Dot ou cadeaux de mariage : Quand le matériel prend le dessus sur l’obligation

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« Les montres, télévisions, radios qu’on demande dans les mariages sont des futilités… Le mariage n’est pas un jeu », chantait l’artiste Baba Maal dans les années 90. Le coût exorbitant de la dot devient un calvaire au Sénégal. Pour tâter le pouls des compatriotes, Bés bi a fait un tour à travers Dakar pour recueillir des avis.

Le marché Colobane bat son plein. Sous le chaud soleil, les vendeurs ambulants proposent leurs articles. Certains se faufilent entre les véhicules pour présenter leurs produits aux automobilistes. D’autres assis dans leurs cantines, attendent de potentiels clients. Habib est vendeur de friperies. L’homme est à l’œuvre. Il fait le tri des habits et les classe par taille. Interpellé sur le fardeau de la dot ou du cadeau de mariage, il peste : « Les femmes d’aujourd’hui se marient pour de l’argent ». C’est, à ses yeux, ce qui fait que la dot devient de plus en plus coûteuse. Célibataire, il fait savoir que si la tendance continue ainsi, il ne va pas se marier, même s’il est d’avis que la femme n’a pas de prix et qu’elle mérite tous les honneurs du monde. « Mais je n’ai pas de millions à offrir », a-t-il dit. A quelques pas de lui, s’est installé Bara Fall, un vendeur de café Touba.

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L’homme a les yeux rivés sur ses thermos en aluminium. A l’aide d’un éventail, il chasse les mouches. D’emblée, il rejette la responsabilité sur les célébrités qui, à son avis, vendent du rêve aux jeunes filles innocentes. « Le matériel a pris le dessus sur l’obligation. Ces présumées starlettes nous pompent l’air finalement. Ce qu’elles nous montrent et ce qu’elles vivent réellement c’est comme le jour et la nuit. Malheureusement, beaucoup ne savent pas faire la différence », regrette-t-il avant d’interrompre la discussion pour servir deux clients. Après Colobane, cap sur la Médina, un populeux quartier de Dakar. Les rues sont animées à cette heure de la journée où les gens ont fini de rejoindre leurs lieux de travail. Mère Aby vend du gingembre. Le sujet ne la laisse pas indifférente. Pour elle, la faute de ce phénomène incombe aux mères de famille qui, d’après elle, n’hésitent pas à « vendre » leurs filles. « Il y a même des mères qui stressent leurs filles par rapport à la dot en leur disant qu’une femme doit être ambitieuse », dénonce-t-elle. Avant de rappeler qu’on se marie pour la vie.

Ainsi, elle trouve illogique de dépenser des millions pour un jour de mariage avant de divorcer au bout de 6 mois. « Cela n’a pas de sens », rouspète-t-elle. Son point de vue est partagé par Astou qui était assise à ses côtés. Elle rappelle que la femme mérite même le Palais mais, pour elle, tout doit se faire dans la discrétion car, à son avis, pour vivre heureux, il faut vivre discret. Il regrette les dots faramineuses que certaines célébrités veulent ériger en tendance. « Si on en est arrivé là, c’est parce que les mères vendent leurs filles comme si elles étaient une marchandise », déplore-t-elle.

Les médias amplifient, suscitent le besoin de copier
Au marché Sandaga, le sujet passionne aussi. Ici, chacun a son mot à dire. Ce policier en faction à quelques encablures du rond-point Sandaga estime que ce sont les médias, surtout les sites internet qui ont amplifié ce phénomène et « suscitent les tentations de copier ». Rencontrées en centre-ville, Aïssatou et Binetou, deux filles célibataires attendent l’arrivée de la ligne 23 de Dakar Dem Dikk. « Est-ce que les jeunes filles ne risquent pas de mourir dans le célibat ? », s’interroge Aïssatou. A son avis, les sommes faramineuses qui sont demandées de nos jours en guise de dot ou de cadeau de mariage font que beaucoup d’hommes ne s’engagent plus dans le mariage. Et Binetou d’ajouter : « Depuis que les célébrités ont commencé à afficher en public la dot reçue, les choses vont de mal en pis. Cela crée des inquiétudes et des jaloux parfois. Les médias aussi font la promotion de ce phénomène qui n’a rien d’éthique ».

Emedia

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