France, Belgique, Croatie, Angleterre : Un quatuor étonnant pour l’étoile mondiale

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Les quatre demi-finalistes sont connus. Et ce ne sont pas forcément ceux qui étaient attendus. La France, la Belgique, l’Angleterre ou la Croatie : parmi ces quatre nations-là se trouve le futur champion du monde. Zoom, pays par pays, sur les derniers survivants d’un Mondial complètement fou.

La France, le seul habitué

Leur passé en demie : 5 participations

Qui aurait parié cela ? Aussi fou que cela puisse paraître, la France est le demi-finaliste le plus expérimenté dans le dernier carré. Fou, oui, car on s’attendait à retrouver à ce stade au moins un cador de la planète football : le Brésil ou l’Allemagne. Mais, en 2018, la révolution a frappé le Mondial et la France, du haut de ses cinq demi-finales passées est déjà un ogre comparé au reste du plateau. Le bilan est moins enthousiasmant : 3 défaites (1958, 1982, 1986), 2 victoires (1998, 2006).

Le moment qui a tout changé : 11 minutes pour emporter l’Argentine

Samedi 30 juin. En début de seconde période, les Bleus ne sont pas au mieux dans ce huitième de finale face à l’Argentine. Menés 2-1, ils vont alors faire souffler un vent de folie pour pulvériser les rêves de Lionel Messi et les siens. Onze minutes et trois buts, un joyau de Pavard et un doublé de Mbappé. Si les Bleus décrochent une deuxième étoile dimanche prochain, ces onze minutes-là auront constitué un chapitre majeur du roman russe de l’équipe de Deschamps.

Kylian Mbappé avec l'équipe de France contre l'Argentine en 8es de finale de la Coupe du monde

Kylian Mbappé avec l’équipe de France contre l’Argentine en 8es de finale de la Coupe du mondeGetty Images

Monsieur Indispensable : N’Golo Kanté

Ici, la question ne se pose même pas. Ce n’est pas un leader au caractère affirmé, ce n’est pas celui qui fera chavirer l’Hexagone sur une frappe en lucarne ou un grigri magique. Mais c’est pourtant bien le plus essentiel. C’est simple, à lui tout seul ou presque, il équilibre le onze de Didier Deschamps.

A revoir : le Mondial de Griezmann

C’est pour l’instant la seule ombre au tableau. Au niveau statistique, rien à dire, Antoine Griezmann est dans les temps dans ce Mondial (3 buts, 1 passe décisive). Mais ce n’est pas le “key player” de l’Euro 2016 où ses performances XXL avaient porté les Bleus jusqu’en finale. Que la France soit là sans un Griezmann encore au top est presque rassurant.

Le chiffre-clé : 26 ans

Comme la moyenne d’âge des 23 Bleus sur ce Mondial. C’est l’équipe la plus jeune de ce Mondial et on a souvent tendance à l’oublier. Il n’empêche, ces jeunes Bleus n’ont jamais pété les plombs face à des équipes pourtant à même de faire disjoncter.

La question : Quelle est l’identité de cette équipe ?

Vaste problématique que définir ces Bleus. Capable de mettre le feu face à l’Argentine pour finalement garder la tête froide face à l’Uruguay. Et que dire de cette phase de poules si poussive mais mathématiquement parfaite, ou presque ? C’est simple, ces Bleus ne semblent pas disposer d’un patrimoine génétique clair. Mais c’est finalement ce qui les définit le mieux. On n’a cessé de le répéter mais cette équipe de France est à l’image de son sélectionneur et son mot totem porté en art de jouer : le pragmatisme. Ces Bleus s’adaptent. Pour le meilleur pour l’instant. Reste à savoir si le pire est à venir…

L'équipe de France face à l'Uruguay

La Belgique, prime au jeu

Leur passé en demie

C’est un retour attendu depuis longtemps. Eden Hazard and co offrent au Plat pays sa première demi-finale dans un Mondial depuis le 25 juin 1986, un soir où Diego Maradona avait douché les rêves belges d’un doublé. Mais jusqu’ici, le principal fait d’armes des Diables Rouges sur la scène internationale est une finale de championnat d’Europe en 1980.

Le moment qui a tout changé : Les changements de Martínez face au Japon

Roberto Martínez a eu le nez creux. En lançant Marouane Fellaini et Nacer Chadli à la 65e minute face au Japon en 8es, le sélectionneur de la Belgique a changé la donne. Les Belges étaient alors menés 0-2. Neuf minutes plus tard, ils avaient égalisé (2-2) sur un but de Fellaini. Et dans le temps additionnel, c’est Chadli qui a envoyé les siens en quarts (3-2).

