Autoroute à péage : scandales multiformes (Par Abdou Abel Thiam archives)

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Membre de l’Alliance pour la République (APR), président du Collège de l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP), Abou Abel Thiam avait écrit en 2011 pour dénoncer des privilèges importants accordés à Gérard Senac, le patron de l’entreprise Eiffage pour pouvoir exploiter l’autoroute à péage. Abou Abel Thiam qui entre-temps, est passé dans le camp du pouvoir. Cet article était paru sur Leral.net le samedi 22 octobre 2011.

AUTOROUTE A PEAGE: SCANDALES MULTIFORMES    

Société de la Nouvelle Autoroute Concédée, en abrégé SENAC. Ainsi se décline la dénomination officielle de la première autoroute à péage du Sénégal. Et, SENAC, c’est aussi le nom de famille du directeur de la société Eiffage à la laquelle l’Etat du Sénégal a donné des privilèges importants pour pouvoir exploiter cette autoroute. 
  
Gérard Senac est en effet le nom du patron de l’entreprise Eiffage. Lorsque certains esprits alertes, l’ont interrogé sur cette appellation insolite et arrogante qu’il a donnée à une autoroute nationale, le monsieur, pince sans rire, a expliqué qu’il s’agissait d’un …hasard, selon les indiscrétions fournies à seninfos.com. Ce qui apparaissait comme un pied de nez aux concurrents nationaux d’ Eiffage s’est ainsi révélée comme un doigt d’honneur adressée à la citoyenneté sénégalaise…on s’imagine mal en effet qu’une entreprise sénégalaise gagne un marché public français de construction d’une route et se permette de l’appeler Diop, par exemple. Léopold Sedar Senghor, qui a tant fait pour la France, n’a vu son nom donné à aucune bouche de métro. Au surplus, à sa mort, aucun officiel de premier rang de ce pays n’a daigné se présenter à ses obsèques. C’est dire… 

  
Depuis le 12 août 2011, une loi française interdit aux entreprises françaises d’employer dans le BTP un étranger à un poste qui peut être pourvu par un Français. Et aucune entreprise étrangère n’est admise à soumissionner dans un marché public de BTP. 
  
Ce nom étranger donné à une route sénégalaise n’est pas le seul scandale qui entoure l’autoroute à péage. Pour les quelques semaines pendant lesquels cette autoroute a été envahie par les eaux d’inondations, Eiffage a été grassement payé à hauteur de 1,2 million Fcfa par jour, à titre de pénalités. Et ce n’est pas là la seule libéralité financière concédée (c’est le cas de le dire !) à cette entreprise, comme si quelque part une main invisible prenait le malin plaisir de s’adonner à une préférence étrangère. Le coût de construction de cette autoroute s’élève à quelque 160 milliards Fcfa. Sur cette enveloppe, Eiffage n’a déboursé que …40 milliards. Et, suprême facilité, ces 40 milliards lui ont été avancés par les banques de la place, lesquelles n’avaient aucun risque à le faire, tellement les facilités accordées à cette entreprise lui permettent de rouler sur l’or. 

Eiffage, dont le carnet de commandes environne une enveloppe de 200 milliards, a ainsi bénéficié d’un apport de 120 milliards de l’Etat du Sénégal qui s’est endetté pour lui. En résumé : pour des travaux estimés à 160 milliards, Eiffage a bénéficié d’un endettement de l’Etat de l’ordre de 120 milliards, et pour les 40 milliards restants, des banques de la place lui ont fait crédit…Si ce n’est la « en route vers l’enrichissement facilitée »… 
  
Pendant 25 à 30 ans va durer la concession, au cours desquels Eiffage va se faire payer par tous ceux qui emprunteront l’autoroute SENAC. 
  
Abou Abel THIAM, SENINFOS.COM

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