Forte participation à la levée de fonds du Pastef: La diaspora Sénégalaise a t-elle lâché Macky Sall ?

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Entre le Président Macky Sall et la diaspora sénégalaise, le courant ne passe presque plus depuis la dernière présidentielle. Et leur forte participation à la levée de fonds du Pastef, montre que la Diaspora a définitivement tourné le dos au Président Sall et, est prête à en finir avec lui. De « l’amour » en 2012, on assiste à un désamour aujourd’hui.

« Je ferai de la diaspora la quinzième région du Sénégal», ainsi s’engageait Macky Sall, alors candidat à la présidence de la République du Sénégal en 2012. Une promesse qui avait retenu toute l’attention des réseaux de la diaspora, parce qu’elle était porteuse d’espérance. Mais aussi, parce qu’elle était synonyme de reconnaissance pour des visibilités d’acteurs qui seront dorénavant en capacité de mieux asseoir les interfaces et les intermédiations économiques et sociales qu’ils n’ont jamais cessé d’être à partir de là où ils vivent.

Rappelons qu’en 2012, entre les deux tours, un groupe de Sénégalais d’Atlanta appelé « Initiative Atlanta », avait lancé, par exemple, une opération « 1 immigré, 10 voix » ,dont le mot d’ordre était le suivant : « Chaque immigré est appelé à faire campagne auprès de dix votants au Sénégal et les convaincre à voter pour le candidat de Benno Bokk Yakaar, Macky Sall ». Une stratégie payante, car le concours de la diaspora, « grands électeurs », avait pesé sur la balance et avait permis à Macky Sall de remporter haut la main la présidentielle de 2012.

Mais, il a fallu 7ans de règne pour que Macky Sall soit acculé. Pour la majeure partie de ses déplacements à l’extérieur, des Sénégalais de la diaspora lui ont mené la vie dure sur tous les plans. Que cela soit aux Etats-Unis, en France et en Afrique du Sud, le patron de Benno Bokk Yakaar avait été persécuté lors de ses déplacements en 2018. Des actes qui ont eu des effets, un an plus tard, lors de la présidentielle du 24 février 2019. Car, la diaspora d’Europe et d’Amérique du Nord avait majoritairement voté pour l’opposition, qui a obtenu 51% des votes contre 49% pour Macky Sall.

Pour certains, ceci est la cause des promesses électorales non tenues, du « népotisme », de la promotion des « incompétents », entre autres. Amath Diouf confirme cet état de fait. À en croire ce Sénégalais résidant à Houston (Etats-Unis), la majeure partie des Sénégalais de la diaspora a été déçue par le comportement du Président Macky Sall, qui avait promis une rupture par rapport aux pratiques de ses prédécesseurs.

Le Président Macky Sall n’a, se désole-t-il, pratiquement jamais cherché à rencontrer les Sénégalais de la Diaspora, dans leur écrasante majorité et leur diversité. À part une seule rencontre à Paris, affirme M. Diouf, toutes les autres rencontres étaient avec les militants Apr de la Diaspora. « S’y ajoute qu’il peine à apporter des solutions durables et définitives aux problèmes de confection de papiers administratifs comme les passeports, cartes d’identité ou extraits de naissance. On peut citer aussi la politisation à outrance des postes consulaires », soutient Amath Diouf.

Pour Pape Nouha Souané, journaliste sénégalais résident à Lyon, plusieurs facteurs justifient cette « démarcation ». Le premier est, selon lui, dû au fait que ces Sénégalais de l’extérieur sont, et en permanence, au fait, via internet, de la manière dont les gouvernants conduisent les affaires publiques. Ils sont, soutient-il, critiques et exigent plus de rigueur dans la gestion des affaires. Parce que le Président leur avait, rappelle l’ancien du quotidien “Enquête”, promis, dans son programme, une « gouvernance sobre et vertueuse ». Malheureusement, à l’arrivée, ceux qui l’ont élu, ont, regrette-t-il, tout bonnement constaté que la promesse n’a pas été au rendez-vous.

Et Pape Nouha Souané de renchérir : « Cette rupture n’est rien d’autre que le fruit d’une déception sans nom. Le deuxième facteur, c’est qu’il y a eu de jeunes leaders politiques qui ont émergé. Du coup, faites le constat, une bonne partie des jeunes de la diaspora s’identifient ou du moins se retrouvent dans le discours de ces derniers, leurs propositions. Aussi, il faut dire que ceux qui sont dans la diaspora, voient ce qui se passe ailleurs comme bonne gouvernance, bonnes pratiques. Et ils se disent pourquoi pas chez nous. D’où cette sanction qu’ils lui ont infligée afin qu’il corrige ses imperfections ».

Pour Papa Gora Samb, la diaspora sénégalaise s’est démarquée du Président Macky Sall pour deux raisons. La première est, selon lui, due au fait que les Apéristes ne sont pas des rassembleurs. Du point de vue politique et stratégique, Il n’y existe aucune coordination saine et palpable dans la diaspora. Et pourtant, reconnait ce Sénégalais vivant à Atlanta (Etats-Unis), quoi qu’on puisse dire, le Président Sall est le premier président sénégalais qui a doté la Diaspora d’une représentation à l’Assemblée nationale. Il a aussi, souligne-t-il, « octroyé des milliards de francs aux Sénégalais de la diaspora dès son accession au pouvoir en 2012, dont je connais tous les récipiendaires. »

« Ce qu’ils ont dit sur le papier et ce qui s’est réellement passé est diamétralement opposé. Le Président Macky Sall a renforcé le Fonds d’Appui à l’Investissement des Sénégalais de l’Extérieur (FAISE) et le Fonds de Garantie des Investissements (FONGIP), pour faciliter les projets des Sénégalais de la diaspora, mais a aussi octroyé des milliards à la diaspora au milieu de la pandémie. Donc, on peut dire qu’il veut mais ne peut pas, car la gestion de ces fonds n’est pas du tout orthodoxe et sa stratégie de fonctionnement est à revoir », soutient ce natif de Thiaroye Gare.

