#ENDSARS – La communauté nigériane de Dakar se prononce !

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Située sur l’avenue Cheikh Anta Diop, en face du centre national de transfusion sanguine (CNTS), l’ambassade du Nigéria au Sénégal est calme. On n’y note pas de va et vient en cette matinée du vendredi 23 octobre 2020. Mais l’endroit est bien sécurisé. Pour parer à toute éventualité, surtout au vu de l’ampleur des manifestations devant l’ambassade de Guinée, deux pick-ups remplis de policiers sont stationnés devant la bâtisse.

Nous nous rapprochons du préposé à la sécurité pour essayer de savoir si on peut recueillir l’avis des responsables de l’ambassade sur la répression sanglante au Nigéria. Celui-ci répond par la négative avant de nous faire savoir que tous les rendez-vous ont été suspendus avant de nous recommander à aller au « Crédit Foncier », ce haut-lieu de vente de pièces détachées de voitures, en centre-ville où il y a une forte communauté nigériane. Le temps est précieux. Nous y faisons cap.

Sur place, nous avons trouvé Samuel et Mike en pleine discussion. Après les salamalecs d’usage, nous évoquons avec eux les manifestations sanglantes qui se tiennent depuis plusieurs jours dans leur pays d’origine. Ces derniers nous informent que malgré la distance qui leur sépare de leurs siens, ils suivent l’actualité morose et très médiatisée au pays.

Mike dénonce les violences qui ont occasionné des pertes en vies humaines. Mais, il rejette la responsabilité sur le Gouvernement de manière générale mais particulièrement sur le président Muhammadu Buhari qui, selon lui, a fini de démontrer son incompétence et ses limites de gouverner le pays. « J’ai plus envie de parler de cette situation. Nous avons beaucoup parlé mais la situation ne se réglera pas tant que l’actuel président continue de rester au pouvoir. Il doit s’en aller et laisser la place aux autres », a-t-il déclaré.

Pour son compatriote Samuel, ce qui se passe au Nigéria est le problème de la majorité des pays africains. Selon lui, ce qui se passe au Nigéria montre que les gens ne s’aiment pas. « Or, l’amour entre les gens est la chose la plus importante. On ne peut pas connaitre le développement avec autant de haine. Que l’on soit président, ministre ou Gouverneur a doit toujours cultiver la paix. C’est horrible de voir des innocents s’entretuer. J’ai été choqué et triste de voir les images insoutenables des personnes qui ont été massacrées. Je prie pour que la paix revienne au pays », explique-t-il. À quelques pas de lui se trouve la boutique de Hugo. Celui prend son petit déjeuner. Vendeur de pièces détachées pour voiture, il vit au Sénégal depuis plus de 24 ans.

Le wolof presque parfait qu’il parle l’atteste. Ce qui se passe dans son natal ne le laisse pas indifférent. Ça lui ronge le cœur. « Ça fait mal ce qui se passe au Nigéria. C’est un problème de mal gouvernance et d’ethnie. Aujourd’hui, chacune des ethnies veut être libre. Je pense que nos dirigeants doivent rassurer tout le monde pour que la situation ne dégénère pas », soutient-il, non sans dire que la sortie du président Buhari le rassure. « L’accalmie est revenue et nous souhaitons qu’il en soit ainsi », prie-t-il.

Rencontré sur l’avenue Lamine Gueye, ce Nigérian, sous le couvert de l’anonymat, impute la responsabilité à l’Etat central de son pays. D’après lui, le président Buhari refuse d’écouter les complaintes du peuple qui l’a porté au pouvoir. « Cela fait 20 ans que je suis au Sénégal. Ici, il y a au moins des avancements. Mais au Nigéria, la situation est toujours la même pour ne pas dire le pays recule. Il y a toujours des localités qui ne sont pas électrifiées et qui manquent d’eau. À chaque fois, le président sort pour faire des promesses qu’il ne respecte jamais », regrette-t-il. Avant d’ajouter : « On dit que Nigéria est la première puissance économique africaine mais, la réalité sur le terrain est tout autre. Les gens souffrent au pays.

Pour rappel, des milliers de jeunes battent le pavé, ces derniers, dans les grandes villes du Nigéria, contre le pouvoir central. Et le bilan provisoire est lourd. On parle d’une vingtaine de morts.

Emedia