Grand Magal de Touba : le business du religieux bat son plein à Dakar

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Le Magal est un grand moment de prières mais aussi une opportunité d’affaires. À quelques heures de la célébration de l’événement, les acteurs économiques sont déjà au cœur de l’activité. Les écrits du Cheikh, chaises, nattes, tee-shirts et caftans au style « Baye Lahat » sont bien vendus à Dakar. De la « Baraka » pour les commerçants avant de rejoindre la ville sainte de Touba.

C’est déjà la ferveur du Magal au marché de Thiaroye-sur-Mer. En cette après-midi du mercredi 22 septembre au ciel nuageux, l’espace commercial vibre au rythme des « xasaïd » (écrits de Serigne Touba), distillés par des mégaphones fixés sur des poteaux. « Pendant 18 jours, Serigne Touba est célébré à travers des prières et la distribution de mets succulents », indique Moustapha Samb, membre du dahira mouride du marché entouré de fidèles.  De sa boutique, Ousmane Gaye est plongé dans cette ambiance. Il égrène lentement son chapelet tout en ayant un œil attentif sur sa marchandise. Ses étagères sont garnies de livres concentrant les écrits du Cheikh. Des chapelets noirs aux grosses perles sont accrochés aux étagères. La veille du Magal constitue une traite pour lui puisque sollicité par des dahiras.

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« C’est le moment où les ventes sont doublées, voire triplées. Les dahiras achètent des centaines de livres avant de faire le déplacement à Touba. Pour la journée du mardi, j’ai pu gagner plus de 30 000 FCfa », explique-t-il. À quelques mètres, sous un immeuble, Amsatou Samb est dans la vente d’accessoires en plastique, de chaises et de nattes. Tout comme Ousmane, le bonhomme vante les avantages économiques de la veille du Magal. « Ce n’est qu’à l’occasion des grandes fêtes religieuses que nous parvenons à vendre des centaines, voire des milliers d’articles », dit-il en aidant des jeunes à charger des chaises dans une camionnette. À pareille occasion, la collaboration avec les associations religieuses booste les activités. « Entre lundi et mercredi, j’ai vendu 200 nattes à deux dahiras de Sips et de Thiaroye-sur-Mer. C’est le moment des importantes ventes », confie-t-il, prêt à rallier la ville sainte la veille du Magal, après s’être fait plein les poches.

La vente de tee-shirts personnalisés fait recette

Au milieu de la rue, au quartier Tivaouane, Abdoulaye Sikori Fall arbore un tee-shirt à l’effigie de Mame Thierno Mbacké, son guide religieux. Plusieurs de ses condisciples ont porté la même tenue. « Ces tee-shirts sont commandés à 4000 FCfa, puis revendus à 5000 FCfa aux différents membres. Les 1000 FCfa servent à approvisionner la caisse sociale », informe Abdoulaye, une tasse de café à la main et un collier noir au cou. Ces tenues, Moustapha Sène en fabrique. En cette matinée du vendredi 24 septembre, il a fermé sa cantine pour aller s’approvisionner en tee-shirts à Colobane, dans l’optique de livrer une commande de 25 unités dans la journée. « J’achète le tee-shirt à 1500 ou 2000 FCfa et je paie 1000 pour l’impression de la photo.

Ainsi, je me retrouve avec un bénéfice de 1000 FCfa, voire plus par article. En période de Magal, il m’arrive de fabriquer 50 tee-shirts en une journée », dit-il au bout du fil. Bassirou Faye gère une boutique multiservices en période de vacances. L’étudiant en Management constate un regain d’activité à l’occasion du Magal, car triplant son gain journalier. « En banlieue, les associations mourides sont très nombreuses. La plupart d’entre elles commandent des tee-shirts pour l’identification. Ainsi, tous les jours, nous en imprimons. Cette semaine, le chiffre d’affaires est passé du simple au triple », informe Bassirou, assis devant son ordinateur et entouré de feuilles blanches.

La traite des tailleurs

Sur sa page Facebook, Abdou Sarr publie des pantalons bouffants et des caftans communément appelés « Baye Lahat ». Ces tenues en wax, en bazin ou en lin sont vendues entre 12 000 et 30 000 FCfa. Il collabore, chaque année, avec un tailleur. « J’ai commencé la vente de ces tenues en 2018. Depuis lors, c’est la réussite garantie. Je publie les modèles, puis j’enregistre les commandes. Pour le moment, nous en avons vendu 62 (l’entretien a eu lieu mercredi) », dit-il. Babacar Sène s’investit également dans ce filon. À l’intérieur de son atelier de couture à Lansar, il déborde d’activité, aidé par deux jeunes. S’il est concentré dans la couture de divers coupons de bazin, ses lieutenants cousent du wax. Hormis la Tabaski, le Magal est un événement phare. Il reçoit plusieurs clients dont de fervents talibés mourides. « Les pantalons bouffants et les caftans au style « Baye Lahat » sont à la mode. Je vends entre 8000 et 20 000 FCfa l’unité. Et je m’en sors bien.

En une semaine, nous en avons vendu 35. Et nous espérons des commandes de dernière minute », indique-t-il tout souriant. « Nous rendons grâce à Dieu. À des centaines de kilomètres, nous ressentons les bienfaits du Magal », ajoute-t-il. Pape Moussa Ndao embouche la même trompette. La veille du Magal fait leur affaire. Tailleur, il a offert ses services à plusieurs camarades. « J’ai cousu des pantalons, des caftans et plusieurs robes pour des voisins qui célèbrent le Magal qui est un moment d’importants gains économiques », souligne-il.

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