Cri du cœur pour les 600 sages-femmes sénégalaises laissées pour compte avec le changement du système de formation (Babacar Ba)

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Au Sénégal, les écoles de formation mettent annuellement sur le marché du travail environ 300 sages-femmes qui peinent à trouver un emploi. L’Etat est invité à recruter ces sages-femmes, dont plus de 2.500 environ sont au chômage.

Le Gouvernement du Sénégal a supprimé dernièrement le système de formation des sages-femmes Approche Par Objectif (APO) et initié le système Approche Par Compétence (APC); éliminant ainsi environ 600 élèves sages-femmes, jadis formées sur la base de l’APO. Sans aucune clause de réinsertion et/ou de mise à niveau pour leur permettre de se conformer à la nouvelle réglementation!

Au Sénégal, en 2015, environ 320 femmes mourraient des suites de leur grossesse ou de leur accouchement pour 100.000 naissances vivantes (Countdown 2015). Parmi les principales causes, on note : la méconnaissance des symptômes de complications obstétricales, la faible qualité des soins prodigués (compétences/équipements), le retard dans la décision de consulter, et l’éloignement des structures de santé entrainant un délai dans la prise en charge. Cette situation impacte également la survie et le développement des enfants en bas âge, avec un taux de mortalité de 23 pour 1 000 naissances vivantes dans les 28 premiers jours et de 44 pour 1 000 naissances vivantes dans la première année (SOWC, UNICEF, 2015).
Les normes de l’Organisation Mondiale de la Santé ((OMS) indiquent qu’il faut au moins 6 sages-femmes pour 1.000 naissances vivantes afin d’assurer une couverture complète et une assistance de qualité. Malgré les efforts déployés par le Gouvernement du Sénégal dans la lutte contre la mortalité maternelle et néonatale, le Sénégal n’a qu’un ratio de 2 sages-femmes pour 1.000 naissances, soit un déficit de plus de 50 %.

La problématique des ressource humaines reste donc au premier rang des priorités du secteur de la santé avec le manque criard de personnel.

La place des sages-femmes dans le système de santé est d’autant plus importante que les pouvoirs publics ont placé la réduction de la morbidité et de la mortalité maternelles et infanto-juvéniles au centre des priorités en matière de développement sanitaire. Cette orientation doit être accompagnée par une organisation et un encadrement adéquats de la profession de sage-femme dont la contribution dans la mise en œuvre des stratégies dans ces domaines est essentielle. D’où l’avènement de la Loi n° 2017-14 du 20 janvier 2017 relative à l’exercice de la Profession de Sage-femme au Sénégal et portant création de l’Ordre des Sages-femmes et des Maïeuticiens.

Les missions jadis confiées aux sages-femmes étant largement dépassées, il est nécessaire d’adapter aujourd’hui leurs compétences à la santé de la reproduction, l’un des domaines les plus sensibles et les plus larges des spécialités médicales. D’où l’impérieuse nécessité pour les sages-femmes, dans l’exercice de leur profession, de pouvoir désormais se référer à des règles qui leur sont propres.
L’organisation de la profession est donc devenue une nécessité afin de garantir la qualité des services, la protection des patientes et des nouveau-nés ainsi que l’autonomie des professionnelles. Cette organisation exige notamment une définition des principes qui gouvernent les conditions d’exercice de la profession, aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé.

C’est pourquoi nous demandons solennellement au Ministère de la Santé de travailler à l’insertion de ces 600 sages-femmes qui sont écartées d’office du système avec ce changement de système de formation. C’est un impératif de justice sociale pour ces nombreuses personnes qui se sont investies au service de la communauté en choisissant ce métier qui assiste ceux qui donnent la vie.

Babacar BA
Président Alternatives Citoyennes

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