Coup d’État au Mali : Un échec de la CEDEAO ?

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Des militaires ont arrêté ce mardi 18 août le président Ibrahim Boubacar Keïta et son Premier ministre à son domicile de Sebenikoro.

Cette arrestation soufflée aux médias par un mutin qui a requis l’anonymat sonne le glas d’une

journée riche en soubresauts. Avant la mise aux arrêts du locataire du palais

de Koulouba, des ministres sont annoncés aux mains des soldats qui ne seraient

que des « frustrés », selon un communiqué du gouvernement malien

produit en début d’après-midi.

Visiblement, une analyse biaisée de la situation

par le pouvoir malien qui en fait les frais. Ce putsch est aussi le résultat d’une crise sociopolitique que la

communauté internationale n’a pas su apaiser. Pourtant ce n’est pas faute

d’avoir essayé. Depuis plusieurs mois, le président malien fait face à un

mouvement contestataire qui réclame sa démission. Cette coalition composée de

partis politiques, d’associations de la société civile et de guides religieux
ajoute aussi dans ses revendications la dissolution de l’Assemblée nationale et

de la Cour constitutionnelle.  

Après deux rassemblements à la place de l’Indépendance, le M5 dont la

 figure de proue n’est personne d’autre que l’Imam Mahmoud Dicko, un ancien

allié d’IBK, en tient un troisième le 10 juillet au même lieu.

Seulement, cette

manifestation va dégénérer suite à la proclamation de la désobéissance civile.

Des routes seront barrées, les ponts bloqués, la télévision nationale occupée

et l’assemblée nationale saccagée. Les forces de l’ordre ripostent. Plus d’une

vingtaine de manifestants perdent la vie dans les heurts entre forces de

l’ordre et membres du M5 RFP.   La violence de la répression radicalise la coalition des contestataires qui

décident ainsi d’intensifier la lutte. La Cedeao envoie l’ancien président

nigérian Goodluck Jonathan en pompier pour calmer le jeu, en vain. Il propose

des pistes de sortie de crise rejetées dans leur ensemble par le M5.

La ligne

rouge pour les médiateurs étant l’intouchable démission du président IBK sur

laquelle le M5 est aussi intransigeant glace tout espoir de rabibocher les

parties.

La Cedeao décide dès lors de mettre les bouchées doubles et d’envoyer des

chefs d’Etat. Cinq présidents, en l’occurence Macky Sall du Sénégal,

Issoufou Mahamadou du Niger, Nana Akufo-Addo du Ghana et Alassane Ouattara de

Côte d’Ivoire et Muhammadu Buhari du Nigéria feront le déplacement le jeudi 23 juillet pour que les uns et les autres reviennent à de meilleurs

sentiments. Une visite de 24 heures qui n’a rien donné puisque le M5 n’a pas

cédé un seul carré sur une seule de ses aspirations. Il n’empêche, un sommet

extraordinaire est convoqué lundi 27 juillet pour trouver une solution à la

crise malienne. Mais en réalité, cette rencontre des chefs d’Etat et de

gouvernement n’avait servi que de tribune pour valider les propositions de Goodluck Jonathan, à savoir la formation d’un gouvernement d’union nationale, la recomposition de la Cour constitutionnelle, mais aussi l’ouverture d’enquêtes pour faire la lumière sur les violences qui ont fait suite au rassemblement du 10 juillet.

La CEDEAO qui ne veut pas entendre parler du départ d’IBK s’est même permis de menacer les potentiels acteurs qui saperaient le processus de normalisation de la situation socio-politique malienne. De telles menaces n’ébranleront pas le Mouvement du 05 juin qui tient un nouveau rassemblement le 11 août en y ajoutant une touche.

Les manifestants passent la nuit à la place de l’Indépendance même si le lendemain ils sont dispersés à coup de gaz lacrymogène par les forces de l’ordre.  

Cependant, leur détermination à en découdre avec le pouvoir en place n’en sera que boostée. Ainsi, une série d’actions était programmée cette semaine et elles devaient être couronnées par un grand rassemblement le vendredi 21 août à la « place Tahrir », nom que certains manifestants ont fini par donner au monument de l’Indépendance de Bamako. Mais le putsch du mardi 18 août semble avoir tout chamboulé. Les leaders du M5 semblent avoir été pris au dépourvu par la nouvelle tournure  des évènements. Leur silence sur la nouvelle donne semble en témoigner suffisamment.  

Quant à la communauté internationale, elle ne peut que constater son énième échec au Mali. Et au premier rang, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest qui n’a pas trouvé la bonne recette pour une stabilité durable au Mali.

Dakaractu

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