14 Septembre 1997 – Il y a 23 ans était rappelé à Dieu Mame Abdoul Aziz Sy Dabakh

0
687

L’une des rares figures religieuses qui font l’unanimité au Sénégal, Cheikh El Hadji Abdoul Aziz Sy Dabakh est chéri par toutes les communautés et confessions grâce à sa posture fédératrice.

Son verbe éloquent, son humilité sans limites, sa philanthropie légendaire, ajoutés à sa sagesse inépuisable, feront de lui un éternel vivant au point que l’on ne cesse de le convoquer en des situations critiques. Magnanime et longanime, le saint homme va surtout œuvrer pour la cohésion et la concorde nationale avant de rejoindre son Seigneur le 14 septembre 1997.

Né en 1904, Mame Abdou, comme on l’appelle affectueusement, est un homme d’une bonté incommensurable. Son ouverture à l’égard des autres confréries et religions a fini par conquérir le cœur de toute une communauté.

Enfant, il étudie les sciences islamiques comme il est de coutume chez les fils d’El Hadji Malick Sy. Ses humanités se feront d’ailleurs auprès de son père et du disciple de celui-ci, Serigne Hady Touré, entre autres maîtres.

Après les rappels à Dieu presque simultanés de Serigne Babacar Sy et Serigne Mansour Sy le 25 mars et le 29 mars de l’année 1957, ses frères aînés, il devient le troisième khalife de Cheikh El Hadji Malick Sy. Ce fils de Mame Safiétou Niang placera son califat sous le sceau de l’unité, la fraternité, le bon voisinage faisant sien ce verset du coran « Et cramponnez-vous tous ensemble au câble d’Allah et ne soyez pas divisés… » (Aal-i-imraan, 103). Voilà pourquoi les rapports entre le Cheikh et le reste de la communauté ont toujours été empreints de convivialité, de courtoisie et d’estime mutuelle.

40 ans de califat, 40 ans de clairvoyance

Décrivant son califat, certains le résument à cette formule : « 40 ans, zéro faute ». En effet, de 1957 à 1997, année de son rappel à Dieu, Mame Abdou a toujours pris son bâton de pèlerin pour éteindre les tensions de toutes sortes. Il ne faisait aucunement la distinction entre le normalement religieux et le strictement politique. Le principe de la laïcité qu’aiment brandir certains n’empêchait pas le guide religieux d’interpeller nommément les gouvernements au premier chef le président de la République.

C’est cette liberté de ton et cette clairvoyance qui l’ont toujours poussé à s’exprimer sur ce que doit être le rôle des députés à l’Assemblée, sur la déperdition et perte des valeurs, sur la question de l’éducation avec les grèves des étudiants d’alors, entre autres. Aujourd’hui encore, son discours continue de sauver et de fédérer même quand les passions politiques prennent le dessus sur la raison.

Si l’on ne s’est pas attardé sur la profondeur de son savoir, c’est parce que cela doit bien relever de l’évidence puisque Mame Abdou est sorti de la majestueuse et prestigieuse école de Maodo (RTA). Mais cela n’empêchera pas qu’on fera mention de son discours tenu au congrès islamique de 1965 à la Mecque. Serigne Abdou démontrera à la face du monde arabo-islamique sa maîtrise de la langue arabe qu’il a traduite auparavant à travers ses écrits sur le prophète, les hommages sur Cheikh Ahmad At-Tidiane et surtout les nombreux tawassul.

« 40 ans, zéro faute » ! Même s’il n’est pas un mahsuum (infaillible), cette belle formule sied pour cet homme de vertus supérieurs (makaarimul axlaaq) et de modestie démesurée à tel point qu’il se réclamait toujours disciple et non maître devant ceux qu’il est censé guider. Ses nombreux voyages aux autres familles religieuses (l’on raconte toujours son discours à Touba) lui vaudront le respect de tous. Mame Abdou a fait presque le tour de tous les foyers religieux, de Touba à Ndiassane, de Niassène à Diamalaye, de Thiénaba à Halwar et même au foyer de la chrétienté à Dakar.

Le chantre de l’unité avec sa fameuse maxime « tappé xol yi » nous laissera une bibliothèque pour étancher notre soif de savoir, son diwaan (recueil de ses œuvres) et ses discours pour éteindre notre soif de vengeance. Il quitte ce bas monde, le 14 septembre 1997 à l’âge de 93 ans mais réside toujours dans les cœurs. Qu’Allah déverse sur lui Ses pluies de grâces !

SeneNews

Facebook Comments