Hivernage 2021 – La banlieue renoue avec les inondations

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Des familles sinistrées quittent leur maison à la cité Castors Sotrac Ouest, au quartier Dakar Marine, à la Cité des enseignants. Les pluies du week-end, estimées à 88,6 mm ont en effet fini d’accentuer le calvaire des populations et plus d’une vingtaine de familles ont déjà quitté leur maison après avoir dormi à la belle étoile. C’est là la situation catastrophique que traversent certaines localités de la banlieue qui étaient impactées par les eaux de pluie depuis l’an dernier. Malgré les efforts de l’Etat sur la phase d’urgence, les problèmes demeurent et persistent. C’est le cas à la cité Castors Sotrac Ouest envahie par les eaux depuis 2014 et dans bien d’autres localités de la banlieue.
 
Une situation déplorable, selon le délégué de quartier qui organise les familles qui veulent aller au sec. «Nous sommes dans les eaux depuis 2014 mais les pluies d’- hier (samedi) ont fait que beaucoup de maisons sont inondées, il y a une vingtaine de familles qui ont quitté, ce qui fera presque un total de 60 familles qui ont préféré partir à cause des eaux », a indiqué Ndiogou Diène, le délégué. Ce dernier de renchérir  pour décrier l’inertie des autorités face à leur calvaire : « Nous avions deux pompes qu’un sapeur riverain nous avait données mais elles sont toutes tombées en panne. Il y avait l’ADM qui nous avait fait des promesses pour des motopompes mais on n’a encore rien vu, ils ont juste installé le container sans équipement de pompage et pourtant les sapeurs sont là et nous voilà dans cette situation ». La situation semble chaotique pour ces populations qui sollicitent le secours de l’Etat. C’est une situation identique à la Cité Dakar Marine, à la Cité des enseignants où le délégué de quartier procède au recensement des familles sinistrées. Plus de 30 maisons sont complètement envahies par les eaux de pluie et les habitants sont obligés de quitter pour se mettre au sec chez des proches parents loin des tumultes.

LE LAC WAROUWAYE DE YEUMBEUL NORD, DEBORDE ET IMPACTE LES QUARTIERS ENVIRONNANTS

Situé dans la commune de Yeumbeul Nord, le lac Warouwaye qui constitue un grand réceptacle d’eau de ruissellement pour transiter dans l’océan au niveau de Wakinane Nimzatt est déjà plein et risque d’impacter les quartiers riverains. « La situation est catastrophique à Yeumbeul Nord, le lac a débordé et va créer des problèmes dans les environs», a laissé entendre Louis Gomis, coordonnateur de la plateforme de lutte contre les inondations.  «  Ce n’est pas une surprise pour nous C’est une situation sur laquelle nous avions alerté auprès du Gouverneur et les techniciens en charge des inondations mais sans suite. Au moment de construire la VDN3 à Guédiawaye, il existait un réseau de drainage des eaux pluviales avec un canal qui déversait dans l’océan au niveau de Guediawaye mais en faisant ces travaux, on a impacté le réseau empêchant l’écoulement normal des eaux de ruissellement. On a saisi les autorités pour les informer de la situation en commençant par le Gouverneur lors de sa tournée pré-hivernale pour le curage des canaux et le faucordage des bassins, je l’ai interpellé sur cette situation mais voilà le résultat  : même les bassins sont pleins  », renseigne Louis Gomis qui ajoute que les quartiers de Bene Baraque et de Boun sont impactés par les eaux. Pour lui, c’est bien d’exécuter le plan d’urgence pour Keur Massar mais des efforts doivent être consentis dans d’autres localités qui souffrent de problèmes identiques.

RISQUE DE DEBORDEMENT DU MARIGOT DE MBAO ET D’EFFONDREMENT DES PONTS QUI ENJAMBENT LE LAC
 
La commune de Mbao a toujours souffert des affres des inondations, c’est à l’image de la Zac dans une zone marécageuse sans assainissement adéquat qui fait proie à des inondations chaque année. Même les locaux de la mairie de ladite commune sont toujours inondés à cause des travaux du Ter qui ont dévié le cours normal du plan de ruissellement des eaux au niveau du croisement de Mbao. Il est difficile aux automobilistes tout comme les usagers de vaquer à leurs occupations en cette période hivernale. La zone de Keur Mbaye Fall n’est pas aussi épargnée. A cela s’ajoute le marigot de Mbao qui réceptionne les flux d’eau de pluies en provenance des bassins de Keur Massar érigés dans la forêt classée dans le cadre du Plan d’urgence de gestion des inondations dont l’épicentre demeure l’unité 3 des Parcelles Assainies et les eaux de ruissellement du TER. Actuellement, le danger guette les populations avec la jonction du lac et de la mer, renseigne Guirane Diène, membre de la plateforme pour le développement durable de Mbao. « Le marigot de Mbao maintenant se joint directement à la mer suite aux fortes pluies d’hier. Et que sous peu, il y aura un reflux d’eau venant de l’océan et cà va être la catastrophe pour les quartiers en bordure de mer et du marigot et l’érosion côtière va s’accélérer  », a alerté l’écologiste qui poursuit sur un autre danger imminent dans la localité. « Le pont principalement qui enjambe le marigot, je dirai même les deux ponts sont dans un état lamentable et risquent de s’effondrer à tout moment parce que vous ne pouvez pas ignorer que les forts courants d’eau qui nous viennent du nord à Keur Massar et qui ont du moins accélérer la connexion entre le marigot et l’océan ont plus ou moins fragilisé les ouvrages. C’est chaotique, à la limite grave. On va attendre que l’irréparable se produise pour intervenir et toutes les promesses par les autorités depuis un an pour réhabiliter ces ponts sont restées sans suite », a expliqué Ngirane Diéne. Au niveau de l’océan, les pêcheurs lancent un Sos avec cette situation qui pourrait impacter leur activités car ils ont des difficultés pour amarrer leur pirogues.

