Abdoul Aziz Sy Dabakh, ombre toujours tutélaire

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Un hommage a été rendu dans la sobriété, hier à la cité religieuse de Tivaouane, à l’Homme de Dieu d’une dimension exceptionnelle, El Hadji Abdoul Aziz Sy «Dabakh», 4ème Khalife général des Tidianes qui a consacré toute sa vie durant au service exclusif d’Allah et de son Prophète Mouhamed (Psl), qui accéda au titre de khalife de la tidianiya le 13 mai 1957. A la disparition de cet apôtre de la paix,  la famille chérifienne du Maroc avait demandé que sa dépouille soit à côté de celui de Cheikhna Cheikh Ahmed Tidiane Cherif (Rta), du fait que Mame Abdou «est un exemple à laisser à la postérité et un héritage inépuisable et intarissable à sauvegarder».

 Il s’est «assoupi», il y a 24 ans. Mais, son ombre veille sur nous, ses mots nous ramènent sur le droit chemin à chaque fois que le pays s’approche de l’abîme. Dabakh, décédé le 14 septembre 1997, reste dans le cœur de ce pays. Tivaouane lui a rendu hier un hommage digne de son rang.

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Il accède au Khalifat à la suite d’une série de drames. En quatre jours d’intervalle, le 25 et le 29 mars 1957, Tivaouane a perdu Seydi Aboubacar Sy, premier khalife de Seydi El Hadji Malick SY qui avait succédé à son père en 1922, ainsi que son jeune frère El Hadji Mansour Sy alors âgé de 57 ans. D’aucuns crurent alors que la Tarikha tidiane allait connaître une longue période de léthargie. Mais le Créateur, dans son infinie grandeur, gratifia la «Khadra» (Communauté des Tidianes) d’un soufi imbu de paix, social, discret, courtois et doté d’une culture encyclopédique pour mener à bon port la Tarikha de Cheikh Ahmed Tidiane et propager la Sunna (tradition) du Prophète Mohamed (PSL). Par sa présence rassurante et son attachement à la lettre et à l’esprit du Coran et de la Sunna, El Hadji Abdoul Aziz Sy a su être à la hauteur des nombreux espoirs en lui placés lorsqu’il accéda au Khalifat.
Fils du pionnier du tidianisme au Sénégal, El Hadj Maodo Malick Sy, et de Sokhna Safiétou Niang, Mame Abdou Aziz Sy Dabakh (le généreux en wolof), l’Inoubliable né à Tivaouane en 1904, année de l’inauguration de la Grande mosquée de Tivaouane, signe prémonitoire ou heureux ha­sard du calendrier, et arraché à l’affection du monde entier ce 14 septembre 1997, troisième Khalife général des Tidianes (1957-1997), sans doute le plus connu de sa lignée, tient sa réputation de sa générosité et sa mission de contribuer à l’unité entre confréries et au dialogue islamo-chrétien. Incon­testablement dans tous les cœurs, la particularité du Saint homme, c’est qu’en plus d’avoir eu la chance d’être éduqué par son père, ses grands frères, de faire ses humanités auprès de Moukhadams et compagnons de son père de la trempe de Serigne Mouhama­doul Haddy Touré de Fass, devait, plus tard, en bon «Doomu-Sokhna» (fils de famille maraboutique), parcourir les centres d’excellence du pays pour parfaire sa culture, notamment l’université de Tivaouane et le Daara de Mbacoumé, en plein cœur du Cayor. A 26 ans, armé d’une solide formation, il partit pour Saint-Louis, naguère haut lieu du savoir et passage obligé pour les férus de «Risâla» et de «Bayân» où il eut comme tuteur Serigne Birahim Diop auprès de qui il resta pendant sept ans. Effacé et discret jusqu’à son dernier souffle, preuve s’il en est d’une modestie sans égale et d’un recul pour les choses d’ici-bas, Serigne Abdou s’est toujours considéré comme un simple disciple parmi ceux de son vénéré père et guide. Grand parmi les grands de la Umma et de la Tarikha tidiane, digne continuateur de l’œuvre de Aboul Abass Ahmad Tidiane et de ses «fils spirituels» Cheikh Mouhamadoul Khaly, Cheikh Oumar Foutiyou, Alpha Mayoro Wélé et El Hadji Hadji Malick Sy, Moulaye Dabakh avait toute sa vie durant une seule et unique préoccupation : inculquer aux croyants le respect des dogmes inaliénables de l’enseignement du prophète Mohamed (Psl). C’est ainsi qu’il s’est investi de toutes ses forces, malgré le poids de l’âge et une santé fragile, dans la construction de la Grande mosquée de Tivaouane qui a été l’œuvre majeure de son Khalifat. L’humilité, n’est-ce-pas le fort des grands hommes ? Serigne Abdou a su mettre en place un réseau relationnel dont la densité ne lui servit qu’à baliser le chemin en vue d’atteindre le seul objectif qui trouvait grâce à ses yeux : cimenter la Umma islamique pour la rendre moins vulnérable et contribuer au respect mutuel entre confréries.

