille-pattes. Ces myriapodes sont partout sur l’île.
On peut aussi voir des gaillards qui époussètent les pierres et déposent les sacs. Tout d’un coup, la musique résonne. Les rythmes des chansons sont endiablés. Abdou, un membre du groupe, balance son corps, emporté par la chanson cadencée.


Quelques membres du groupe décident de braver la marée houleuse pour rejoindre l’autre rivage visiblement plus sablonneux. La bande se scinde ainsi, Moctar dirige la marche et la queue se forme, l’eau les arrive aux cuisses. Ils foncent dans une zone où les roches affleurent. Les mains s’agrippent sur les tee-shirts des uns et des autres…

Ile mystique

Après de bonnes heures sur l’île déserte, et inhabitée des humains, le guide regroupe la troupe pour la visite. Le groupe arpente le sentier menant vers la falaise. « Couvrez-vous le corps entièrement », s’adresse le guide Manga à deux jeunes filles. Elles s’étaient légèrement parées de leurs maillots de bains, dévoilant, ainsi, leur nombril. Au fur et à mesure que l’on remontait la pente, on entendait les visiteurs se plaindre. La montée n’est pas une promenade de santé dans ce sentier broussailleux en cette période d’hivernage. Sur la pointe de la falaise haute de d’une trentaine de mètres, une vue panoramique de Dakar se décline.

Le tapis vert remplit le champ de vision. L’ascension en vaut la chandelle. Une construction en latérite à l’allure d’un chantier, « Case Lacombe » se dissimule comme une planque en haut de la falaise. La seule bâtisse de toute l’île a été érigée en 1779 par le prêtre Lacombe. Il voulait y développer la culture des patates.

Mais, le propriétaire des lieux, LeukDaour Mbaye lui est apparu et lui a défendu d’ériger la case, explique Manga, la main se balance dans les airs. « Il a désobéit, poursuit-il, et le génie a utilisé la manière forte, il lui a asséné des fessées. Finalement, Lacombe a laissé tomber », narre passionnément Manga. La bâtisse est, donc, aujourd’hui le témoin de cet accrochage entre le prêtre et le génie de l’île qui veille sur son territoire.

Les îles de la Madeleine sont réputées pour leur mysticité. Cet aspect expliquerait l’absence de présence humaine. « Les humains ne cohabitent pas avec les génies », martèle l’éco-garde. Les aventuriers marchent, à présent, sur les ruines d’un mirador. Les Lébous ont détruit le poste d’observation ornithologique.

« Les constructions sur l’île vont se répercuter sur les populations de Dakar». Les « explorateurs » suivent attentivement le récit captivant en filmant avec leur téléphone.

L’excursion se poursuit. A une autre extrémité de la falaise, Manga, désigne du doigt, l’île Lougne. Cet autre site aussi mystique que l’île Sarpan désigne le nom d’un talisman servant à se protéger contre les mauvais esprits. « Lougne » ou « Lar » peut aussi vouloir dire « thiar » en wolof qui veut dire ramification afin de démontrer que l’île « Lougne » dépend de l’Île Sarpan. Elle est particulièrement rocheuse. « Si LeukDaour et sa famille sont très croyants, martèle Manga, les génies de l’île voisine sont toujours animistes », argue-t-il lyriquement.

Les sacrifices de sang sont d’habitude réalisés sur cette île. Elle n’est ni fréquentable, ni accessible. A ce moment, une équipe de plongeurs sous-marine active le moteur et rebrousse chemin.
Les hôtes de l’île ne semblent pas inquiétés par la confession du guide. Ils prennent des photos. Une colonie d’oiseaux prend s’envole au loin. Le chemin est repris. Ils dépassent une colonie de Borgia Senegalensis. « Pourrais-je arracher quelques fruits ? », s’empresse de demander un membre du groupe. « Il est préférable de ne toucher à rien », recadre Manga. Ils atteignent à présent une autre extrémité de la vaste étendue en altitude. Sur cet angle, la mer gouverne le champ visuel à perte de vue. Sur les pieds de Manga, un obus traine au sol. « C’était durant une bataille entre les lébous et les colons », explique-t-il. Au fur et à mesure de l’exaltante visite, on découvre d’autres plaques de rites et rituels. Le guide a obligation de ne pas profaner ces locaux mystiques de la communauté Lébou, en y introduisant les visiteurs.


A un moment, durant la marche, le groupe découvre un baobab imposant avec le tronc puissant. Il trône dans un coin du site. Des colliers, bracelets entre autres parures sont enfouies dans ses creux, de même que des pièces d’argent. Des bouteilles sont déposées sous le majestueux baobab. Certains choisissent délibérément de ne pas pénétrer « Le Turukay » ou la demeure de LeukDaour Mbaye. L’intrusion dure peu, les explorateurs reprennent le sentier de la découverte mystique. Soudain, une couleuvre ralentit leur marche. Elle se faufile entre les arbustes et disparait sous le regard apeuré du groupe. Le soleil s’est admirablement calmé en cette fin de journée.
Après une quarantaine de minutes d’une troublante exploration, une magnifique plage des tortues se dévoile. Du haut de la falaise, les explorateurs profitent de cette merveille terrestre.
Puis quelques minutes de marche plus-tard sur les extrémités de l’île, ils découvrent la première porte de l’île. Elle est rocheuse. C’était la plage des phoques. Du haut de la falaise, il est facile d’apercevoir de belles vagues pénétrant la plage de gros galets noirs.
La visite se boucle avec la découverte d’un vieux baobab nain de 572 ans qui est niché dans un coin. Un silence de mort enveloppe ce refuge. L’endroit est idéal pour la méditation…
Le soleil est à présent faible. L’océan dégage un scintillement immaculé qui perce la vision. Les eaux sont calmes, les âmes errent à la recherche d’une barque pour le retour. Aucun humain n’est autorisé à passer la nuit sur les lieux…

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