Fortes pluies à Dakar: le long calvaire des usagers de la route

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Après la pluie, le beau temps, a-t-on l’habitude de dire. À part l’agréable climat régnant à Dakar, cette assertion n’est pas corroborée par le supplice des usagers de la route après les fortes précipitations.

Qu’ils soient chauffeurs ou simples passagers, c’est un vrai calvaire qu’ils vivent. Il est 22 heures passées au rond-point Croisement Cambérène, dans la nuit de jeudi à vendredi. Cet axe, au trafic habituellement intense, est envahi par les eaux. Même les voitures 4×4 ont toutes les peines du monde à se frayer un passage. C’est la chienlit. À la sortie du pont, à l’entrée de Hann Mariste, plusieurs véhicules sont garés. Des taxis et voitures particuliers ont essayé de braver les eaux.

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Hélas, ils le regrettent amèrement. Un quidam, la quarantaine, est impuissant devant son taxi en panne. Il ouvre le capot et s’échine à le faire démarrer, en vain. Ce ne sont pas les gouttes d’eau qui vont apporter un soulagement à sa détresse.
Après de vaines tentatives de joindre son mécanicien, il songe à garer son véhicule jusqu’au lendemain. Mais où ? L’insécurité le tourmente. « Nos autorités municipales ne travaillent pas. Il n’est pas normal que la pluie empêche les gens de circuler. Les canalisations ont été faites, mais il fallait revoir tout le système avant l’hivernage. Chez nous, on fait tout à l’envers », déplore-t-il, amer. Sa tête d’enterrement en dit long sur sa vive contrariété. Non loin de là, le décor est le même, chacun jouant au mécanicien. Les voitures Suv s’en sortent avec moins de tracas.

Les taxis se font désirer, les tarifs flambent

Le constat est frappant. À minuit bientôt passé, l’écrasante majorité des voitures en panne est constituée de taxis. Ils ont eu la malchance de penser que l’eau ne pouvait pas atteindre un certain niveau. Les plus chanceux ont fait preuve de ruse ou de prudence. Conséquence, ils sont les seuls maîtres à bord. À quelques encablures de l’emplacement des anciens immeubles, un homme de taille élancée, bien dans son caftan en Bazin, attend désespérément. « Je suis là depuis près d’une heure. Mais je ne vois aucun taxi. Les quelques rares que j’arrête n’imaginent même pas aller en banlieue », dit-il, désemparé.
C’est là que surgit un taxi. Il lui fait signe des deux mains comme pour lui dire « tu ne vas pas m’échapper ». Le taximan s’exécute et, d’un ton ferme, lui dit : « Pikine ? 6 000 FCfa », en faisant mine de démarrer. Le longiligne client tente de marchander. Mal lui en a pris. Le chauffeur démarre et s’éloigne. Dépité, le bonhomme se réfugie sous une tente, son caftan sur l’épaule. La nuit risque d’être particulièrement longue. « C’est hallucinant combien les gens peuvent vivre du malheur des autres. En venant ici, j’avais payé 2000 FCfa », râle-t-il, tout en guettant la moindre lumière à l’horizon. Seuls les éclairs du ciel illuminaient la chaussée jusqu’au moment où se signale un autre taxi. Il lui refait signe sans conviction.
Comme s’ils s’étaient passé le mot, le taximan, d’un ton plus avenant, lui demande aussi 6.000 FCfa pour l’amener à Pikine. « Quitte à ne pas prendre le petit déjeuner demain, je vais y aller. On n’a pas le choix même si c’est abusé », se plaint-il, résigné. Mais pour le chauffeur, c’est avec beaucoup de peine qu’il pratique ces tarifs. En effet, se défend-il, le risque est considérable. « Imaginez un taxi pris dans les eaux. Le risque est réel. Je tente des déviations, mais je ne suis même pas sûr que ça va marcher. Donc, il y a le risque à intégrer au tarif en quelque sorte », tente-t-il d’expliquer avant de démarrer.

Les « Tiak tiak » portés disparus

Ils faisaient la pluie et le beau temps quand la circulation devenait dense. Mais depuis que de fortes pluies se sont abattues sur la capitale, la plupart d’entre eux ont décidé de ranger leur moto « Tiak tiak ». Mamoudou est l’un d’entre eux. À l’en croire, en plus du risque de griller la machine, c’est le conducteur lui-même qui est en danger sous la pluie. « Quand les précipitations sont d’une certaine intensité, je préfère rester à la maison. Le manque à gagner est énorme. Mais ce n’est rien comparé aux risques de conduire sous la pluie », soutient-il, prudent.
Sous le pont du Croisement de Camberène, un homme, la trentaine, est assis sur sa moto Jakarta. L’inquiétude l’envahit. Il a été moins précautionneux que Mamoudou en bravant les eaux. Non seulement il n’est pas arrivé à destination, mais sa moto est tombée en panne. « J’ai longtemps hésité. Mais puisque c’est un fidèle client, je ne pouvais pas décliner. C’est infernal et imprudent. Maintenant, je dois me débrouiller pour l’amener chez le mécanicien », se plaint-il.

Les bonnes affaires des mécanos

Dans ce long et périlleux calvaire, il y en a qui en tirent profit. Ce sont les mécaniciens. Ils n’attendent plus dans leurs garages. Ils sont sollicités de partout et les recettes ne s’en portent que mieux. « Rien que le déplacement est facturé à 500 FCfa au bas mot », explique Abou, mécanicien établi à Hann Mariste. À bord de son scooter, il peut, en moins d’une heure, réparer cinq véhicules. Car, informe-t-il, ce sont de petites pannes. « Mais, il faut être mécanicien pour le comprendre. Le principal problème que nous rencontrons, ce sont les moteurs qui prennent l’eau ou des bougies ne fonctionnant pas. Nous rencontrons rarement des problèmes compliqués », explique-t-il. Et d’après lui, puisque les gens n’osent pas laisser leur véhicule sur place, ils sont prêts à casquer fort pour la faire démarrer. Méprisant les convenances, ne dit-on pas que le malheur des uns fait le bonheur des autres ?

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