Dabakh possédait aussi plusieurs concessions agricoles, en particulier dans la région de Saint-Louis, dont l’exploitation était assurée par ses talibés. Il s’illustra non seulement par son érudition mais aussi par ses prêches, son engagement pour la cause islamique, ses nombreux écrits en arabe et une importante biographie de son père, El Hadj Malick Sy. En dirigeant les Chœurs des talibés de son père, il s’est fait une popularité sans faille. Ainsi Moulaye Dabakh comme l’appelaient affectueusement les disciples, faisait autorité de par sa sagesse et sa culture. Républicain jusqu’au bout des ongles, l’homme de Dieu ne se taisait quand sa société était en danger. Toujours demandant aux chefs religieux de tenir un langage de vérité à leurs disciples. Au pouvoir temporel, il a toujours rappelé que rien n’allait plus dans ce pays en raison des hommes faux, corrompus et malhonnêtes exploitant honteusement les populations.

Pacifique dans l’âme, le patriarche de Tivaouane-la-pieuse était un véritable régulateur social qui a su, tout au long de son Khalifat, s’impliquer pour éviter que le Sénégal ne bascule dans le chaos. Le Cheikh qui avait le don de désamorcer des bombes sociales, à chaque fois que le Sénégal était au bord de l’embrasement, montait au créneau pour sauver du naufrage des millions de Sénégalais confrontés aux affres d’un quotidien plus dur que jamais, à une mal-gouvernance latente, aux dépenses faramineuses du pouvoir, aux coupures intempestives d’électricité, aux détournements tous azimuts, aux inondations avec leur cortège de manifestations, au coût élevé de la vie, aux dépenses de prestige des tenants du pouvoir, à la prolifération des accouplements contre-nature et autres dégradations des mœurs. Et ce n’est d’ailleurs guère un hasard si les Séné­galais étaient unanimes à reconnaître son mérite. Tel­lement Mame Dabakh Malick, chantre du «Tappé xol yi», avait le talent inné de fédérer les énergies. Sur ce Sénégal, plane toujours son ombre en ces périodes de doute et d’incertitude.

Humilité et longévité
Durant son Khalifat (1957-1997), il fit de nombreux voyages, notamment au Maroc, en Arabie saoudite, aux Etats-Unis, en France, en Mauritanie, suite aux nombreuses sollicitations qu’il reçut, en rapport avec la haute maîtrise qu’il avait du savoir islamique. Pacifique, humble, courtois et discret, Serigne Abdou a su tisser dans les pays arabes, notamment au Maroc et en Arabie saoudite, un tissu relationnel très solide, avec un seul et unique objectif : consolider la Umma islamique. Après avoir veillé 40 ans sur l’héritage et le temple de El Hadj Malick Sy, il est rappelé à Dieu le 14 septembre 1997, coïncidant avec un brouillard qui a duré toute la journée alors que l’on était en période d’été.

Ce que tout le monde voyait comme étant un signal fort sur la dimension extraordinaire du Saint homme. Son neveu Serigne Mansour Sy «Borom Daraa Yi», qui lui a succédé dans ses fonctions de khalife des Tidianes, a su préserver convenablement l’héritage du Saint homme qui avait une marque qui lui est propre : l’art d’allier, dans ses discours et ses sermons, le dialogue social, la politique, le religieux. Petit-fils de Dabakh, Abdou Aziz Diop, pour qui son grand-père a été une «œuvre sociale ambulante», estime que «durant ses 93 ans d’existence terrestre, il n’y a jamais eu de dissonance entre ses propos, ses intentions et ses actes parce qu’il était arrimé au Coran et à la Sunna».

Au terme de sa mission spirituelle exceptionnelle de 40 années de guidance dans la clairvoyance, de prédication au nom de la religion, d’exhortation en faveur de l’union, au sein de la communauté tidiane et musulmane, El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh a laissé, pour les générations présentes et futures, l’image lumineuse d’un serviteur sincère du Tout-Puissant, un serviteur fidèle du sceau des Prophètes, un serviteur loyal du Pôle des élus Aboul Abass Cheikh Ahmed tidiane Chérif, un serviteur respectueux du combattant de la foi Cheikh Oumar Foutyou Tall, un serviteur irréprochable du champion de la voie, son père, Seydi El Hadji Malick Sy, un serviteur désintéressé, disponible et ouvert de sa chère Patrie, le Sénégal.

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