Fouta – Ramadan sous la canicule, ruée vers Dakar

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La forte chaleur au début du mois d’avril avait fini de réconforter ceux qui avaient l’habitude de quitter le Fouta à destination de Dakar pour les besoins du mois de Ramadan. Comme pour prendre leur revanche sur le mois de jeûne de l’année passée où l’interdiction de déplacement entre régions était de rigueur, le nombre de ceux qui rallient la capitale pour le jeûne est à la hausse cette année. Ce mouvement qui concernait les personnes du troisième âge est devenu une affaire de gens moins âgés.

Jeûner au Fouta sous la canicule n’est pas chose aisée pour beaucoup d’habitants de cette zone géographique du pays. La preuve, avec le nombre de passagers devant rallier Dakar, la capitale, qui est passé du simple au double, au vu des mouvements en direction des véhicules de transport en commun notés lors de la dernière semaine précédant le mois de Ramadan. Le fait marquant cette année est que ce mouvement qui concernait les personnes du troisième âge est devenu une affaire de gens moins âgés. N’étant pas nouveau, il date du temps où le mois béni de Ramadan se situe dans la période avril-mai-juin.
Même si les «horaires» (bus, minicars) étaient suffisants pour transporter les nombreux voyageurs, lors de la semaine qui a précédé le début du mois de Ramadan, beaucoup de passagers avaient du mal à trouver une place dans un bus pendant trois jours.
Durant cette semaine-là, les voyageurs se sont entassés dans les gares routières de différentes localités du Fouta. Nom­breux qu’ils sont, ils avaient la même destination pour les mêmes causes. Leur destination est Dakar et la cause reste le séjour pour le seul mois de Ramadan sous le climat généreux de la capitale.
Dès le début du mois d’avril, le thermomètre affichait déjà entre 42 et 47 degrés. Si le Ramadan de 2020 a fait exception, cette année ce qui était le privilège des personnes âgées est repris par des personnes moins âgées et de tous les sexes. La psychose de la forte chaleur de l’année dernière est passée par-là, car c’est avec beaucoup de peine que les populations ont jeûné.
Cette année, c’est le problème de voitures qui s’est posé. Et pourtant, les bus horaires de l’après-midi et les minicars du soir Dakar-Fouta étaient toujours au rendez-vous. Le grand rush vers les grandes gares routières comme Galoya, Pété et Ndioum a commencé dès le mercredi de la dernière semaine avant le Ramadan.
Dès jeudi à la gare routière de Galoya, les «coxeurs» accueil­laient entre 11h et 15h les voyageurs venus des villages environnants et de la Mauritanie. Le chef du garage renseignait par téléphone les chauffeurs de bus d’Oréfondé et Bokidiawé sur le nombre de clients. Jusqu’au vendredi, les passagers à destination de Dakar prenaient les bus sans problème. Avec le nombre qui allait croissant le week-end, il fallait réserver pour pouvoir voyager. Beaucoup de voyageurs qui ne l’avaient pas compris sont restés 3 jours pour avoir une place dans un bus.
Ibrahima Dia qui accompagnait son père, samedi après-midi, pour prendre le bus est resté jusqu’à 20h pour finalement rentrer le lendemain. Il nous signale : «Le vieux est finalement parti au troisième jour, car les bus qui partaient avaient déjà fait le plein.» Mouctar Sow et son frère que nous avons trouvés au garage de Pété avaient plus de chance, car ils ont pu voyager deux jours après avec le bus de l’Ile à Morphil.

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En quête de fraîcheur dans la capitale
Le dimanche, deux dames, Hawa Mbaye et Athia Niang, qui attendaient le bus à Lougué, avaient espoir de prendre le seul qui s’était arrêté au garage, mais elles étaient déçues. Les deux places qui y restaient étaient réservées pour deux voyageurs parmi la trentaine, Abou Sall et Yéro, qui avaient fait leur réservation depuis le vendredi. Après leur départ, Coumba, l’épouse de Abou, signale que son mari était là depuis quelques jours, mais il ne cessait de se lamenter à cause de la chaleur. Elle affirme : «Mon mari avait du mal à s’acclimater et il a précipité son retour à Dakar pour fuir la chaleur du mois de Ramadan.»

«Je ne veux pas revivre la galère du Ramadan de l’année dernière»

Ablaye, le «coxeur» de Lougué, qui avait promis aux deux dames des places dans un bus en provenance de Thilogne, venait les informer vers 18h que le chauffeur dont il parlait a finalement emprunté le trajet Matam-Linguère, car le bus était plein à Diaba. La nommée Hawa, très remontée, interpelle le «coxeur» : «Passez-moi le numéro d’un chauffeur de minicar de Galoya pour voir si je peux voyager la nuit !» Elle ajoute : «La lune peut apparaître aujourd’hui (dimanche 11 avril). Je ne veux pas revivre la galère du Ramadan de l’année dernière.» Mais ces deux dames étaient finalement obligées d’attendre le lundi après-midi pour quitter. Elles ont eu recours à une réservation.

Jusqu’au mercredi, premier jour du mois de Ramadan, les gares routières regorgeaient de voyageurs. A Ndioum, le chef du garage Dakar informait que jusqu’au mardi (veille du premier jour du mois du jeûne), les voyageurs étaient encore nombreux. Il poursuit : «Même les bus de Démette et l’autre de l’Ile à Morphil, qui ne faisaient le plein qu’à Ndioum, passent depuis une semaine sans s’arrêter, car ils sont remplis de voyageurs.»

Bathie, un apprenti de bus «Dakar-Fouta», informe que deux chauffeurs se relaient leur voiture depuis quelques jours. Il soutient : «Toute cette semaine, arrivé juste à Dakar, on repartait presque vide au Fouta, car les clients y étaient. Franchement, je ne vivais seulement ce flux qu’à l’approche de la Tabaski.»

Les bus ne sont pas les seuls véhicules de transport en commun qui font la navette Dakar-Fouta. Les minicars sont aussi de la partie, mais les chauffeurs ont toujours utilisé le système de réservation par téléphone. Ce type de véhicules, sous le monopole des chauffeurs de Galoya, emprunte la route Linguère-Matam pour rejoindre Galoya. A part le mois de Ramadan, les départs se font entre 21h et 1h du matin. Deux de ces chauffeurs, Thierno Bambi et Baba Gallé, expliquent qu’au cours de la semaine précédant le Rama­dan, ils quittaient le Fouta avant 23h et arrivaient à Dakar vers 12h. Thierno renseigne : «Arrivé à 12h puisque les clients sont au Fouta, je me repose jusqu’à 15h pour retourner à Galoya avec quelques passagers. Mais je fais le plein de passagers dès mon arrivée.»

Son collègue chauffeur de minicar, Baba Gallé, renseigne à son tour : «On travaille sans répit, mais on sait que c’est seulement pour une dizaine de jours. Et vraiment au retour au Fouta, on repart quelques heures après, car on trouve une liste de passagers complète disponible chez les ‘’coxeurs’’.» Le flux massif s’est constamment réduit, après quelques jours de jeûne.

Lequotidien

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