L’UNITE 3, EPICENTRE DES INONDATIONS RENOUE AVEC LE CALVAIRE

Malgré les efforts consentis par l’Etat du sénégal dans le programme de la phase d’urgence de gestion des inondations dans les quartiers de Keur Massar impactés fortement par les eaux de pluie, l’unité 3 et beaucoup de quartiers renouent avec les inondations. Les déplacements se font sur des charrettes car le transport est perturbé dans la zone. Les quartiers Aladji Pathé, Cité Mame Dior et même Camille Basse se sont réveillés les pieds dans l’eau de ruissellement. Le délégué de quartier de l’unité 3 non moins président de la Commission stratégie et développement des délégués de quartiers de Keur Massar recoupe toutes les informations concernant les autres quartiers inondés, dans la déception, regrette la situation avec ces milliards injectés dans la phase d’urgence. « Nous sommes tristes et nous avons vraiment honte. Tristes dans la mesure où l’année dernière, nous avions perdu tous nos biens et on avait espéré avec le démarrage des travaux que rien ne sera plus comme avant avec les milliards injectés dans la programme  », a fait savoir Elh Daouda Mbaye qui poursuit, choqué. «  Mais c’est dommage dans la mesure où le programme a été très mal exécuté, que nous savons qu’il faut des pompes comme ils l’ont si bien libellé dans le programme. L’Unité 3 devait recevoir au moins 4 pompes et tous les quartiers Aladji Pathé, Keur Madiabel, Serigne Mansour Sy, Mame Dabakh Malick, les Unités 6, 5, 27,15, Enda etc. pour n’en citer que ceux-là, mais les pompes qu’ADM nous promettait pour le 15 Mai ne sont jusqu’à présent disponibles. Il manque aussi des tuyaux car l’unité n’en dispose pas », a vociféré le délégué de quartier qui revient pour dénoncer que «les canalisations n’étaient pas connectées, il n’y a eu de jonctions. Du coup, avec cette pluie, comme ils ont raccordé l’Unité 3, une bonne partie des eaux s’est déversée sur Camille Basse. Les autorités avaient ordonné la création d’une tranchée au niveau de la route qui sépare l’Unité 3 et l’Unité 4, c’était une situation que nous avions fustigée et voilà le résultat : toutes les eaux drainées par la route aux deux voies Jaxaay-Keur Massar ruissellent maintenant sous l’effet de cette tranchée et du coup, toutes les Unités ont déjà pris de l’eau. Il faut que les pompes soient livrées le plus rapidement possible », alerte le délégué qui soutient que seul un programme d’assainissement viable pourra régler le problème des inondations.

UN DISPOSITIF DE SECURITE POUR… ANTICIPER SUR UNE PROBABLE MANIFESTATION

Il a plu durant toute la nuit et les impacts sont réels sur le terrain. Une grosse surprise anime tous les habitants des quartiers de Camille Basse et de l’Unité 3 avec la présence de forces de sécurité dès les premières heures de la matinée sur le site qui sert de quartier général des Sapeurs-pompiers. Des camions ont déversé des forces de l’ordre en nombre suffisant sur le lieu où le chef de l’Etat avait tenu son discours annonciateur de la création du nouveau département et le lancement du programme d’urgence de lutte contre les inondations. Les autorités prennent les devants pour anticiper sur un probable soulèvement des populations qui ont longtemps voulu déverser leur courroux sur la voie publique avec leur calvaire qui s’accentue de jour en jour avec les inondations dont la fin est annoncée à maintes reprises sans succès. En tout cas, le dispositif mis sur place semble être une stratégie pour dissuader les récalcitrants.

88,6 MM D’EAU FONT SAUTER LE MINISTRE OUMAR GUEYE ET LE PREFET DE LEURS LITS

 La banlieue a reçu presque 88,6 mm d’eau durant les fortes précipitations de la nuit du samedi au dimanche. Une situation qui a fait sauter le ministre Oumar Guèye de son lit, accompagné du préfet et des techniciens de l’ADM pour vérifier les installations des pompes pré-positionnées dans les quartiers inondés. A en croire le préfet qui reconnait qu’il y a une grosse quantité d’eau qui s’est abattue, « On a eu une forte quantité d’eau de pluie hier soir. On a enregistré 88,6 mm d’eau et cà, ce n’est pas une petite pluie. On en voit partout mais nous ne sommes pas restés les bras croisés. Tous les moyens qui sont à notre disposition sont déployés. Depuis 5 heures du matin, nous sommes sur le terrain avec le ministre Oumar Guèye et les sapeurs sont en train de pomper mais il faut reconnaitre qu’il y a eu beaucoup d’eau. 88,6 mm : c’est énormément de quantité d’eau qu’on ne peut évacuer d’une minute à une autre, il faut que ça prenne un peu de temps, donc le dispositif des sapeurs fonctionne à plein régime de même que les ouvrages du Progep2. Maintenant, pour ces ouvrages quand même, il nous reste une partie à finir et c’est ce qui peut retarder l’évacuation des eaux. Nous sommes en train de tout mettre en oeuvre pour soulager les populations », a soutenu Said Fall, préfet du département de Keur Massar qui rassure sur les cas des sinistrés. « On nous a signalé deux familles à Yeumbeul, le sous-préfet y travaille mais à part ces deux-là, on ne nous pas encore signalé de familles qui doivent sortir même si cela ne doit pas manquer avec cette grosse quantité d’eau qui s’est abattue sur Keur Massar », a conclu le préfet
 

Avec Sud Quotidien

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