Ganguel Soulé – Cheikh Moussa Camara, L’intellectuel Musulman accompli

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Le nom de Ganguel Soulé, village situé dans le département de Kanel à quelques 80 km de Matam a fini de se confondre avec celui de Cheikh Moussa Camara. Ce marabout et intellectuel musulman fut, de la fin du 19ème siècle au milieu du 20ème siècle, l’auteur d’une abondante production manuscrite en arabe sur des sujets variés.  

Ganguel Soulé, ce n’est pas certainement l’une des localités les plus connues du Fouta. Pourtant, ce patelin coincé entre le Fleuve Sénégal et son défluent le Djolol, est le fief de l’un des intellectuels en langue arabe les plus féconds du continent. Son nom : Cheikh Moussa Camara. L’aura de ce personnage à multiple facettes a fini de se confondre avec Ganguel Soulé même s’il n’y est pas né. « Il a vu le jour en 1864 dans un village situé à 3 km d’ici, Gouriki Samba Diom, en allant vers Matam », précise Oumar Bâ, le Secrétaire particulier de l’actuel Khalife de Gangue Soulé.

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Gouriki Samba Diom ne dit pas grand-chose au commun des Sénégalais, mais dans l’histoire de l’Almimyat du Fouta, il fut le théâtre d’une scène dramatique : c’est là-bas que le premier Almamy, Abdoul Kader Kane, fut assassiné en 1807. C’est donc dans ce petit village où fut versé le sang de l’un des deux figures de proue de la Révolution Torodo (avec Thierno Sileyman Baal) que naquit le grand chercheur Cheikh Moussa Camara qui, faut-il le rappeler, a légué à la postérité une multitude de manuscrits dans divers domaines. « Il a commencé à écrire à l’âge de 22 ou 23 ans sur l’histoire, la linguistique, la grammaire, la sociologie, l’anthropologie, l’astrologie, le droit musulman…», ajoute Oumar Bâ.

Tombouctou du Sénégal

Sa production manuscrite est tellement foisonnante que certains n’hésitent pas à considérer Ganguel Soulé comme le « Tombouctou » du Sénégal en référence aux manuscrits de cette ville du nord du Mali. Dans la maison familiale de Ganguel, son mausolée jouxte la bibliothèque où est conservée une partie de cette abondante production intellectuelle. L’autre partie est jalousement gardée dans un bâtiment à l’intérieur de la concession de l’actuel Khalife Cheikh Bassirou Camara. Son œuvre majeure sur l’histoire des noirs, « Zuhur Al bassatine fi tarikh sa wa dine » (Florilèges aux jardins des noirs) de 1700 pages, écrits à la main, est en cours de traduction par l’Ifan, le Cnrs, l’Orstom, l’Ecole normale supérieure. Divisé en quatre volumes, le premier est déjà sorti.

Une figure islamique à part

A tous points de vue, Cheikh Moussa Camara, en tant que figure islamique dans le Fouta, détonait de par son érudition dans les sciences islamiques. Après un long voyage à la quête du savoir le long du fleuve et dans les pays limitrophes, il s’est établi définitivement à Ganguel Soulé en 1893. De cette date à sa mort en 1945, il a établi ses quartiers à Gallé Thierno qui, à l’époque, n’était qu’un coin isolé. Au fil du temps, Gallé Thierno est devenu, avec Nderr Wouro, les deux principaux quartiers de Ganguel. « Gallé Thierno était une brousse. Lorsqu’il est revenu, on lui a donné ce site et avec ses talibés, il a érigé une palissade et vivait là où se trouve actuellement son mausolée. C’est sa chambre qui a été transformé en mausolée qui, en 2013, a été classé monument historique par l’Etat du Sénégal.

Un homme du juste milieu

Selon Oumar Ba, Cheikh Moussa Camara était à la fois marabout et intellectuel dans le vrai sens du terme pour avoir mené des travaux de recherches. « Il était l’homme du juste milieu », dit-il. D’ailleurs, selon un de ses descendants, Abdel Kader Kamara, « les universitaires ne reconnaissent pas Cheikh Moussa Camara comme marabout mais comme un intellectuel, un chercheur ».

L’érudit de Ganguel avait une autre casquette, moins connue : entrepreneur agricole. En atteste la médaille d’honneur du mérite agricole qu’il arbore fièrement sur une de ses photos accrochées sur un pan du mur de la bibliothèque. « A un certain moment, on a voulu même en faire le Recteur de la mosquée de Paris, il a décliné l’offre. De même il a refusé sa nomination comme Cadi de Matam », confie M. Ba.  « Ce qui l’importait, ce n’étaient pas les privilèges, mais le savoir », ajoute-t-il.

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