Marouane Fellaini

Marouane FellainiGetty Images

Monsieur Indispensable : Romelu Lukaku

Dès son arrivée, Martínez en a fait un indiscutable de son onze de départ. Depuis, il affole les statistiques. En Russie, il est juste indispensable. Avec son physique, Romelu Lukaku fait du ménage dans les défenses adverses. Il apporte aussi de la profondeur aux Diables Rouges. Et son efficacité fait un bien fou à cette sélection belge. Le géant de Manchester United en est déjà à quatre buts et une passe. Et il ne faut pas oublier son sens du but génial sur la troisième réalisation belge face au Japon. En clair, c’est le complément idéal des chefs d’orchestre, Eden Hazard et Kevin De Bruyne.

A revoir : Vincent Kompany

Il n’a pas été rassurant face au Japon pour sa première titularisation de la compétition. Mais face au Brésil, on a retrouvé le Kompany tranchant et efficace dans le domaine aérien. À lui de confirmer. Car la Belgique a besoin d’un grand Kompany pour aller au bout de ses rêves.

Le chiffre-clé : 14

La Belgique tourne à pleine régime. C’est la meilleure attaque du tournoi avec 14 réalisations en 5 matches.

La question : La génération dorée de la Belgique s’est-elle débloquée ?

La Belgique tient sa demi-finale. Enfin pour cette génération si talentueuse. C’est un soulagement pour toute une nation, qui attend maintenant la consécration. Ce sera aussi une question mentale. Les Belges semblent plus matures. Le quart face au Brésil l’a démontré, même si le scénario a bien aidé les Diables Rouges. Mais Hazard, De Bruyne et Kompany vont devoir répondre présents pour leur première demie internationale.

Eden Hazard, Dries Mertens, Romelu Lukaku

La Croatie, au bon souvenir de 1998

Leur passé en demie

Pour une nation aussi jeune, disputer deux demi-finales de Coupe du monde en l’espace de vingt ans n’est pas un mince exploit. En 1998, la Croatie de Suker, Boban et Prosinecki avait même cru très fort à la finale, et sans le doublé le plus improbable de l’histoire, c’eût probablement été le cas. D’outsider face aux Bleus il y a vingt ans, ils le seront beaucoup moins cette fois-ci de leur demi contre l’Angleterre.

Le moment qui a tout changé : La démonstration face à l’Argentine

On les pensait outsiders voire coupeurs de têtes. Mais ce 21 juin, sous les yeux de la planète football, la bande à Modric s’est offert une démonstration en mondovision. En forme d’humiliation pour l’Argentine de Lionel Messi. Une fessée 3-0 et une impression claire : cette Croatie-là était bien plus qu’un outsider.

Monsieur Indispensable : Luka Modric

Avec N’Golo Kanté, il y a match pour savoir lequel des deux est le meilleur milieu de ce Mondial jusqu’à présent. Capitaine et maître à jouer de cette équipe, il a même ajouté une corde à son arc déjà démesuré en étant décisif en phase de poules (2 buts). Mais c’est aussi son attitude qu’il convient de mettre en avant. Après avoir échoué au penalty à la 116e minute face au Danemark (1-1), il ne s’est pas défilé pour aller transformer son tir au but. Avant de mettre aussi le sien face à la Russie (2-2).

A revoir : La trouille de gagner

C’est paradoxal. Après son premier tour parfait, la Croatie s’est retrouvée dans une partie de tableau dégagée, surtout après l’élimination espagnole. Mais, face au Danemark et à la Russie, deux équipes sur lesquelles elle dispose d’une marge de niveau indéniable, les Croates ont semblé hésitants. Pas sûr d’eux. Et ont tremblé comme jamais en allant jusqu’aux tirs au but. Pour s’en sortir. Il n’empêche, il ne faudra pas avoir le bras qui tremble en demie.

Le chiffre-clé : 2

Qualifiés aux tirs au but face aux Danois et aux Russes, les Croates sont les premiers dans l’histoire de la Coupe du monde à accéder au dernier carré en enchainant deux qualifications dans ces conditions. Une seule autre équipe avait remporté deux séances de tirs au but dans une même Coupe du monde. C’était l’Argentine, en 1990. Mais en Italie, l’Albiceleste de Diego Maradona avait gagné ses deux séances en quart (Yougoslavie) puis en demie (Italie).

