À fin septembre 2025, l’exécution budgétaire du Sénégal apparaît globalement maîtrisée dans un contexte économique interne dynamique, porté par la montée en puissance du secteur des hydrocarbures. Cependant, derrière cette stabilité apparente, des fragilités structurelles persistent, révélant une trajectoire budgétaire encore contrainte.
Les recettes du budget général se sont établies à 3 254 milliards FCFA, soit 69,7 % de l’objectif annuel. Malgré une progression des recettes fiscales (+7,6 % en glissement annuel), leur rythme de croissance ralentit nettement par rapport au début d’année. La conjoncture hors hydrocarbures, plus atone, pèse sur la collecte, avec un écart notable par rapport aux prévisions rectificatives. Si les nouvelles mesures fiscales adoptées en septembre devraient améliorer la performance du dernier trimestre, l’atteinte intégrale de la cible reste incertaine.
Ce qui frappe surtout, c’est la faiblesse persistante des recettes non fiscales et des dons, qui ne représentent qu’une part marginale du financement public. Cette situation augmente mécaniquement la pression sur les recettes fiscales, déjà soumises à une base imposable étroite et à une activité économique encore fragile. À moyen terme, l’absence de diversification des ressources expose le budget à une vulnérabilité accrue.
Du côté des dépenses, l’exécution atteint 4 313 milliards FCFA, soit 67,8 % des prévisions. Les dépenses ordinaires progressent, tirées par la masse salariale, toujours dynamique, et par les transferts courants, en particulier les subventions à l’énergie. Cette croissance des charges rigides continue de réduire l’espace budgétaire disponible pour l’investissement public.
À l’inverse, les dépenses en capital présentent un retard marqué, avec un taux d’exécution de 56,4 %. Ce sous-niveau d’investissement reflète non seulement la lenteur des procédures administratives, mais aussi la nécessité de préserver l’équilibre budgétaire face à des recettes inférieures aux attentes. Ce recul de l’investissement est préoccupant : il repousse la mise en œuvre de projets structurants, limite l’effet multiplicateur attendu des investissements publics et retarde les gains de productivité indispensables au développement.
Le déficit budgétaire ressort à 1 059 milliards FCFA (4,88 % du PIB), conforme à la trajectoire annuelle. Son financement s’appuie principalement sur les marchés financiers, avec 2 775 milliards FCFA déjà levés, soit près des trois-quarts des besoins annuels. Mais cette dépendance devient problématique : les conditions d’emprunt se dégradent dans un contexte marqué par l’absence d’accord formel avec le FMI et la dégradation de la notation souveraine. Les investisseurs exigent des primes de risque plus élevées, renchérissant le coût du financement.
Cette dynamique enclenche un cercle vicieux préoccupant :
Déficit – Recours accru aux marchés – Hausse des taux – Aggravation de la dette – Dégradation de la note – Accès limité
Sans correction rapide, ce mécanisme pourrait réduire significativement la marge budgétaire du pays dès 2026.
Au niveau des organismes publics, les dépenses ont été exécutées à hauteur de 47,7 %, un rythme modéré reflétant également des contraintes de trésorerie et d’exécution administrative. Le Fonds national de retraite, en revanche, maintient un excédent structurel, confirmant sa stabilité financière à ce stade.
Dans l’ensemble, le rapport du troisième trimestre souligne une exécution budgétaire sous contrôle, mais sous tension. Le dernier trimestre sera déterminant : intensification de la mobilisation des recettes, accélération de l’investissement public et crédibilisation du financement externe seront essentielles pour respecter la trajectoire de consolidation budgétaire. La soutenabilité de l’effort dépendra aussi du climat économique et social, dont la stabilité conditionne la mobilisation des ressources et la réussite des réformes.
Seydou Sow
Economiste Financier et Analyste Quantitatif seydou20.sow@ucad.edu.sn