La deuxième raison est, selon toujours Papa Gora Samb, d’ordre idéologique. Et à l’en croire, quand on compare ce qui se passe ailleurs par rapport à ce qui se passe dans notre pays, on voit qu’il y a un grand vide à combler et c’est sur tous les plans. « Beaucoup de compatriotes ont dû revenir s’installer définitivement dans leur pays d’accueil, parce qu’ils étaient venus au pays avec des projets innovants mais personne ne leur a prêté oreille pour la matérialisation de leurs projets », se désole notre interlocuteur.

Amath Diouf, Sénégalais résidant à Houston : « La majeure partie des Sénégalais de la diaspora ont été déçus par le comportement de Macky Sall »

Le samedi 02 janvier dernier, des Sénégalais en majeure partie ceux de l’extérieur, se sont exprimés à travers leur forte participation lors de l’opération initiée par le Pastef. Est-ce à dire que le fossé s’est élargi entre Macky et la Diaspora ?

Pape Bocar Diallo, responsable de l’Apr résidant en France, pense que le phénomène Sonko a pris de l’ampleur. « Et puis, les ruptures proposées ont séduit une bonne partie de la Diaspora. » Le natif de Tambacounda poursuit en expliquant que les mesures concernant la réduction du prix du loyer, ont impacté une partie de la diaspora. Beaucoup de Sénégalais établis en France possèdent, souligne-t-il, une maison mise en location. Donc, pense M. Diallo, la logique économique liée au manque à gagner, avait guidé le choix de certains. Troisièmement, le rétablissement des restrictions liées à l’entrée des voitures (venant) avait, à l’en croire, beaucoup irrité aussi. « Quatrièmement, le «neddo ko bandoum» à la version Sonko, a beaucoup bénéficié à ce dernier. Les Sénégalais originaires du Sud du Sénégal, semblent massivement voter pour le Pastef. Je peux aussi te dire que le phénomène Sonko est en train de prendre une autre dimension, le parti est beaucoup plus structuré et organisé. Les étudiants semblent totalement adhérer au projet politique de Sonko », analyse le diplômé en droit et sciences politiques.

Amath Diouf, lui, pense plutôt que le fossé s’est élargi entre les Sénégalais de la diaspora et les hommes politiques en général. Il rappelle que les Sénégalais de l’Extérieur vivent des démocraties qui fonctionnent dans leurs pays d’accueil et « veulent que leur pays d’origine soit comme leur pays d’accueil. Et dans ces pays, ce sont les citoyens qui financent les partis politiques ». Le journaliste, Pape Nouha Souané, invite les uns et les autres à faire attention aux déductions hâtives. Parce que, selon lui, dans le champ politique, l’opinion de ceux, ou certains, qui se sont exprimés à travers cette opération de collecte d’argent, peut évoluer. Difficile donc pour lui de dire que le « fossé s’est élargi entre Macky et la Diaspora ». « Et je m’interdis de personnaliser cette affaire. Je constate tout simplement qu’une partie de la Diaspora, et non tout le monde, a favorablement répondu à cette sollicitation. Maintenant cet appel est-il un baromètre pour dire, de manière définitive, que le fossé s’est élargi entre Macky et la Diaspora ? C’est le champ politique, tout est possible. Les positions peuvent à tout moment changer. Il lui appartient d’en tirer les conclusions idoines », relativise le natif de Guédiawaye.

Pape Nouha Souané, journaliste sénégalais résidant à Lyon : « La participation de la Diaspora à la levée de fonds du Pastef, est un message important que le camp du pouvoir doit décrypter »

Au lendemain du « Nemmekou Tour » de Ousmane Sonko et son parti qui leur a permis de collecter plus de 125 millions de francs Cfa et 800 millions de dons, donnés en grande partie par des Sénégalais de l’extérieur, leurs détracteurs ont convoqué la crise sanitaire dans la diaspora pour émettre des doutes sur l’origine des fonds. Argument léger, selon Ameth Diouf, qui pense plutôt que ceci est une rétaliation envers ces derniers qui ont fait un sacrifice énorme pour lancer un message aussi bien au président de la République qu’au leader du Pastef et à l’ensemble des hommes politiques sénégalais. Mais, pour le journaliste Pape Nouha Souané, cette thèse est totalement absurde. Sans les défendre, Pape Nouha Souané s’est permis, comme « tout le monde d’ailleurs », de constater que cet appel repose sur une démarche volontaire, participative. « Pourquoi convoquer la crise sanitaire dans cette histoire ? Au fond, je ne vois pas la pertinence de faire le lien entre répondre à cet appel et la crise sanitaire. L’idée, me semble-t-il, c’est l’origine de l’argent ? C’est vrai: la crise existe, tout le monde est frappé par ses effets. Soulever cette question revient à s’interroger sur le financement des formations politiques, tous les partis. Difficile d’évacuer ce sujet, parce qu’il revient tout le temps.

Pour revenir à votre question, tenter de faire ce lien, c’est tout simplement douter de ces militants ou sympathisants qui ont contribué dans cette campagne de collecte de fonds. Justement, malgré le contexte de crise, ils ont tout de même réussi à collecter une somme importante. C’est donc un message important qu’ils doivent décrypter, et non de tomber dans des caricatures ou autres considérations, sans fondement aucun », conseille en conclusion, le journaliste Pape Nouha Souané.

Le Témoin