La question : La Croatie va-t-elle payer ses deux matches-marathon ?

Tirs au but contre le Danemark. Tirs au but contre la Russie. Les Croates avaient certes eu le luxe de faire tourner lors de leur troisième match de poules, mais ils risquent d’avoir laissé beaucoup de gomme dans leur huitième et leur quart de finale. D’autant qu’à la débauche d’énergie physique s’ajoute une possible fatigue nerveuse. Le penalty raté de Modric face aux Danois, la course-poursuite avec les Russes ce samedi… les deux prolongations jouées par les hommes de Dalic ont aussi été éprouvantes psychologiquement. Reste à savoir si l’euphorie de la victoire peut gommer tout cela, face à une Angleterre elle aussi passée par les tirs au but en huitièmes, mais qui a pu davantage gérer son effort face à la Suède.

L'équipe de la Croatie qualifiée pour les demi-finales

 

L’Angleterre, le revenant

Leur passé en demie

De tous les champions du monde, aucun n’a figuré aussi peu souvent dans le dernier carré. En dehors de son titre à domicile en 1966, l’Angleterre n’avait disputé avant qu’une seule autre demi-finale, perdue contre la R.F.A. à Turin en 1990. C’est donc une denrée rare pour les Three Lions, à savourer comme il se doit.

Le moment qui a tout changé : La séance de tirs au but contre la Colombie

Allemagne 1990. Allemagne 1996. Argentine 1998. Portugal 2004. Portugal 2006. Italie 2012. Six fois, l’Angleterre avait vu son destin se fracasser lors d’une séance de tirs au but en moins d’un quart de siècle. Un vrai traumatisme national. La victoire dans cet exercice contre la Colombie en huitièmes de finale a donc été vécue comme une libération. Psychologiquement, cela leur a fait un bien fou.

Monsieur Indispensable : Jordan Pickford

Personne ne l’aurait imaginé il y a encore cinq jours, mais Jordan Pickford est notre homme dans cette catégorie. Oui, Harry Kane est le meilleur buteur de cette Coupe du monde. Le canonnier des Spurs demeure incontournable et indispensable à sa manière. Mais en deux matches, Pickford s’est imposé comme le monsieur plus de l’équipe de Southgate. Plus que tout autre, il a pesé dans les qualifications face à la Colombie et la Suède. Il dégage une confiance qui rejaillit sur toute la sélection anglaise. Oui, messieurs dames, le meilleur gardien de but de ce Mondial est peut-être anglais, même si la concurrence est rude…

Jordan Pickford, l'arrêt décisif face à Bacca

Jordan Pickford, l’arrêt décisif face à BaccaGetty Images

A revoir : Dele Alli

Depuis ses débuts en sélection à l’automne 2015 à 19 ans, il est attendu comme la petite merveille du foot anglais. Mais Dele Alli peine à s’exprimer dans cette Coupe du monde. Son but en quart de finale contre la Suède devrait lui faire un bien fou, mais lui-même a reconnu que, même s’il a marqué, sa performance avait manqué de relief. S’il parvient à monter en régime dans cette dernière semaine, l’Angleterre n’en sera que plus dangereuse.

Le chiffre-clé : 8

Le nombre de buts inscrits sur coups de pied arrêtés par l’Angleterre. Une arme vraiment fatale dans ce tournoi.

La question : L’Angleterre est-elle vraiment prête à devenir championne du monde ?

Si elle retrouve un standing certain à l’occasion de cette Coupe du monde, l’Angleterre a tout de même bénéficié d’un parcours relativement clément pour arriver jusqu’en demi-finales, avec une Colombie privée de son maître à jouer James Rodriguez et une Suède usée par ses batailles intenses du premier tour. Elle n’a pas encore affronté d’énorme client, et si la Croatie balbutie depuis deux matches, elle est un cran au-dessus des Cafeteros et des Nordiques. Le plus dur est à venir, donc, pour l’équipe de Gareth Southgate, davantage envisagée comme une formation en devenir avec beaucoup d’éléments encore très jeunes. Dans un contexte plus relevé, on serait tenté de penser qu’il est encore tôt pour que son heure vienne. Mais ce Mondial 2018 semble ouvert au “dégagisme”.

Par Glenn CEILLIER, Cyril MORIN et Laurent VERGNE

L'Angleterre savoure le but de Maguire